Toute l'aventure de 'Strip-tease, le magazine qui vous déshabille', à revoir sur Auvio

Histoire d'un magazine qui ne laisse personne indifférent
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Histoire d'un magazine qui ne laisse personne indifférent - ©

Le Fantôme de la Radio se penche sur ‘le cas Strip-tease’, magazine documentaire diffusé sur la première chaîne télé de la RTBF, un mercredi par mois à une heure de grande écoute, juste après le Journal Télévisé. Poussé par un succès qui ne s’est jamais démenti, Strip-tease restera à l’antenne en Belgique de 1985 à 2002. Également installée sur France 3, l’émission poursuivra son chemin dans le paysage audiovisuel français jusqu’en 2012.

Tous ceux qui ont regardé ou qui regardent encore Strip-tease ont un avis sur le sujet. Strip-tease entraîne l’adhésion complète ou le rejet absolu du téléspectateur. Honni par les uns, adulé par les autres, Strip-tease ne laisse personne indifférent : chacun a son avis, tranché et souvent péremptoire.

Les détracteurs prétendent que Strip-tease a tué le documentaire en Belgique. Les afficionados affirment eux que cette émission a révolutionné la télé.

Le Fantôme de la Radio essaye de dépasser ces postulats et d’y voir plus clair en donnant la parole à ceux qui ont imaginé et produit Strip-tease et aussi à quelques autres qui ne sont pas étrangers au succès du magazine.

Enfin, grâce à la SONUMA, la société de numérisation et de valorisation des archives audiovisuelles de la RTBF, vous pourrez prolonger l’écoute de cette émission en regardant jusqu’à plus soif de nombreux épisodes de Strip Tease sur Auvio.be.

 

De Faits divers...

Pour comprendre l’origine de Strip Tease, il faut remonter plus de 50 ans en arrière. Nous sommes en 1967. Un duo journaliste-réalisateur, Pierre Manuel et Jean-Jacques Péché, lance un nouveau genre de magazine d’information pour la télévision : Faits divers.

Avec Faits divers, les deux hommes cassent les codes du reportage classique et font entrer le documentaire du réel à la télévision. Dans les films de Manuel et Péché, le sacro-saint commentaire du journaliste se fait d’abord très discret puis disparaît complètement ; le film est illustré par de long plans séquences qui suivent les personnages au plus près de l’action.

Les interlocuteurs s’expriment sans barrière dans de longues interviews-vérité.

Quant au fond, il suit la même volonté de rupture. Faits divers se tourne vers les laissés-pour compte, les marginaux, les gens de petite condition, les accidentés de la vie à qui la télévision ne donne jamais la parole, à cette époque-là. Les deux auteurs filment en immersion. Ils suivent ces personnes dans leur environnement, leur milieu de vie ou leur univers de travail, illustrant au passage les relations difficiles voire conflictuelles qu’ils entretiennent avec les autorités, l’administration ou le pouvoir, dans ce qu’il a de plus absurde et oppressant.

La RTB déclenche un véritable engouement en diffusant cette forme de cinéma du réel à la télévision. Une démarche innovante à laquelle le public adhère sans détour.   


à A suivre...

Le cadreur, c’est Manu Bonmariage. Caméra à l’épaule, toujours en mouvement, Bonmariage donne à Faits divers son identité visuelle. Il travaille avec un certain Jean Libon, qui sera son assistant sur la plupart des tournages. 

Dans le courant des années 70, Jean Libon devient lui-même caméraman à la RTBF, très influencé, on l’imagine, par Faits divers et le style de Manu Bonmariage. Il travaille pour le secteur de l’information et aussi pour le magazine de reportages ‘A Suivre’, mené de main de maître par Henri Mordant.

C’est en travaillant pour ‘A Suivre’ que Jean Libon rencontre le journaliste Marco Lamensch. Le courant passe immédiatement entre les deux hommes. Ils réalisent ensemble des reportages qui annoncent l’arrivée de Strip Tease, par leur forme plus radicale et plus proche du documentaire. "Les Russes attaquent à l’aube" met ainsi en lumière le désoeuvrement des miliciens et des soldats de l’armée belge. " Faut pas plonger " est un portrait inédit et bouleversant de deux jeunes toxicomanes, au bord de l’abîme.


Et enfin à Strip Tease

En parallèle, Libon et Lamensch élaborent le concept de Strip Tease.

Strip Tease se détache du magazine ‘A Suivre’ dans lequel il était enclavé, pour vivre son existence propre, en toute autonomie. L’émission acquiert immédiatement une identité bien à elle, en dehors de tout ce qui existe, grâce notamment à son générique un peu déglingué, à savoir : un long plan séquence filmé dans les ateliers désaffectés de la maroquinerie Delvaux à Bruxelles, sur une musique de fanfare un peu traînante… Une musique mythique, signée Combo belge, reconnaissable entre toutes. 

Strip-tease est lancé sur antenne en 1985. Très vite, l’équipe est rejointe par Manu Bonmariage, devenu entretemps réalisateur. Bonmariage tourne le premier de ses 47 films pour Strip Tease, ‘Gustavine et Khalifa’. Un travail qui se fait dans la douleur, à cause du format court de 15 minutes imposé par Libon et Lamensch.

Immédiatement, Strip-tease compte ses fans et ses détracteurs. Le courrier afflue, avec son lot de félicitations et d’indignations. L’émission suscite le débat à chaque diffusion. Un débat qui dure toujours aujourd’hui…

Dans les années 90, la télévision s’équipe massivement en matériel vidéo électronique, plus souple et moins contraignant. Les équipes de Strip-tease continuent, elles, à tourner en film 16mm, avec le son enregistré sur bande magnétique. Un choix technique important, pour ne pas dire capital, qui a une influence considérable sur le contenu à disposition du réalisateur.

Pendant ses 17 ans de production en Belgique, Strip Tease maintient ses principes fondateurs : pas de commentaires, un minimum d’interview, pas de musique et un format court de 15 minutes maximum. A cette dernière règle, celle de la durée, il y aura quelques rares exceptions : tout d’abord, ‘Les larmes de Ludovic’film de 60 minutes consacré aux candidats du concours reine Elisabeth, enfermés à la Chapelle musicale. Mais le long format qui fera le plus parler de lui est ‘Une délégation de très haut niveau’ ou les tribulations d’une délégation parlementaire belge en Corée du Nord.

Strip-tease tire sa révérence en 2002, pour laisser la place à un autre magazine documentaire ‘Tout ça ne nous rendra pas le Congo’ dont les fondamentaux ne sont pas très éloignés de Strip-tease, à l’exception du format qui passe de 15 à 52 minutes.

Ecoutez le Fantôme de la Radio ici

Et pour aller plus loin

Le livre écrit par Marco Lamensch en 2018 : Strip-tease se déshabille, paru chez Chroniques Editions.

Un binge watching de Strip-tease ? 250 films de la collection, restaurés et numérisés par la SONUMA, sont en ligne sur Auvio.be.

Quant aux films de la collection Faits divers, ils sont disponibles sur le site de la SONUMA.

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