Tout le monde peut-il devenir journaliste ?

Tout le monde peut-il devenir journaliste ? Le New York Times
Tout le monde peut-il devenir journaliste ? Le New York Times - © Pixabay

Pilote.media est une nouvelle plateforme qui propose des formations accélérées pour les freelances et les sans-emplois dans le secteur du journalisme. L'objectif est d'offrir à chacun la possibilité de créer son propre média. Mais comment s’assurer que les 'nouveaux médias' lancés seront fiables, dans un contexte particulièrement secoué par les fake news ? Faut-il considérer que chacun peut être un journaliste ou faut-il assurer un " label de qualité journalistique " ? Les difficultés à se lancer dans les médias traditionnels peuvent-elles expliquer cet élan pour lancer son propre média ?

Pilote.media se décrit comme un programme de formation et d’accompagnement intensifs de trois mois pour les professionnels de l’information. Le programme vise à amener un cadre, et en particulier un cadre entrepreneurial, parce que tout journaliste peut être entrepreneur.

Les personnes intéressées ont des projets très différents : des projets pour lancer du média, pour travailler sur une nouvelle forme du métier qu'elles exercent. 

Les 3 mois de formation comprennent 3 résidences de 4 jours et du travail très intense avec des experts et des partenaires externes, sur divers projets et sur le projet propre.

Il ne faut pas avoir de diplôme particulier. Cela veut-il dire que tout le monde peut se déclarer professionnel de l'information ? Pour Joris Vanden Doren, "tout le monde peut en tout cas se déclarer professionnel des médias, tout le monde peut faire de l'information aujourd'hui et tout le monde en fait. Les gens deviennent youtuber, instagramer ou lancent des chaînes d'infos sans être nécessairement adoubés par une carte de presse ou par un diplôme."

 

"Il ne faut pas se tromper de métier"

Y a-t-il un risque à donner des outils journalistiques, médiatiques, à chacun, sans exiger une sorte de label de qualité d'information ? "L'accès à la profession journalistique est techniquement et légalement libre en Belgique mais il y a une responsabilité du journaliste, explique Olivier Standaert, professeur à l’UCL en critique des sources numériques. La question du label journalistique ne doit absolument pas être bradée. Il ne faut pas se tromper de métier. Il faut trouver des moyens de rendre visibles les pratiques journalistiques les plus crédibles, celles qui relèvent d'une démarche honnête, précise, rigoureuse, avec une information d'intérêt général pour le public. Ça reste un enjeu important, qui concerne les individus mais aussi les entreprises."

La qualité de l'information, le respect de la vérité sont défendues aussi chez Pilote.media, et "sont d'autant plus essentiels que les médias traditionnels ne l'ont pas attendu pour tomber dans le piège des fake news, de l'usage de jeunes journalistes pressés, qui n'ont pas le temps de recouper", constate Joris Vanden Doren. Il y aura un contrôle dans les projets sélectionnés, en fonction de l'éthique, de leur valeur entrepreneuriale... "Après, ce sont des entrepreneurs, des professionnels qui seront, eux, responsables de leur projet. Ce n'est pas une école".

 

Des débouchés intéressants

Olivier Standaert, professeur à l’UCL, a étudié le parcours des journalistes débutants. C'est un secteur dans lequel il est compliqué de trouver du travail, surtout dans un marché journalistique aussi restreint que la Belgique francophone. Les jeunes journalistes ont moins accès que par le passé à de l'emploi stable, et c'est le cas dans l'industrie culturelle au sens large. Ils doivent donc déployer d'autres stratégies de carrière, qui les amènent à travailler parfois en dehors des médias traditionnels.

Pilote.media pourra servir de rampe de lancement aux jeunes journalistes, les aider à se faire une place, à se donner de la visibilité avant peut-être de trouver une place dans un média traditionnel. Elle leur permettra aussi de mettre en place des médias qui co-existeront à côté des médias traditionnels. On peut observer actuellement la rencontre de la culture start-up avec la culture journalistique, ce n'était pas le cas il y a quelques années. 

Des jeunes journalistes quittent assez vite le giron de médias traditionnels pour lancer quelque chose, avec l'expérience acquise. Les contacts existent et restent. Il n'est pas rare de voir des start-up média reprises par de grands médias traditionnels. Elles bénéficient ainsi de la caisse de résonance du grand média pour continuer et porter le projet. Le grand média, quant à lui, montre qu'il a pu incorporer des nouvelles tendances, des nouvelles formes de narration, des nouveaux modèles d'infos et de contacts avec le public.

 

Le Miil - Media Innovation & Intelligibility Lab

L'UCLouvain vient de son côté de lancer une plateforme d'innovation, le Miil, le Media Innovation & Intelligibility Lab, destinée à accompagner les entreprises dans l'implémentation de nouvelles technologies et de nouvelles formes formes de narration.

C'est une transition absolument vitale en termes de rentabilité. Il y a une vraie demande et une vraie urgence à intégrer les innovations technologiques à la manière de faire du média, affirme Olivier Standaert. Le business modèle doit évoluer vers quelque chose de beaucoup plus axé vers le digital, vers les nouveaux usages du public. Des projets sont déjà en cours avec la RTBF, le groupe Rossel...

L'Université permettra un retour critique sur ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, avec une valeur sociétale ajoutée.

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