Travail : souffrez-vous du syndrome de l'imposteur?

le syndrome de l'imposteur
le syndrome de l'imposteur - © Pixabay

Douter de soi au travail peut, dans une certaine mesure, nous permettre de nous surpasser, mais vivre dans l’anxiété constante de ne pas être à la hauteur peut signifier que l’on souffre du 'syndrome de l’imposteur'. Explications avec Jean-Olivier Collinet, de Jobyourself.

20% d'entre nous présenteraient ce syndrome de l'imposteur, ce qui veut dire qu'une personne sur 5 ne se sentirait pas légitime dans son travail.

Ces personne expliquent leurs succès par : "j'ai eu de la chance", ou "c'est parce que l'autre était de bonne humeur"... toujours des causes externes à eux-mêmes. C'est peut-être une façon de s'automotiver, mais souvent, c'est plutôt le syndrome de l'imposteur : "je ne suis pas légitime, et donc si j'ai réussi, ce n'est pas ma faute, c'est la faute des autres", ou "si j'ai obtenu la promotion, c'est qu'il n'y avait personne d'autre".

On se sous-estime tout à fait, on sous-estime la valeur de son travail. Cela se produit aussi dans les problématiques de genres : "si je l'ai eu, c'est parce que je suis une femme".

Le syndrome de l'imposteur, c'est donc :

  • Avoir l'impression de tromper son monde : je ne suis pas légitime pour ce travail.
  • Ressentir de la peur et de l'anxiété ; je fais mal mon travail puisque ce n'est pas mon rôle.
  • Attribuer sa réussite à des facteurs externes, jamais internes.
     

D'où vient ce mal-être ?

Jean-Olivier Collinet, de Jobyourself, a relevé plusieurs raisons possibles à ce comportement :

Des études montrent que cela proviendrait de l'enfance, pendant laquelle il y aurait eu une discordance entre le milieu familial et l'école. D'un côté, on serait encensé, de l'autre côté ce ne serait jamais assez bon. Ou l'inverse. Le 'jamais assez' amène un inconfort qu'on revit dans la vie professionnelle.
Nous avons certes tous des doutes à un moment ou l'autre dans notre travail. C'est quelque chose de sain. On doit accepter qu'on n'est jamais parfait tout le temps. Cette humilité est préférable à l'arrogance. Elle a comme conséquence qu'on accepte par exemple de faire une formation, d'évoluer, de changer de vie. Mais si elle devient un manque de confiance en soi, cela peut conduire au stress, au burn out, alors que les conditions sont positives mais qu'on ne le voit pas.

Les idées préconçues sont une autre cause à ce syndrome de l'imposture : on dit par exemple qu'il faut être intelligent pour réussir ; si on réussit alors qu'on ne se sent pas intelligent, on se vit comme un imposteur.

Les problématiques de genres interviennent aussi : de facto, un homme est plus fort qu'une femme. Si elle est forte, elle ne peut être qu'un imposteur.

Le contexte professionnel a bien sûr son importance. Le syndrome de Peter, un sous-syndrome de l'imposture, part du principe qu'on peut parfois promouvoir les personnes dans leur zone d'inconfort et d'incompétence. Une promotion peut parfois être un cadeau empoisonné. On devient malheureux parce qu'on n'est pas la bonne personne à la bonne place. Et donc on devient un imposteur.
 

Un profil type

Il y a des traits de caractère communs aux personnes qui souffrent de ce syndrome. Ce sont souvent des personnes introverties, discrètes, qui regardent peu dans les yeux. Elles n'arrivent pas à accepter les compliments et s'excusent quand on les félicite. Et cela concerne malheureusement beaucoup de monde !

Surestimer les compétences des autres est une autre façon de se situer en bas. L'autre est meilleur que soi, on l'idéalise, on nie ses défauts. On se met ainsi en position d'imposture, avec malaises et anxiété à la clé.

Ce sont des personnes qui surtravaillent, qui sont très performantes. Comme elles ne s'estiment pas légitimes, qu'elles se sentent moins bonnes que leurs collègues, elles vont en faire plus qu'eux, jusqu'au burn out parfois.

Le vrai imposteur ne doute pas de lui, au contraire, il se sent au-dessus des autres, il en joue, il s'impose. C'est plus souvent un profil masculin. Cela expliquerait pourquoi les promotions sont plus importantes dans le monde masculin, parce que les hommes s'imposent plus, alors que les femmes sont plus discrètes, plus humbles. 


Que faire ?

La solution passe par plusieurs choses :

  • apprendre à reconnaître ses succès et admettre qu'ils ne sont pas uniquement liés à la chance,
  • mettre de la nuance dans les jugements qu'on porte sur soi-même,
  • éviter les petits mots qui nous auto-rabaissent,
  • être fier d'être soi-même, avec ses compétences et son intelligence. 
  • accepter les compliments, se dire qu'on les mérite et les noter,
  • au niveau des services de ressources humaines, travailler à faire accepter leurs compétences aux personnes qui souffrent de ce syndrome. Mais ce sujet est encore très tabou... 

 

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