Comment le système des congés payés, institué en 1936, a-t-il évolué ?

Les premiers congés payés en 1936
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Les premiers congés payés en 1936 - © Larousse.fr

Retour sur un combat qui fut rude et long à mener et qui remonte à plusieurs décennies, voire à plusieurs siècles.

Le 8 juillet 1936, à la Chambre des représentants, est votée, à l’unanimité, la loi qui institue les congés payés en Belgique.
Ce droit, qui va changer le visage de notre société, est ainsi accordé à toutes les classes de travailleurs, à l’initiative du Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, le socialiste Achille Delattre.
S’il s’agit d’un événement majeur au point de vue national, cette loi n’en est pas moins modérée et ne constitue pas, au niveau international, une innovation hardie.

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La fin du 19e s

Avant le développement industriel du 19e s, "il était mal vu de travailler. C'était considéré comme dégradant. Seul le monde populaire travaillait", explique Pierre Tilly, chercheur à l'UCL. 

A partir de l'industrialisation, la majorité des gens travaille, y compris la bourgeoisie, dans d'autres fonctions. La quête des loisirs, réservée auparavant à la noblesse, se développe donc auprès de la bourgeoisie commerciale et industrielle à la fin du 19e s.

Les ouvriers, quant à eux, travaillent 10 à 12 heures par jour, 7 jours sur 7. Le travail est l'activité quasiment unique dans la vie du travailleur.

 

Le début du 20e s

La Grande-Bretagne est le premier pays à connaître l'industrialisation et donc la création de syndicats. Il est donc aussi le premier à voir apparaître, dès 1911, des avancées salariales et des améliorations des conditions de travail : la loi des 8 heures, les congés payés..., portés par le Parti Travailliste.

Tandis qu'en Belgique, à la veille de la première Guerre mondiale, les rapports entre le monde de travail et ceux du capital sont particulièrement durs. Les salaires sont très bas. Il y a peu d'avances sociales, si ce n'est pour les mineurs, vu la pénibilité de leur travail.

Les industriels, pour qui l'oisiveté est liée à tous les vices, vont progressivement devoir lâcher du lest, devant l'évolution des relations sociales et la montée en puissance du mouvement ouvrier. Celui-ci se structure grâce au développement des coopératives et aux relais au niveau politique auprès de parlementaires de la gauche. Par ailleurs, cette classe ouvrière qui a combattu sur le front doit être récompensée.

 

L'entre-deux-guerres

L'Angleterre était à la pointe, l'Allemagne suit entre les deux guerres, puis la Tchécoslovaquie, la Pologne, le Luxembourg au début des années 20, et la Grèce, la Roumanie, le Portugal, l'Espagne, quelques pays d'Amérique latine...

En France, les congés payés font partie dès le départ des revendications de la gauche, mais les salaires, la réduction du temps de travail seront les priorités. Congés payés oui, mais avec maintien du salaire.

La notion de temps de repos s'impose de plus en plus, puisque le travail devient de plus en plus pénible, avec l'apparition de la notion de productivité.

Plusieurs régimes politiques, fascistes aussi bien que communistes ou libéraux, développent alors cette idée de repos. Le mythe veut que ce soit la gauche qui ait porté seule cette revendication des congés payés, mais ce n'est donc pas le cas.

En Belgique, certaines entreprises comme les cimenteries, les briquetteries qui appartiennent au groupe de la Société générale de Belgique, puis Solvay et des entreprises métallurgiques, font un pas en avant dans les années 20. Les conventions collectives seront le point de départ d'avancées plus générales.

 

Le 8 juillet 1936

En 1936, le Parti ouvrier belge revient au pouvoir, on est dans un gouvernement de coalition et d'union nationale. L'époque est agitée, avec la grande dépression économique de 1929, la montée de l'extrême-droite et du chômage sans oublier la rue qui proteste.

En juin, les dockers du port d'Anvers partent en grève. Très vite, le mouvement devient national, les métallos liégeois, les mineurs leur emboîtent le pas. Les ouvriers réclament un revenu minimum, la semaine des 40 heures et les premiers congés payés.

Le 8 juillet 1936, une loi est signée, sous le premier ministre catholique Van Zeeland, une loi plutôt modérée toutefois. Elle étend les congés payés à l'ensemble des travailleurs.

Mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale que la mesure va réellement être appliquée et se développer pour atteindre 2-3-4 semaines de vacances, avec un double pécule de vacances.

Le financement viendra des contributions patronales, ce qui montre bien qu'il y a une volonté des employeurs de soutenir cette mesure, en partie pour favoriser la productivité. Il y aura aussi une intervention des pouvoirs publics, qui vont par ailleurs investir le champ du tourisme social.

 

Le développement du tourisme social

A l'époque, l'aspect moralisateur est encore très présent. On craint l'immaturité des masses ouvrières dans l'utilisation d'un possible temps libre. Ces jours de congés doivent être encadrés, préconise le Mouvement Ouvrier Chrétien (le MOC), pour être un temps créatif, éducatif. C'est pourquoi il va investir massivement dans l'éducation et le tourisme populaires.

A partir de 1937, des mesures concrètes sont prises pour encadrer ce tourisme de masse : le développement des transports en commun, la création d'institutions de tourisme social, comme les colonies de vacances, la Fédération nationale du Camping...

 

Globalement, jusqu'aux années 70, les Belges partent peu à l'étranger. Ils passent leurs congés payés dans leur jardin et effectuent quelques petites visites dans leur pays. "C'est une question de moyens, mais aussi de culture et de mentalité", explique le chercheur Pierre Tilly.

Pierre Tilly est enseignant, chercheur à l’UCL.

Il publie Vacances, les congés payés en Belgique , livre et dvd édités dans un coffret de la Cinematek, qui rassemble plusieurs films.

A voir aussi, une séquence du JT à l'occasion des 80 ans des congés payés en 2016

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