Une fumée orange dans le ciel tunisien inquiète

Visuellement, les images sont impressionnantes.

Dans plusieurs vidéos, filmées depuis différents angles et postées sur Facebook, on peut voir un grand complexe industriel. Un complexe avec ses bâtiments ternes, ses barrières et ses cheminées qui pointent vers le ciel. Un ciel gris, nuageux. Et puis cette fumée. Épaisse. D'un orange éclatant.

Ces images ont été prises et postées sur Facebook le mardi 22 janvier en Tunisie, près de la ville de Gabès à 400 km au Sud de Tunis.

Mais Les légendes qui accompagnent ces vidéos et photos, ce ne sont pas des commentaires d’émerveillement, mais bien des messages qui traduisent l’inquiétude des habitants. Car l’usine qui rejette cette fumée, n’est autre que celle du complexe industriel du Groupe chimique tunisien, GCT.

Un complexe qui extrait et transforme du phosphate en engrais chimique pour l’agriculture intensive.

 

Un complexe qui fait polémique 

D'après l'Agence nationale pour la protection de l'environnement cette fumée était particulièrement visible à cause de conditions météorologiques particulières mais elle ne semble pas s'alarmer pour autant. Elle explique même que de tels événements se produisent à chaque redémarrage de l'usine. Un argument peu rassurant.

L’un des coordinateurs de la campagne "stop pollution" qui lutte contre la pollution dans la région, explique à France 24 que des émanations de dioxyde de soufre sont constantes mais qu’en plus, des situations similaires à celle de cette semaine se sont déjà déroulées à de nombreuses reprises. C'est d'autant plus rassurant.

Les habitants des alentours de l’usine se plaignent d’ailleurs de fatigue chronique, de problèmes respiratoires et cardiovasculaires. Pour eux les responsables de ces maux, sont ces émanations de gaz, qui polluent l’atmosphère, mais aussi les produits déversés dans la mer qui impactent l’environnement marin.

 Le complexe chimique est présent à Gabès depuis les années 70 et selon Amnesty international, il déverse chaque jour plus de 6000 tonnes de résidus de métaux lourds et donc toxiques. 

De plus, le Groupe chimique tunisien a avoué lui-même, toujours selon Amnesty, que les cheminées des 6 usines présentes sur le complexe fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et qu’elles rejettent de l’ammoniac, du dioxyde de soufre ou encore de l’oxyde d’azote en quantité jusqu’à 8 fois supérieurs aux normes internationales. 

Une situation qui rend malade les habitants de Gabès, au propre comme au figuré, qui multiplient les manifestations et les campagnes citoyennes pour demander la diminution de la pollution d’une part, mais surtout la fermeture progressive du complexe.

 

Mais que fait la police ?

Le groupe chimique tunisien était encore en 2017 la 4 ème entreprise nationale et ce complexe représente un employeur important pour la région de Gabès qui est très pauvre.

Il y a 2 ans, le premier ministre Youssef Chahed s’est cependant engagé à démanteler progressivement les unités existantes pour les remplacer par des nouvelles qui seraient moins nombreuses et conformes aux standards internationaux en ce qui concerne l’environnement.

Mais les Gabésiens s’impatientent car depuis cet engagement rien ne semble bouger. Ils ont donc a nouveau manifesté ce mercredi à Gabès et à Tunis pour que les politiques ne les oublient pas, alors que les élections législatives et présidentielle sont prévues en fin d’année.

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