Trappes, entre stars et djihadistes

Trappes, enquête dans une ville
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Trappes, enquête dans une ville - © Tous droits réservés

C’est une ville qui serait le reflet du monde d’aujourd’hui. Trappes, dans les Yvelines, près de Paris. Une ville qui a fabriqué des stars comme Omar Sy et Jamel Debouzze, mais aussi un nombre record de djihadistes. Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué y ont enquêté. Les deux grands reporters au journal Le Monde publient La Communauté (Albin Michel).
Entretien.

 

Trappes est la ville d'Europe qui comptabilise le plus grand nombre de candidats au djihad

Dans les années 60, les ouvriers venus du Maghreb pour travailler dans les industries s'y sont installés dans des barres et des tours. C'est une ville communiste, très pauvre, entourée de villes très riches et plutôt gérées par la droite. Elle a été saisie de plein fouet par la crise économique des années 80. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays.

Les Musulmans arrivés dans les années 60 respectaient l'islam mollement. Ce sont les Tablighs arrivés plus tard qui réislamisent Trappes, en réaction au fléau de la drogue qui sévissait parmi les jeunes. Ils introduisent une pratique plus rigoriste. Surgissent dans la foulée les Salafistes, puis des Frères musulmans éduqués qui vont faire construire la très grande mosquée de Trappes. La ville va devenir un lieu très important de rassemblement des Musulmans, avec une compétition de pouvoir entre les divers courants religieux, ce qui explique aussi le record de départs au djihad.

On dénombre 67 candidats djihadistes.

 

Avant d'être une communauté musulmane, Trappes est une société communiste qui a forgé les réussites et qui forge aujourd'hui les catastrophes.


 

Le titre du livre, La Communautétémoigne de la force de la ville, "qui est comme un cocon rassurant pour ceux qui y vivent mais qui est  aussi une source d'enfermement. Les gens ont du mal à sortir de la ville, les femmes ont du mal à vivre de façon libre. Le poids du regard de la communauté, c'est ce qui est le plus remarquable et le plus inédit."

Le sens de l'accueil est très développé à Trappes, il remonte au temps du communisme. Les habitants essaient de rendre l'accueil reçu dans les années 60. C'est donc une ville particulièrement généreuse avec les migrants.  

Trappes concentre tous les défis de demain. Elle fait écho à tout ce qui peut se passer à l'étranger.

 

Une fabrique à stars

C'est la ville des catastrophes les plus évidentes mais aussi des réussites les plus spectaculaires : Omar Sy,  Nicolas Anelka... Elle a inspiré les sketches de Jamel Debouzze comme les chansons du slameur La Fouine, qui parlent de sa famille, de la drogue, du chômage, de la religion... "C'est la poésie du réel avec ce qu'elle a de formidable et de tragique."

Comment expliquer ce phénomène ? "Cela s'expliquerait par le communisme qui y est resté actif jusqu'en 2001. C'était un petit laboratoire du parti communiste et on y envoyait, comme dans une sorte de mission dans cette ville nouvelle, des profs, des fonctionnaires, qui ont fait de leur mieux et aidé au théâtre et au conservatoire quasi gratuits. "

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