The Keepers, une série Netflix qui donne la parole aux victimes

The Keepers, une série Netflix qui donne la parole aux victimes
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The Keepers, une série Netflix qui donne la parole aux victimes - © Tous droits réservés

Une enquête après la mort d’une nonne, c’est l’occasion, pour la série documentaire Netflix The Keepers, de changer de perspective, et donner la parole à un groupe de personnes qu’on voit et entend peu : les victimes.

Dans The Keepers, il est d’abord question de Cathy Cesnik. C’est une jeune femme de 26 ans, une nonne, qui enseigne dans une école de l’ouest de la ville américaine de Baltimore. Un jour, à l'automne 69, elle disparaît, 3 mois plus tard, son corps est retrouvé. Elle a été assassinée. 45 ans plus tard, l’enquête est toujours ouverte, ce crime n’est toujours pas résolu. L’histoire de The Keepers, c’est l’histoire de Cathy Cesnik, et aussi celles d'une série de personnes qui ont gardé cette jeune femme en mémoire, et qui ont, des années, décidé d’enquêter. Pour enfin découvrir la vérité.

Un docu sur une histoire vraie, sur un crime, ça fait penser à Making a murderer, une autre série documentaire de Netflix, qui avait cartonné il y a un an et demi. Mais même si on est tenté d'y voir des caractéristiques communes, c'est assez différent. Pour une raison assez simple : la parole est aux victimes. Habituellement, dans ce genre d'enquête, que ce soit à la télé, dans la presse, l'angle des enquêtes est toujours consacré aux auteurs présumés, aux criminels condamnés. Ici, ce n'est pas le cas.

Une autre perspective sur le crime

The Keepers fait beaucoup penser au livre d'Ivan Jablonka, Laëticia, ce livre sorti l'an dernier, où l'historien Jablonka nous raconte la vie d'une jeune femme, dont la mort a été utilisée par tout un tas de monde - politiques, médias - sans guère d'égards pour la victime. Dans The Keepers, c'est un petit peu ça, on s'intéresse d'abord et avant tout à Cathy Cesnik; on peut l'entendre, sur une vieille cassette, réciter l'un de ses poèmes. Il y a énormément de témoignages sur sa vie. Et puis, assez rapidement, sans en dire trop, il sera question de pédophilie. Et là, face caméra, plusieurs victimes témoigneront. Ce sont des moments extrêmement forts, et comme dans le livre de Jablonka, c'est parfois difficilement soutenable. Mais ça donne une tout autre perspective à ce qui ne pourrait être qu'une énième enquête sur un crime. Et ça change tout.

Le point de vue diffère mais ce n'est pas tout : la méthode et les personnes impliquées étonnent aussi. Il est question d'un crime qui a plus de 45 ans. Les personnes qu'on suit étaient à l'époque de jeunes adolescentes, et 45 ans plus tard, le calcul est vite fait, elles ont une soixantaine d'années. On suit, sur les 7 épisodes, une demi-douzaine de femmes de cet âge, et elles sont les personnages principaux. D'habitude, la mamie de 60 ans est un personnage périphérique à la télé, la grand-mère sympa, qu'on entend peu, un personnage au final pas très intéressant. Dans The Keepers, ce sont des mamies de 60 ans, anciennes élèves de Cathy Cesnik, qui décident, un beau jour, d'enquêter. Elles sont au centre du docu. Un paradigme pareil, à la télé, c'est assez rare.

Enquête participative

Autre élément intéressant : on découvre que c'est grâce à un groupe privé sur Facebook que l'enquête avance : des chercheurs amateurs font des demandes de documents, connectent des éléments les uns avec les autres, et font au final avancer l'enquête. On connait le crowdfunding, le financement participatif. Ici, c'est une enquête participative. Un petit mot également sur la mise en scène : on a très peu d'images, forcément, de la fin des années 60. Plutôt des photos. Mais la série réalise le tour de force d'être tout le temps agréable à regarder, avec des animations très claires, des aller-retours entre le présent et le passé, un montage pas loin de la perfection.

Au final, la série est captivante, sans trop de pathos. The Keepers, c'est 7 épisodes d'une heure environ, à voir sur Netflix.

La Chronique d'Himad Messoudi sur The Keepers

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