"Si nous ne faisons rien, l'intelligence artificielle nous écrabouillera dans 30 ans"

Dr Laurent Alexandre
13 images
Dr Laurent Alexandre - © Yves Goethals

L’intelligence artificielle s’est immiscée dans nos vies sans que nous ne nous en rendions réellement compte au point qu’elle avance à une vitesse folle. Elle ne nous a pas encore dépassés mais ça ne saurait tarder. Il est temps de réagir et ça commence avec nos enfants. Ce sont les propos que le Dr Laurent Alexandre (photo) a tenu lors de la soirée de rentrée de La Première (RTBF) qui a eu lieu ce 3 octobre à la Cité Miroir, en collaboration avec Trends-Tendances et le Cercle de Wallonie.

L’intelligence artificielle "regroupe tous les systèmes informatiques qui automatisent des tâches intellectuelles. (...) On appelait ça de l’algorithmique". Elle est donc partout. Avec la montée en puissance des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon qui sont des leaders en matière d’intelligence artificielle), tout le monde en consomme. Pour Pierre Rion (photo), président du Conseil numérique wallon et du Fonds numérique wallon, l'intelligence artificielle existe depuis longtemps en Wallonie, dès qu’on a appris à un ordinateur à lire.

L'intelligence artificielle galope, vite

Nous sommes en plein milieu d’une révolution industrielle qui, à terme, risque de nous dépasser si nous ne faisons pas quelque chose. Ces actions commencent par l’enseignement de nos enfants: "On a une urgence, c’est la formation et l’école parce que sinon ça va être un massacre" selon Dr Laurent Alexandre, expert en nouvelles technologies et intelligence artificielle. En effet, l’enseignement actuel ne prend pas en compte la place que l’intelligence artificielle prend dans nos vies quotidiennes. "On continue, en Wallonie comme ailleurs, à former des chauffeurs routiers comme on forme des comptables" selon Dr Laurent Alexandre.

Le système scolaire wallon actuel envoie les enfants vers des formations où l’intelligence artificielle leur sera supérieure lorsqu'ils seront diplômés. Pour le Dr Alexandre, si on ne fait rien, "elle va nous laminer, nous écrabouiller dans 10-20-30 ans". Le but serait alors de créer une sorte de complémentarité avec l’intelligence artificielle. Certains domaines la possèdent déjà, d’autres non: "l'intelligence artificielle de Google dépiste mieux les cancers de la peau que les 12 meilleurs dermatologues de Californie". Les enfants d’aujourd’hui, qui commenceront à travailler en 2030, ne sont pas formés pour être complémentaires à l’intelligence artificielle: "Le système éducatif va devoir passer d’un système très professionnel et technique à un système beaucoup plus multidisciplinaire, il va falloir apprendre la pensée critique à nos enfants, les faire lire beaucoup. (…) Faites lire chaque semaine 3 bouquins de philosophie, d’histoire, des romans à vos enfants. C’est comme ça qu’ils lutteront contre l’intelligence artificielle".

L’Histoire nous montre que toutes les révolutions industrielles prennent du temps et que dès qu’il y avait une modification du paysage des emplois, la société arrivait toujours à s’adapter. Cependant, tout le monde est d’accord pour dire qu’à la vitesse où va l’intelligence artificielle va, nous n’avons pas 150 ans devant nous pour réagir. Les instances politiques et les acteurs de l’enseignement devraient prendre le pas et trouver des solutions. D’après Pierre Rion, le ministre du numérique, Alexander De Croo, est conscient de ce qui arrive mais "il y a une telle force d’inertie de la part des acteurs de l’enseignement qu’il est difficile d’arriver à quelque chose". Pour donner un exemple de la lenteur des administrations, Olivier de Wasseige (photo), administrateur délégué de l'Union wallonne des Entreprises (UWE), nous rappelle qu’un observateur sur l’évolution des métiers sera mis en place en 2018. Il s’interroge cependant: "Pourquoi n’existe-t-il pas depuis une dizaine d’années alors que la situation est urgente?".

Une réforme de l’enseignement serait donc à envisager avec comme objectif de former les futurs entrepreneurs de demain dès les primaires et les maternelles. Pour Emmanuelle Vin (photo), Docteur en sciences de l'ingénieur de l'ULB, une formation plus généraliste a alors dès lors plus de sens. Elle ouvrirait l’esprit critique. Elle permettrait de sensibiliser les enfants à l’informatique et aux sciences "et surtout ne pas oublier les filles parce qu’on les perd très vite au niveau des études". Il faut pousser les enfants vers des orientations où l’intelligence artificielle ne sera pas présente.

Pourquoi est-on encore supérieur à l’intelligence artificielle?

Pour le moment, l’intelligence artificielle n’est pas encore multidisciplinaire, contrairement à l’intelligence biologique, à l’homme. Pour le Dr Alexandre, "elle n’est qu’un embryon, un bébé, c’est pour ça que c’est maintenant que nous devons réfléchir à réformer notre système d’éducation, d’économie, etc.". Elle n’a pas encore conscience d’elle-même non plus. C’est à ce niveau-là que l’homme a encore une forme de supériorité par rapport aux robots. Cependant, les robots polyvalents commencent à poindre le bout de leur nez et d’ici 30 ans, ils seront plus nombreux et, dès lors, meilleurs marchés, ce qui pose un souci par rapport aux emplois que ces intelligences artificielles polyvalentes pourront substituer.

Quelles sont les autres solutions?

Il faut créer des start-ups pour concurrencer les GAFA. Pour Emmanuelle Vin, il faut encourager les jeunes à aller dans ces secteurs-là et les convaincre de ne pas avoir peur. Pour Pierre Rion, "il faut apprendre à apprendre". Pour Olivier de Wasseige, il faut établir un plan de formation correct et un plan de transformation des entreprises. Pour Laurent Alexandre, il faut être responsable et surtout faire un effort considérable sur l’éducation, augmenter la formation chez les petits et leur donner une éducation de type Montesorri, principalement dans les milieux défavorisés.

"Il y a un vrai enjeu politique, on doit se réveiller. On a passé le leadership au GAFA. On a accepté, soit par connerie, soit par masochisme d’être des colonisés du numérique".

Retrouvez l'émission complète

Quelques photos de la soirée

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK