Sexisme, discrimination, comment s'en protéger ?

Image de 'Femme de la rue' de Sofie Peeters, un reportage pour l’émission Question à la Une-RTBF, tourné à Bruxelles en 2012 et diffusé en 2015
Image de 'Femme de la rue' de Sofie Peeters, un reportage pour l’émission Question à la Une-RTBF, tourné à Bruxelles en 2012 et diffusé en 2015 - © Sofie Peeters

L'actualité ne cesse de relever des propos sexistes, comme ceux qui ont été tenus dernièrement à l'Université de Gand. Yasmine Lamisse, chroniqueuse juridique, revient sur le sexisme et la discrimination, notamment envers les femmes.

Des propos ultra choquants et sexistes ont été tenus à l'Université de Gand, à l'occasion d'une soirée organisée début décembre par un cercle estudiantin catholique d'extrême-droite. Le conseil d'administration de l'Université de Gand a d'ailleurs acté la suspension de l'association de ces étudiants pour deux mois, avec prolongation s'ils ne prennent pas des distances par rapport au chirurgien plastique qui fait polémique.

Que dit la loi à ce sujet ?
 

Le sexisme dans l'espace public

Une loi du 22 mai 2014 sanctionne le sexisme dans l'espace public et prévoit des sanctions pénales pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement, ainsi que des amendes. Joëlle Milquet est à l'initiative de cette loi, suite à la diffusion en 2012 d'un documentaire montrant une femme se faire agresser et insulter dans la rue, à Bruxelles.

Cette loi condamne tout geste ou comportement qui a manifestement pour objet d'exprimer un mépris envers une personne, en raison de son appartenance sexuelle, dans l'espace public. Elle ne concerne pas uniquement les femmes mais toute personne dénigrée en raison de son appartenance sexuelle, ou considérée comme inférieure, entraînant une atteinte grave à sa dignité. Le fait peut se passer dans la rue, mais aussi au travail ou dans d'autres lieux publics.

Le problème est qu'on la limite souvent au harcèlement de rue alors qu'elle doit condamner le sexisme au sens large. Par ailleurs, il n'y a curieusement que deux condamnations qui ont été faites sur la base de cette loi de sexisme dans l'espace public. On peut parler d'un flop !
 

Pourquoi un tel flop ?

Les enquêtes montrent que 95% des femmes déclarent avoir déjà été, au moins une fois dans leur vie, la cible de propos sexistes. 60% des femmes sont au courant de la législation, mais seulement 4 à 5 % vont porter plainte. Cette loi a été mise en place pour changer les choses et hélas il y a eu peu d'évolution.
Quelles en sont les raisons ?

  • La charge de la preuve : c'est la victime qui doit prouver son agression, qui doit prouver son agresseur. Or, quand on se fait agresser dans la rue, on ne connaît pas son agresseur !
     
  • La méfiance envers la police : certains services de police ne sont pas toujours au courant de ce qu'on peut faire en vertu de la loi. Ils découragent la victime de porter plainte, disant qu'elle sera de toute façon classée sans suite. La victime peut parfois se sentir humiliée.
    Pour la plupart, les policiers sont pourtant là pour vous. Ils sont toujours légalement obligés de prendre votre déposition de plainte. Mais ils sont eux aussi démunis devant le manque de preuves... Il ne faut jamais hésiter à porter plainte toutefois, le dossier en sera plus fort, et les statistiques seront plus proches de la réalité.
     
  • La honte, la culpabilité, la méconnaissance de  la loi empêchent parfois de faire cette démarche. 


Que faire ?

Il est difficile d'instaurer un changement profond dans la société. Mais il faut commencer par de petits changements.

  • Sensibiliser le politique à améliorer cette loi, à aller vers une procédure plus juste envers la victime.
     
  • Organiser des formations pour les policiers, les magistrats...
     
  • S'attaquer à la prévention plutôt qu'à la répression : collaborer avec des associations et faire des campagnes. Béa Ercolini, présidente de l'asbl Touche pas à ma pote, a lancé en 2018 une campagne choc pour lutter contre le harcèlement de rue, encourager la victime à aller en procédure, mieux faire connaître cette loi. 
    Il n'y a pas assez de campagnes de sensibilisation, alors qu'il faut condamner la banalisation de ces propos sexistes.
     
  • Se faire entourer. Des associations sont là pour vous aider, voire vous conseiller pour aller en justice : Unia, Garance, Vie féminine, Touche pas à ma pote, l'Institut pour l'Égalité des Femmes et des Hommes...
     
  • Éduquer les enfants à ce problème dès le plus jeune âge.
     

La loi n'est pas efficace à ce stade mais est un symbole au niveau sociétal et légal, et envoie un signal essentiel : le sexisme envers les femmes et envers les hommes, le harcèlement de rue sont inacceptables.
 

Retrouvez Yasmine Lamisse dans Tendances Première

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À découvrir

Femme de la rue, de Sofie Peeters, un reportage pour l’émission Question à la Une-RTBF, tourné à Bruxelles en 2012 et diffusé en 2015 

Sofie Peeters a réalisé ce film en caméra cachée afin de témoigner des insultes quotidiennes que subissent les femmes. Des tentatives pataudes de drague aux insultes injustifiées, la réalisatrice filme les multiples comportements et remarques sexistes attirés par le simple fait de marcher seule dans la rue.

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