Un livre-miroir pour exorciser nos peurs enfouies autour de l'immigration

"Cent façons de ne pas accueillir un migrant"
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"Cent façons de ne pas accueillir un migrant" - © Bestgreenscreen - Getty Images/iStockphoto

Le philosophe et comédien Yves Cusset a créé "Cent façons de ne pas accueillir un migrant" (Editions du Rocher), un abécédaire parodique où il traque nos peurs et nos fantasmes quant à la question de l'immigration. 

Yves Cusset s'est inspiré d'un sondage entendu un jour sur France Inter qui donnait cette statistique : 65% des Français pensent qu'il y a trop d'étrangers en France. L'auteur s'est alors demandé comment peut-on revendiquer ne pas être raciste mais affirmer que l'on ne veuille pas accueillir d'étrangers.

Exorciser les peurs

Il évoque sa volonté de se moquer des discours anti-immigration, de les déconstruire et reconstruire pour dévoiler le moment où la logique dérape vers l'absurde. Pour le philosophe, il y a deux limites au rire : la peur et la souffrance. Son but n'est absolument pas de s'amuser de la misère des migrants mais de provoquer le rire, qu'il soit naturel, jaune ou qu'il provoque un malaise, en montrant l'absurdité de ces arguments.

Des propos réels de personnalités publiques n'appartenant pas à l'extrême droite sont ainsi utilisés dans l'abécédaire, en poussant leur logique jusqu'au bout. En gardant une certaine ambiguïté, l'ouvrage évoque également la part de nous-mêmes qui a peur de ce que l'on ne connait pas.

Un miroir est tendu au lecteur dans une volonté d'exorciser ces peurs enfouies. La difficulté est de trouver le bon moyen de faire déraper le discours pour faire apparaître le second degré libérateur.

L'ironie comme moyen discursif 

La démarche s'apparente au pamphlet satirique culte écrit par Jonathan Swift en 1729 et intitulé "Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public".

Ce discours argumentatif ironique proposait de réduire la misère et la surpopulation qui touchaient l’Irlande du XVIIIe siècle en se servant des nourrissons comme source d’alimentation. Là aussi, l'ironie et le comique sont utilisés pour dénoncer une situation désespérante. Ce qui est le plus angoissant est que l'on puisse y croire au début.

Avant de se servir de l'humour, Yves Cusset s'est également essayé à l'argumentation classique pour pointer les discours anti-migrants. Pourtant, ses propos n'ont eu d'échos que chez ses "amis politiques". Les autres refusent simplement le débat avec pour seule raison le soi-disant "bon sentiment" des arguments avancés. Quand le débat démocratique semble bloqué, l'humour peut-il être la solution ?  

Le philosophe et comédien était l'invité de la Tête d'affiche de François Heureux dans l'émission Jour Première que vous pouvez écouter ci-dessous.

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