Une leçon politique donnée par Kaïs Saïed, le "robocop" tunisien

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Quand une démocratie émerge, la tentation est grande de lui donner des leçons. De croire que nous autres savons et faisons tellement mieux. Dans le cas de la présidentielle tunisienne, il se pourrait que, au contraire, la Tunisie ait bien des choses à nous apprendre.

 

Pour faire simple, la Tunisie a, en quelques années à peine, exploré nombre d’options : de la dictature militaire à l’islam politique, en passant par toutes sortes de tripatouillages, dont bien sûr les magouilles secrètes des affairistes. Avec le candidat Nabîl Al-Qarwi, le populisme médiatique a eu son digne représentant. En somme, rien que du grand classique, vu d’occident.

Pas tout à fait.


Car le candidat en tête du premier tour a créé la surprise. Même pour des électeurs blasés, ayant l’impression d’avoir fait le tour des possibles en peu de temps, la candidature de  Kaïs Saïed étonne totalement.

Qu’on se dise les choses : il est peu probable que l’on soit déjà tombés sur un candidat comme lui. 

Un candidat qui refuse les aides publiques pour sa campagne, et qui d’ailleurs ne fait pas vraiment campagne : il n’a ni local, ni équipe de campagne. Et qui a promis de ne pas s’installer au palais présidentiel en cas de victoire.

Il y a mieux ou pire encore : quand on regarde et écoute Kaïs Saïed , une impression assez étrange s’en dégage : il donne l’impression d’être un robot.

D’ailleurs, son surnom est " Robocop ". Le visage impassible, une posture hiératique, ses grandes mains seules bougent dans l’espace. Sa voix est plate, monocorde. Et, sans surprise, il ne parle pas la même langue que les autres candidats : alors que les autres candidats s’expriment en dialecte, pour paraître proches du peuple mais aussi par facilité,  Kaïs Saïed s’exprime dans un arabe classique archaïsant, avec une grammaire remarquablement fine et une aisance bluffante.

Un peu comme si, en Belgique, un candidat faisait ses discours en latin en parlant comme Cicéron. Politiquement, le candidat est hautement conservateur.

Une compilation d’anecdotes ? Que nenni.


Tout cela fait sens et porte un nom :  Kaïs Saïed est autiste. Difficile d’être plus typique.

Peut-être qu’il s’agit d’un trait familial, vu qu’il vient d’une famille d’éminents savants. Peut-être que cela explique sa passion pour l’arabe classique et pour le droit.

En tout cas, c’est une sacrée leçon politique qui nous vient de par-delà la Méditerranée : après avoir fait le tour des options politiques conventionnelles, la démocratie tunisienne s’oriente vers la biodiversité humaine.

Quelles que soient les péripéties à venir, cela pourrait être lourd de sens pour l’avenir.

 

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