[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - Les cendres

Le mot 'cendres' expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.


Que sont les cendres ?

Techniquement, on parle d’un résidu d’un corps organique, après sa calcination. Les cendres sont donc des poussières inertes puisque la vie est partie avec l’extinction du feu ou l’adjonction de l’eau. D’où le fait que le feu puisse couver sous la cendre et que l’on puisse renaître de ses cendres.

Les Chinois, par exemple, distinguent les cendres chaudes des cendres froides et voir des cendres humides est un présage de mort.
Au Tibet, les lamas mélangent la cendre des saints à de l’argile pour en faire des statuettes de Bouddha. On connait aussi des rites qui mêlent des cendres funéraires à de la nourriture ou à une boisson pour absorber les vertus du mort.

Elles disent donc l’éphémère de la condition humaine, mais aussi sa précarité.


Les cendres dans les religions

D’une façon globale, les cendres rappellent à l’homme qu'il est toujours inférieur à la divinité. On se recouvre la tête de cendres et on porte un sac pour faire pénitence, chez les Hébreux. Les cendres disent donc la mortification.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi ! Le rite des cendres se répand vers l'an 300 comme un rite d'exclusion des pécheurs publics de la communauté, surtout en cas de scandales graves comme une hérésie, un meurtre, un adultère.

Ce n'est qu'au 7e-8e siècle que cette coutume va se greffer sur l'entrée en Carême. Le pécheur confesse ses fautes et il est mis publiquement au rang des pénitents. Il passe alors en quarantaine, en marge de sa famille et de la communauté, et il recevra le pardon de ses fautes le Jeudi saint. Mais pas de viande, pas d'alcool, pas de bain, pas de cheveux coupés, pas de relations sexuelles non plus.
 

Le Phénix qui renaît de ses cendres 

Le Phénix (= rouge pourpre, en grec), est un oiseau noble et sacré qui, parce qu’il renaît de ses cendres, dit la régénération.

Tous les cinq cents ans, il se régénère par le feu. Le Phénix cherche alors un haut sommet, le plus isolé. Puis, il confectionne un nid d’épices et d’herbes aromatiques, il y entre et se consume par ses plumes qui embrasent le nid. La combustion dure trois jours et laisse des cendres chaudes, dont il renaît.

On relève aussi sa présence dans la mythologie persane, en Grèce, chez les Romains ou même les Japonais, les Chinois ou les Aborigènes.
L’origine du mythe vient de l’Egypte, mais il faut surtout en retenir le fait que cet oiseau a été le premier à sortir de l’Océan primordial et il s’est perché sur le tout premier morceau de terre, une île en somme. Puis, à son premier cri, le temps est advenu, voilà pourquoi il accompagne les morts dans l’au-delà jusqu’à Osiris.

Que ce soit la mort ou la vie, on voit bien que les cendres sont chargées d'un très fort symbolisme.

Ecoutez les explications de Jean Leclercq dans Et dieu dans tout ça ?

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