Solitude post accouchement : "On a vraiment besoin d'un village pour élever un enfant"

La solitude après l'accouchement, - Illustration par Paul Modersohn-Becker - Musée de Hanovre
La solitude après l'accouchement, - Illustration par Paul Modersohn-Becker - Musée de Hanovre - © flickr

On n'en parle pas souvent avant la naissance, mais de nombreuses mères souffrent de solitude après l'accouchement. Elles se sentent seules, ébranlées dans leur confiance, elles doutent de leurs compétences. Des solutions existent pour les aider.
 

"On a vraiment besoin d'un village pour élever un enfant", rappelle Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala.

Déjà parce que le congé de maternité n'a en fait rien d'un véritable congé. Un bébé moyen dort dans le meilleur des cas 16 heures par jour les premières semaines, mais cela fait quand même pour ses parents un temps plein de 8 heures, avec des cycles d'éveil de 2 à 4 heures. Ils sont sur le pont pendant de longues heures. Et si le bébé ne dort pas bien, les journées sont d'autant plus fatigantes.

Un bébé tout rose qui dort tout seul dans son lit, cela n'existe pas. "Il a besoin d'un continuum sensoriel, il doit trouver hors du ventre de sa maman les mêmes sensations qu'il avait dedans, pour pouvoir apprivoiser ce nouveau monde et s'y sentir en sécurité. Il a donc énormément besoin d'être porté et de dormir tout près de ses parents."

Il est totalement dépendant du monde extérieur pour sa survie physique et émotionnelle. L'investissement est grand de la part des parents, et de la mère en particulier qui reste souvent plus longtemps à la maison.
 

Un bouleversement physique et psychique

Les 6 premières semaines après la naissance, le corps de la femme subit une rétro-gestation : les tissus que le corps a produits pendant 9 mois doivent être résorbés, que ce soit au niveau du coeur, des poumons, du sang, de l'utérus, de la peau... Et tout cela en produisant du lait. L'investissement physique est nécessairement énorme.

"Sans oublier l'adaptation psychique des nouveaux parents, du couple, et de tout ce que cela réveille sur l'image de ce qu'est un père, une mère, le fait de devenir adulte, responsable de quelqu'un qui dépend de vous. Cette adaptation se fait plus ou moins facilement" rappelle Aline Schoentjes.

La maman vit parfois difficilement le fait de ne plus être productive : elle n'est plus que mère, elle ne rapporte plus d'argent, elle est séparée du monde des actifs. Son image sociale en prend un coup.

Enfin, il y a aussi le fait que deux cultures familiales vont se rencontrer et parfois se heurter.

On est donc loin de l'image d'Épinal du congé de maternité de tout repos. Il serait indispensable d'augmenter le congé de maternité des papas pour qu'au moins pendant le premier mois chacun se sente soutenu. 
 

Comment se retrouver avec tact et respect entre générations

Il n'est pas rare que les familles soient loin, physiquement et émotionnellement. Les amis sont pris dans le tourbillon de leurs habitudes.

Nous avons aussi perdu l'habitude de cohabiter dans un cercle plus élargi. On tient à notre autonomie d'abord, c'est une façon de s'affirmer, de montrer qu'on est capable, qu'on peut se débrouiller seule. On redoute le regard critique des amis, de la mère, de la belle-mère. Mais à l'époque, elles aussi se posaient des questions et tentaient de donner le meilleur d'elles-mêmes.

"Si vous êtes une jeune grand-mère, l'invitation serait de reconnaître la fragilité de cette nouvelle famille, de faire confiance à cette génération suivante qui cherche, qui avance, de l'observer, de la soutenir avec bienveillance et curiosité, de transmettre nos expériences, erreurs et tâtonnements. C'est précieux, cette expérience, et cela va contribuer aussi à donner des racines aux tout-petits.

Quand on est jeune maman, on peut s'autoriser à puiser dans la force des générations précédentes, à se laisser aider en précisant nos besoins, en laissant un peu de place à la maladresse involontaire. C'est ainsi que l'on peut se retrouver entre générations, de façon respectueuse et avec tact", conseille Aline Schoentjes.


Trouver un soutien extérieur

Comment constituer ce village dont cet enfant et cette nouvelle famille ont besoin, quand la famille est trop loin ou trop toxique, quand les amis sont peu disponibles ?

On peut  préparer l'après-naissance avant la naissance, au niveau logistique d'abord : créer une liste de naissance avec des titre-services, des repas, des heures de repassage ou de baby sitting, des livraisons à domicile...  A Bruxelles et en Flandre, des aides natales, facturées en fonction des revenus, peuvent venir quelques heures par semaine pour aider pour les enfants, faire quelques courses, préparer un repas...

Il existe aussi des lieux de rencontres entre mamans, entre papas, près de chez soi. A Bruxelles, il existe 5 Maisons Vertes, créées d'après les travaux de Françoise Dolto. Les parents peuvent y parler avec d'autres adultes. L'ONE, la Ligue des Familles, organisent des rencontres enfants-parents, des massages bébés... Amala a créé aussi son Mamas' café, tous les 15 jours, avec des sages-femmes, des ateliers à thèmes pour échanger et se soutenir mutuellement.

"N'hésitez pas à soutenir les mamans solos qui ne dorment pas, donnez un petit coup de main, soyez attentifs à tous ces petits signes des mamans qui ne dorment pas, recommande Aline Schoentjes. On pense parfois qu'on peut se débrouiller seule, mais on a besoin d'un coup de pouce pour sortir de chez soi et chercher du soutien. "

La dépression touche 1 maman sur 3. C'est normal de se sentir seule, parce que c'est très dur de s'occuper d'un bébé. Mais il faut savoir que ce n'est qu'un passage, cela s'arrête à un certain moment. "On se perd un peu, avant de se reconstruire."

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