[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - Le péché

Le mot péché, expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.

Que peut-on dire de façon générale sur ce mot péché ? Le péché se greffe sur des expériences qui nous mettent en contact avec ce que nous appelons le mal et dont nous sommes plus ou moins - ou parfois pas - conscients et bien entendu responsables et débitables.

La honte, l'impureté, l’infidélité, la culpabilité, le remords, la faute, la transgression sont autant d’états de la conscience morale qui ont aussi été investis par la notion de péché.


Une connotation religieuse

Il y a donc une connotation religieuse. Le péché est certes un mot qui dit une expérience et un état spécifique d’une conscience, mais une conscience qui se réfère à un principe divin ou à un dieu, et qui interprète tout en fonction de ce point de référence.

La faute, l’aveu et le pardon sont alors une triade qui explique cette vision religieuse du péché qui va évidemment varier en fonction des religions, qui sont rarement en panne en matière d’invention de la culpabilité. Mais c’est en tout cas un système clos et interne à une religion et qui n’est pas sans effet sur la vie en société.
 

Le péché dans le christianisme 

Dans le christianisme, il y a une très forte insistance sur la notion d’alliance et de révélation.

Le péché vient rompre l’alliance avec Dieu – le christianisme a pensé à tout puisqu’il invente même l’idée d’un péché originel – mais c'est une alliance qui est donc rompue par des actes individuels et collectifs que Dieu décrète lui-même comme péché et que les institutions complètent par des catalogues de péchés, de peines et de fautes.

Et puis évidemment par des procédures de pardon des fautes qui ont d’ailleurs elles aussi varié à travers l’histoire du christianisme et de la confession.


Le rôle du prêtre

Pour pardonner un péché, il faut un prêtre ! Il s’arroge effectivement le droit de remettre les péchés et il pratique l’introspection des consciences pour obtenir un aveu, comme le philosophe Foucault l’a parfaitement montré dans ses recherches.

Dans les faits, la conception chrétienne du péché et de sa nécessaire confession posent de lourdes questions, d’abord sur le plan de la psychologie, voire de la psychanalyse, mais aussi sur le plan des processus de culpabilité malsaine qu’elle peut charrier, de façon souvent indélicate ou irrespectueuse des consciences et des personnes, en tout cas pour ce qui relève de l’ingérence dans le for intérieur.


Quel rapport entre péché et justice humaine ?

Le danger majeur est la création d’un univers fantasmatique qui certes déforme le réel de la vie psychique mais surtout le déplace – et même parfois le nie – dans un univers uniquement religieux, tout autant irréel et en tout cas empiriquement non vérifiable, dans lequel la notion de faute peut perdre évidemment toute sa pertinence humainement morale, avec aussi le risque grave de se dérober à la justice des humains.

Récemment, un prêtre catholique brugeois a été renvoyé en correctionnelle et condamné, suite à la plainte de la veuve d’un homme qui avait confié à ce prêtre son intention de se suicider, avant de passer à l’acte. Il lui a été reproché de ne pas avoir appelé à l’aide des proches ou des secours médicaux pour éviter le drame. Poursuivi pour abstention coupable, le prêtre s’est quant à lui réfugié derrière le secret de la confession.


La notion de secret

C’est tout le problème complexe du secret professionnel qui est requis de certaines personnes, mais sachant que ce n’est pas un droit absolu, mais relatif puisqu’un état de nécessité permet de lever ce secret professionnel, notamment en raison d’une non-assistance à personne en danger.

Mais de son côté l’Église catholique protège le secret de la confession et en fait un secret absolu dans son Droit canonique, sous prétexte qu’il est inviolable et qu’il ne faut pas trahir celui qui s’est confessé.

Voilà qui est complexe au regard de la loi civile, qui doit toujours prévaloir sur tout prescrit religieux et qui ne peut pas permettre que le relatif devienne un absolu, dans des cas d’extrême nécessité.

Ecoutez Jean Leclercq dans Et dieu dans tout ça ?

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