Tchernobyl: de la catastrophe nucléaire à la crise de communication

Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl en URSS explose. Comment à l'époque les autorités vont-elles communiquer sur ce qui s'avère être la plus grande catastrophe nucléaire de l'histoire ? Sur fond de guerre froide, récit d’un mensonge d’Etat avec Eric Loze et les archives audiovisuelles de la SONUMA.

Un test qui tourne au cauchemar

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Tchernobyl: de la catastrophe nucléaire à la crise de communication © Tous droits réservés

Tout commence par une expérience risquée le 26 avril 1986 sur le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl située en Ukraine en ex-URSS.  Les ingénieurs et opérateurs veulent réaliser un test technique, qui s'avère très dangereux car le système de sécurité automatique a été désactivé. Des erreurs de calculs, de manipulations, de mauvaises interprétations de ce qui se passe au coeur du réacteur vont avoir un effet fatal.

A 1h32 c'est l'explosion.

La déflagration est tellement puissante qu’elle fait sauter la dalle de béton de 1000 tonnes qui protège l’édifice. Le cœur du réacteur se retrouve alors à l’air libre et dégage une chaleur démente. Les éléments de graphite qui entourent le combustible prennent feu, résultat, le feu et l’explosion rejettent dans l’air une grande quantité de débris, de fumée, de gaz chargé d’éléments radioactifs.

Le réacteur en feu se trouve par conséquent à l’air libre et libère pendant 10 jours un nuage de matières radioactives qui se déplace principalement au-dessus de l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie. L’Europe occidentale n’est pas épargnée non plus : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique ou encore les pays scandinaves sont également survolés, deux ou trois jours après la catastrophe.

L’incendie ne sera éteint que 13 jours plus tard, 600 membres de la centrale sont évacués, mais 1 tiers d’entre eux présentent des symptômes graves d’irradiation, parmi ceux-la une vingtaine meurent dans les 4 mois qui suivent la catastrophe.

 

 

Cacophonie et langue de bois

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Tchernobyl: de la catastrophe nucléaire à la crise de communication © STF,- - AFP

Alors qu’il s’agit de l’accident le plus grave de l’histoire de l’industrie nucléaire civile, l’URSS s’emploie à nier la gravité des faits pendant plusieurs semaines, à sa population et à la communauté internationale.

Quant aux autorités belges elles font preuve d’amateurisme, elles délivrent des messages laconiques et contradictoires sur les conséquences possibles à la population.

Tout est rendu public seulement des mois après les événements, en avril et mai 1986 les éléments d’infos rarement diffusables sont en fait distillés au compte goutte par URSS.

L’ampleur de la catastrophe est caché au public et en Belgique c'est seulement le 28 avril 1986, soit deux jours après l’explosion, que le journal télévisé belge relaie l'information. La première fois que l'événement est évoqué il n'y pas de déclaration officielle, les journalistes se basent donc uniquement sur un communiqué laconique et confus.

Aucune image n'est diffusée.

Mais les soviétiques vont finalement être contraints et forcés d’avouer les faits car les pays scandinaves détectent des éléments radioactifs sur leurs sols. Ils ont réussi à en déterminer la provenance et font pression.  Le 28 avril l'incendie fait toujours rage, et le nuage radioacif s’étend peu à peu sur l’Europe mais tout le monde l’ignore, l'information est très partielle, et le ton n'est pas à l’inquiétude.

Mais le 29 avril: le ton change radicalement.

On parle de fonte incontrôlable d’un réacteur nucléaire et le discours prend un virage à 180°.

 

Sur fond de guerre froide

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Tchernobyl: de la catastrophe nucléaire à la crise de communication © STF - AFP

De plus le contexte de l'époque rend la catastrophe d'autant plus grave. Les tensions entre bloc de l’est contre l’ouest font rage.

La propagande joue des deux cotés et elles prennent une autre ampleur pour des événements pareils. 

Peu d’informations fiables sont disponibles, on parle de "certaines sources occidentales" et ces fameuses sources occidentales largement si pas majoritairement américaines noircissent le tableau, chargent l’URSS. D'autant que les soviétiques minimisent l'ampleur de la catastrophe. Ils gardent le cap, une posture qui frise presque le ridicule.

L'attachée de presse de l’ambassade de Russie en Belgique parle d'une situation:

 "pas alarmante"

"cet événement n'est pas digne d’être publié à la une des journaux"

"la population touchée est au courant, et je ne suis  pas d’avis que ce soit utile de communiquer là-dessus"



C'est seulement 10 jours après la catastrophe, qu'une conférence de presse est donnée et les informations qui y sont concédées sont douteuses.

Dans la nuit du 1 au 2 mai la Belgique traversée par le nuage radioactif.

 

 

Le micmac à la belge

Un réacteur mal protégé, une sécurité rudimentaire, les centrales des pays de l’est vivement critiquée, la situation est inquiétante.  Et pourtant en Belgique , le message n'est pas uniforme. Certains conseillent les pilules d'iode avec ferveur, d'autres démontent leur prétendue utilité.

En Belgique, les messages sont très contradictoires.

Pourtant, le  niveau de radioactivité est plus fort que jamais.

Faut-il prendre des mesures ? Les ministres sèment le doute...

Qui faut-il croire ? 

Écoutez la suite de l'émission pour en savoir plus ! 

 

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