'Un monde vécu', une réflexion sur la nécessaire reconquête de notre liberté

Un monde vécu
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'Un monde vécu' est un long voyage fait de rencontres, auprès de ceux et celles qui ne veulent pas se laisser déposséder par la logique de l’agriculture industrielle. Vous n’y trouverez ni experts ni non experts, mais simplement des personnes qui se mettent en mouvement, se questionnent, tentent de trouver un chemin ou l'engagement laisse une place au plaisir.

Un documentaire en deux parties, signé Yves Robic et Claire Gatineau, sur la reconquête d’un monde de savoir-faire et d’expérience, d’'un monde vécu' comme l’écrivait le philosophe André Gorz. 

Une réflexion sur la nécessaire reconquête de notre liberté.
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Premier épisode

"Quand j'ai une graine dans la main, je ne peux pas juger si ça fera une belle plante. Et pourtant, les paysans ont toujours échangé des semences et ils savaient ce qu'ils échangeaient, parce qu'ils connaissaient la personne avec qui ils échangeaient, sa notoriété.
A l'époque, c'est par les relations humaines entre les gens, par les savoirs populaires, qu'on définissait la qualité de la marchandise échangée. Et ce n'était pas une marchandise, c'était un organisme vivant !"

Et puis, le marché s'est développé et les semences ont commencé à s'échanger de l'autre côté du pays ou du pays voisin. Et c'est la loi qui est arrivée, la réglementation : juridiquement, on ne peut vendre des semences que si la variété est inscrite au catalogue. Celui qui l'achète est rassuré, il sait que c'est telle variété, contrôlée de manière officielle.

 

Malheureusement, aujourd'hui, la variété, c'est tout sauf ce qui est varié.

On se plaint en permanence d'une perte de biodiversité, mais à côté de cela, on veut à tout prix sélectionner. "C'est peut-être quand on sera acculé qu'on s'organisera pour se défendre." 

Les nouvelles semences coûtent cher, ce sont des hybrides à 250€ de l'hectare, et elles n'offrent pas plus de rendements que les autres. D'autant plus qu'on ne peut pas les resemer, donc il faut chaque année en racheter de nouvelles. Dans la pratique de la multiplication des semences, le paysan a perdu son rôle au profit des multinationales. Il doit maintenant revenir, parce que c'est lui qui sait ce dont il a besoin pour sa terre.

"On appauvrit notre biodiversité sur des semences vitales pour nous : le seigle pousse très bien ici, l'avoine est nécessaire pour la santé du bétail... et on ne peut plus choisir ! Sur le marché, si on trouve une ou deux variétés, c'est le maximum."
 

Comment développer une agriculture autonome ?

Cette question est encore plus importante que celle de l'agriculture bio. D'autant plus que l'agriculture bio est complètement dépendante de l'agro-industrie, d'un système.

L'enjeu est là. Faire cette recherche de semences est le symbole d'une volonté de se réapproprier un savoir-faire et un produit. "Et là nous pourrons alors construire librement une agriculture qui pourra nourrir notre humanité."


Ecoutez la suite du documentaire, à la rencontre d'autres acteurs de changement.

Deuxième épisode

"Il y a des maux qui sont entrés par là. L'amélioration des plantes, c'est la sélection de l'individu-élite et l'éradication des hors-types. Pour ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre Mondiale, ça rappelle des mauvais souvenirs. Cela s'appelle le projet eugéniste, qui est un projet qui existe toujours. Il ne faut pas oublier que tous les chimistes de l'industrie allemande qui ont financé et développé le nazisme se sont retrouvés chez Monsanto et chez tous ces gens-là, avec la même idéologie."

Sur les variétés de semences anciennes, on ne peut pas garantir d'obtenir toujours le même résultat. Elles évoluent encore. Les multinationales veulent faire le contraire et standardiser les graines.

Pasolini disait que le fascisme n'avait pas réussi à éliminer la culture de l'individu. Par contre la société de consommation y parvient, en uniformisant la consommation, les tendances : aujourd'hui, tout le monde pense un peu la même chose, "il n'y a plus de gauche, il n'y a plus de droite".

"Les multinationales veulent être les seuls à fournir des semences dans le monde. Elles veulent s'approprier le vivant.
Il faut lutter contre ça, tout autant que contre la privatisation de l'eau. Il faut cesser d'attendre que ça bouge par en haut. Se remobiliser en multipliant les initiatives, cela crée un vrai mouvement."


Le pouvoir de la gestion électronique

A partir de la crise de la vache folle, il a fallu tout tracer, tout numériser pour éviter tout danger sanitaire. Tous les animaux ont dû porter une puce électronique.
Cet enregistrement va devenir obligatoire aussi pour tout échange de semences. Celui qui s'y refusera risquera de ne plus pouvoir bénéficier des primes de la politique agricole.

Cette puissance de contrôle permettra d'éradiquer telle ou telle variété en fonction de leur 'danger' potentiel. Elle s'étend au monde animal, au monde végétal, voire au monde humain.
 

Il faut faire progresser sa zone d'influence

"Les gens voient les banques centrales, les multinationales comme des structures toutes puissantes, et eux tout petits. "Mais ils sont tout puissants parce qu'on laisse faire. C'est une grosse illusion, on se trompe de centre. Il vaut mieux récupérer cette énergie et l'appliquer dans son milieu immédiat, faire progresser sa zone d'influence et, dans la mesure où c'est bâti sur un principe de justice, elle s'étendra toute seule, parce qu'on a besoin de justice et que la chose est plus utile."
 

Ecoutez ici d'autres témoignages interpellants.

Un monde vécu

Un documentaire en deux parties, signé Yves Robic et Claire Gatineau

Avec : Guy Kastler, Marianne Degrisje, Marc van Oversheld, Josine Cardon,Denis Parkinson, Claude Rener, Marie Colinet, Alex Lejeune, Suzanne Hinz, Paulus Brun, Patrick Viveret, Frédéric Bosquet et Gérard Boinon

Musique : Patricia et Oslvado Hernandez Napoles du groupe Kilombo

Une production de l’acsr et de Sonoscaphe, soutenue par le Fonds d’aide à la Création radiophonique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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