Daniel Dufour : "Il est possible de guérir du trouble de stress post-traumatique"

TSPT : Trouble de stress Post-traumatique
TSPT : Trouble de stress Post-traumatique - © Pixabay

Largement sous-diagnostiqué, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) affecte non seulement les soldats et les victimes de la guerre ou d'agressions, mais aussi d'innombrables policiers, ambulanciers, pompiers, médecins et travailleurs sociaux qui, dans le cadre de leur métier, doivent affronter l'horreur au quotidien.

Ayant lui-même souffert du TSPT pendant de longues années, le Dr Daniel Dufour a élaboré une approche permettant de libérer les émotions bloquées au moment du traumatisme, ce qui prévient l'apparition de troubles secondaires.

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Des symptômes souvent cachés

Le trouble de stress post-traumatique a souvent été associé au milieu de guerre, à la violence. Il est donc difficile pour un non-militaire qui souffre de ces symptômes de se reconnaître ce trouble et de le faire valoir auprès de son entourage ou du monde médical.

D'autant plus qu'il peut souvent survenir quelques mois ou quelques années après l'événement traumatique. Des enfants battus, des personnes abusées, violées... vont se taire très longtemps, enterrer toute l'émotion liée à ce qu'ils ont vécu. Les symptômes vont surgir beaucoup plus tard. Du coup, on va traiter l'anxiété, la dépression, la dépendance à certaine substances, plutôt que d'en rechercher l'origine.

Beaucoup de victimes le cachent aussi par sentiment de honte, ou par peur de souffrir davantage en remontant à l'événement traumatique. D'autres encore pour préserver leur entourage, pour ne pas l'inquiéter ou l'ennuyer.

Dans certains secteurs où la fierté joue un rôle important, dire sa faiblesse est un aveu de faillite. C'est souvent le cas pour les pompiers, policiers, soldats... des milieux très masculins, machos, qui exigent qu'on soit fort, qu'on surmonte les obstacles.
Beaucoup alors somatisent : maux de dos, dépendance à l'alcool ou à d'autres substances, ou ont des problèmes relationnels dans leur famille, des accès de violence... 
 

Un trouble reconnu

La médecine s'attaque essentiellement à traiter les symptômes mais peu à rechercher les causes, car cela demande trop de temps. Les thérapies cognitives sont un outil parfois efficace pour vivre un peu mieux, mais pour Daniel Dufour, elles ne sont pas suffisantes.

Depuis 2013, le groupement des psychiatres américains l'a toutefois classé comme un trouble à part entière, qui se manifeste par les 4 caractéristiques suivantes :

  • l'évitement : la personne va tout faire pour éviter de reparler de la violence subie ou de fréquenter les lieux concernés.
  • la réminiscence ou reviviscence : des flash-backs surviennent, si on entend tel bruit ou si on sent telle odeur.
  • l'engourdissement : la personne se referme sur elle-même, ne communique plus, devient pessimiste, sarcastique.
  • le stress, caractérisé par l'hyper-vigilance et les conduites à risque.

A la phase supérieure, on parle de co-morbidité, avec, parmi les complications : dépression, suicide, dépendance, maladies telles que le cancer ou les maladies chroniques.

 

Des victimes indirectes

Toute la chaîne de témoins de situations violentes peut être concernée par le trouble de stress post-traumatique, c'est à dire non seulement les personnes directement victimes, mais aussi les personnes concernées indirectement : entourage, avocats, travailleurs sociaux,... jusqu'aux personnes qui regardent en boucle les images d'attentats.

Pour les professionnels, c'est souvent plus tard, quand ils arrêtent leur métier, quand ils sont moins dans le faire et plus dans l'être, que les symptômes éclatent.
 

Il est possible de guérir de ce trouble de stress post-traumatique

L'école traditionnelle dit que tout passe par le cerveau alors qu'on sait très bien que tout homme ou tout animal, face au danger, manifeste trois réactions automatiques, qui ne passent pas par le cerveau : soit on fuit, soit on agresse, soit on se fige.

En cas d'accident ou d'acte violent, si on se fige, une énergie phénoménale est alors bloquée en soi, tout comme l'émotion que l'on ressent. Cette émotion bloquée est la colère, c'est elle qui va développer tous ces troubles par la suite, qui seront processés ensuite par le cerveau. Il faut donc traiter la cause pour pouvoir guérir.

Toutefois, certaines victimes n'ont pas la mémoire de l'événement traumatique qu'elles ont subi. Mais elles ont généralement le souvenir de ce qui s'est passé juste après. Si on revient à ce moment-là, on va pouvoir retrouver cette émotion de base, la colère.

Cette émotion est mal aimée parce qu'on la confond avec la rage. Mais il faut la laisser vivre car elle va  mener vers la guérison et vers une meilleure approche du traumatisme. Il ne s'agit pas d'exprimer cette colère à tort et à travers, mais de l'accepter en soi et de la vivre. 

Le Dr Daniel Dufour appelle cette méthode 'à l'envers de l'ego'. 

Pour en savoir plus : le site OGE : https://www.oge.biz/fr/accueil

Le bout du tunnel, par Daniel Dufour est publié aux Editions de l'Homme.

 

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