Tout le monde en a un, sauf moi!

Valérie Halfon est l'auteur de 'Tout le monde en a un, sauf moi !' chez Albin Michel
Valérie Halfon est l'auteur de 'Tout le monde en a un, sauf moi !' chez Albin Michel - © Albin Michel

Accros au smartphone ou à la tablette, obsédés par leur apparence et par les marques de vêtements, accumulant les jeux et les jouets, friands de malbouffe... proies de la culture de surconsommation, les enfants d’aujourd’hui veulent tout, tout de suite.

Dans son livre Tout le monde en a un, sauf moi ! (Ed. Albin Michel), Valérie Halfon dénonce les stratégies et les toutes nouvelles techniques digitales employées par les industriels et les professionnels du marketing pour rendre les enfants toujours plus accros à leurs produits. Elle donne des pistes pour les libérer de l’emprise de la surconsommation, pour qu'ils deviennent des consommateurs responsables et soient davantage dans l'être que dans l'avoir.

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Être cohérents avec nous-mêmes

La première question à se poser en tant que parent, c'est : qu'est-ce que je veux transmettre à mes enfants ? Est-ce que je veux ça pour eux ? Même si c'était gratuit, est-ce que j'ai envie de leur donner ça ?

Le marketing a beaucoup d'imagination pour que nos enfants nous influencent dans nos achats. Mais nous sommes nous-mêmes très imprégnés des messages du marketing. Nous devons essayer d'avoir de meilleurs comportements et d'être plus logique car certains de nos comportements peuvent aussi influencer nos enfants.


Marketing et alimentation

Dans chaque domaine, les techniques du marketing pour nous faire craquer sont un peu différentes. Dans le secteur de l'alimentation par exemple, les industriels ont réussi à investir deux moments de la journée pour faire passer leurs produits gras, sucrés, ultra-transformés : le petit-déjeuner et le goûter. Les enfants consomment énormément de céréales sucrées, de biscuits industriels, et avalent ainsi une étonnante quantité de sucre sur la journée.

Les méthodes sont assez insidieuses pour les faire consommer davantage et pour les inciter à craquer sur des produits sucrés, comme les mascottes et personnages de dessins animés sur les yaourts et autres paquets de céréales...

Nous, parents, avons aussi tendance à acheter ce genre de produits pour nos enfants, souvent par solution de facilité.


Le rôle des influenceurs

Le placement de publicité dans les films ou les séries existe depuis longtemps, mais ce qui est relativement nouveau, c'est le phénomène des influenceurs.  Dans le domaine des smartphones, des divertissements, de la mode... les techniques de marketing ont de plus en plus recours à internet, via les youtubeurs, les instagrameurs dont les jeunes se sentent proches. Ils ont terriblement envie d'acheter les produits qui sont vantés par ces influenceurs. 

"Dans le passé, les entreprises de vêtements repéraient les leaders à l'entrée des écoles et leur donnaient gratuitement des vêtements ou des accessoires à porter, pour donner envie aux autres. Aujourd'hui, elles ont accès à une cour de récré puissance 1000, qui sont les réseaux sociaux" relève Valérie Halfon.

Ces influenceurs qui portent de beaux vêtements, essaient des jeux devant leur caméra,... donnent l'impression aux enfants que c'est ça la vraie vie, que la vraie vie, c'est consommer, avoir toujours de nouveaux objets. Ils se disent "Moi, ma vie elle est minable parce que je ne consomme pas comme eux. Je veux la même vie que les youtubeurs...".

Les parents ont un rôle essentiel à jouer. 
Le défi, c'est de leur proposer autre chose ! 
 

Valérie Halfon propose les pistes suivantes :


Développer ses dons

La meilleure chose à faire est d'inculquer à l'enfant l'idée qu'il est unique et qu'il ne doit pas avoir peur et suivre le troupeau. Il va ainsi développer ses compétences, ses dons particuliers,  et il sera moins influencé. Certains pensent qu'on n'a de la valeur que si on a des vêtements à la mode, griffés... "Si on sait que notre valeur n'a pas grand chose à voir avec tout ça, si on sait qu'on n'est pas que nos vêtements, qu'on est surtout nos dons, qu'on est surtout nos qualités humaines, nos qualités morales, alors l'enfant sera moins perméable aux messages transmis par la société de surconsommation. C'est important de pousser l'enfant à développer ses dons, ses capacités, son unicité".


Gérer son argent de poche

C'est comme cela qu'on éduquera les enfants à devenir des futurs consommateurs avertis et responsables. On peut aussi encourager les ados à faire des petits boulots pour se payer les choses qui coûtent plus cher, comme les vêtements de marques. On peut aussi les diriger vers des vêtements ou objets d'occasion.

"S'ils se trompent dans leur achat, c'est une leçon : il vaut mieux se tromper sur quelques euros que pour un achat d'importance. L'éducation à la consommation commence là."


2 valeurs à transmettre : l'effort et l'empathie

L'idée que la réussite et l'argent sont faciles sous-tend toute la logique de surconsommation. On donne aux jeunes de nouveaux modèles, comme les stars de télé-réalité, qui n'ont pas fait grand chose mais dont on profite de la notoriété pour placer des produits. On leur dit, c'est possible, c'est facile. Mais c'est tellement faux !

La 1e valeur à apprendre à nos enfants est l'importance de l'effort, du travail, "car c'est comme cela qu'on est heureux, quand on se réalise, quand on voit le fruit de son travail, sur la durée. Les enfants pourront ainsi plus facilement repousser les valeurs frelatées de la société de surconsommation."

La 2e valeur à transmettre, c'est de se tourner vers les autres. C'est le don, l'empathie, l'écoute. Ils doivent apprendre qu'ils ne sont pas des stars, des VIP, comme le marketing essaie de le leur faire croire, en induisant que les parents doivent donc tout leur acheter. "Le rôle des parents est de faire passer le message que le monde ne tourne pas autour d'eux. Et qu'il vaut mieux se tourner vers les autres, pour être responsables, libres et heureux."


Retrouver le plaisir de la simplicité, de la lenteur

Dans le domaine du divertissement et des loisirs, nous avons tendance à sur-occuper nos enfants, parfois pour éviter qu'ils ne restent face aux écrans, parfois aussi par pression sociale. Eux-mêmes ne veulent plus s'ennuyer. C'est donc une responsabilité commune. Cela donne des enfants fatigués, parfois blasés. Il faut laisser de l'espace pour susciter l'envie, car l'envie vient souvent du manque. 

Il est essentiel de passer du temps ensemble, mais jouer à des jeux de société ou faire une jolie promenade peut être bien mieux qu'aller dans une escape room, un laser game ou un parc d'attraction.


Confiance et responsabilité

En tant que parent, il faut choisir ses batailles et ne pas dire non à tout, définir ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas. L'idée c'est aussi de proposer autre chose, et ça marche ! 

Expliquons à nos enfants ce qu'il y a derrière ce qu'ils veulent, décryptons les choses avec eux et surtout ayons confiance dans leur capacité à développer un sens critique qui les aidera à affronter la société de surconsommation, conseille Valérie Halfon.

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