"Sous ces yeux-là" de Maurane, une dernière chanson qui contient un rendez-vous avec son destin...

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La cérémonie d’adieu à Maurane a eu lieu à Woluwé Saint-Pierre avec, autour d’elle, amis, famille et fans… Maurane aimait bien faire la fête, malheureusement cette cérémonie de funérailles – en bonne cérémonie de funérailles – n’a pas dégénéré en fête. Je crois que, de là où elle était postée, elle a tout fait pour que les invités se mettent à :

Mais ça n’a pas marché. Les morts ont certes des pouvoirs, mais les conventions en ont d’autres.

Dans " Paroles, Paroles ", il est question de " Sous ces yeux-là ", le tout dernier single publié par Maurane en février 2015. C’est avec cette chanson qu’elle prend la porte – sans que l’on sache qu’elle était en train de filer à l’anglaise. Pourtant le texte de " Sous ces yeux-là ", qui est signé Pierre-Yves Lebert, aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Ce texte qui dit : " Un jour ou l’autre, je sais qu’il faudra enfiler une robe de gala. M’en aller aux comètes. Pour chanter à résussi-tète. "

 

Sur le moment, on n’a pas fait trop attention – parce que ce n’était pas dans ses habitudes – mais Maurane nous parle de sa mort. Une dernière chanson comme un carton d’invitation… Une chanson qui contient un rendez-vous avec son destin… Et quand on est une grande chanteuse, on se présente devant la mort après avoir " enfiler une robe de gala "  –  ici, la robe de gala fait office de linceul – et on s’en va " aux comètes pour chanter à réssussi-tète " … " Réssusi-tète ", c’est ressusciter à tue-tête. C’est encore se faire entendre. Et Maurane continue : " Un jour ou l’autre, on est voué à partir. Devenir un souvenir. Y’a une fin à toutes les fêtes. Y’a une fin à toutes les fêtes. Elle est courte l’allumette. " Beaucoup trop courte, l’allumette : Maurane n’avait que 57 ans.  

 

Et si l’on s’en tient au texte, elle n’avait pas trop envie de partir – elle chante : " D’ailleurs rien ne dit que tout ça arrive. On est si bien sur cette rive " – mais finalement, de la mort, elle dit : " Je m’en fous. Pourvu que ce soit dans ces bras-là. Sous ces doigts-là. Sous ces yeux-là. " Elle est en train de nous dire que la mort n’a de sens après que s’il y a eu de l’amour avant. Avoir été aimé ne fait pas regretter de mourir. Quant au lieu et à la date de sa mort, elle précise : " Je me fous d’où ce sera, quand ce sera. On ne meurt pas sous ces yeux-là. " Il y aurait donc des yeux qui rendraient immortels – et ce sont les yeux de celui ou de celle qui nous aime…

 

C’est curieux comme dernière chanson… Comment elle résonne aujourd’hui… Avec son petit air de bossa nova qui semble nous dire – et c’est l’une des grandes vertus de la bossa – que la mort c’est pas si grave…

La phrase la plus importante de la chanson, celle qui définit le mieux Maurane, c’est " Je m’en fous " ! Maurane préférait jouait avec le bonheur et avec le malheur mais s’en mettre jusque-là… De l’amour, de la fête, de l’émotion, Maurane était tout sauf radine et elle se décrivait comme un ogre de la vie.

 

 

Elle parlait peu d’elle dans ses chansons, mais on trouve quand même des chansons où elle parle à sa fille. Dans " Je voudrais tout te dire ", elle s’adresse à sa fille Lou :

Et elle avait aussi évoqué la disparition de son père dans " L’homme qui m’a le plus manqué " : " L’homme qui m’a le plus manqué. Ce matin, s’est envolé. On dit qu’il n’a pas souffert. Moi, je suis toute à refaire. "

 

Ce n’était pas un thème très présent dans son répertoire, la mort mais, bizarrement, elle le sujet de sa dernière chanson…    

 

Écoutez " Sous ces yeux-là " de Maurane :

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