[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - Le péché originel

Le mot 'péché originel' expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.

La notion de péché est foncièrement religieuse et se pense dans le cadre d’une révélation et de la recherche d’un salut à la fois individuel et collectif.

Mais dans cette volonté d’investir totalement le champ de la conscience et de l’histoire humaine, le christianisme a aussi inventé le dogme du péché originel, pour instaurer un péché originaire, à la racine de l'existence de chaque homme mais aussi de toute l'histoire de l’humanité.


L'origine du terme 

Le terme de 'péché originel' est conceptualisé par Augustin, probablement en 397, pour désigner cet état de l’homme et de l’humanité absolument et initialement défaillant.

A cette époque, Augustin était en conflit avec les Pélagiens qui rejetaient l’idée habituelle que les nouveau-nés puissent naître dans un état de péché hérité par propagation, tout simplement parce qu’ils étaient incapables de transgression.

Dans le cas de ces enfants, pour les disciples de Pélage, il n’y avait donc pas de péché à remettre par le baptême, qui était précisément destiné à effacer cette faute originaire. Or, pour Augustin, tous les hommes sont soumis à la nécessaire rédemption et le péché doit être à la fois originel, universel et absolu.
 

La vision contemporaine

L’église catholique évoque encore le péché d’Adam, en tant que premier homme, et laisse donc croire à sa paternité en la matière, puisqu'on parle bien d'une descendance de la faute et même une transmission par propagation. Il y a donc l’idée d’une 'nature humaine blessée par ce  premier péché'.

Il y a ici tout ce qui relève d’un dogme, c’est-à-dire d’une vérité totalement irrationnelle, dont l’église catholique dit qu'il s'agit d''un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement'.

Ajoutons aussi que le système, pour éviter que le serpent se morde la queue, a fabriqué le dogme d’une immaculée conception, puisqu’il faut bien que celui qui va permettre de sauver du péché originel, le Christ, compris comme nouvel Adam, naisse d’une femme vierge, donc considérée comme intacte et préservée du péché originel. C’est finalement une pirouette très habile, constate Jean Leclercq.


Le péché originel, universel ?

On peut répondre par la positive car c’est évidemment la question cruciale et complexe de l'origine du mal. On connaît des mythes avec un dieu mauvais s'opposant à un dieu bon, avec l’idée d'une faute première, ou encore d’une chute des anges, chute des âmes, etc. 

Ceci étant, la doctrine du péché originel ne s'est pas développée dans le judaïsme avec la même fantaisie que dans le christianisme. Mais la présence du mal dans l'humanité reste en tout cas une question qui interroge l’idée d’un mal radical qui serait à la racine de tous les désordres.


Un rapport avec Kant 

Tout cela fait penser à Kant. C'est surtout par sa théorie du mal radical dans la nature humaine que Kant se rapproche de la doctrine du péché originel.

Il pense un mal radical, c’est-à-dire à la racine de tous les autres. Mais ce n’est pas un mal systématique car il y a, pour Kant, un bien qui, lui, est combien plus originaire et même antérieur à ce mal, qui a quand même une racine et donc en quelque sorte un début.

Kant veut penser la question de notre penchant au mal, s’interroger sur son pourquoi, sur le sens de notre liberté et de notre refus de ne pas observer la loi. Mais il n’explique en rien les choses par un problème d’héritage. Il a plutôt voulu réfléchir à l'universalité de l’expérience du mal, à notre impuissance à faire le bien, mais il l’a fait, dans le cadre de la mise au point d’une morale qui reste à visée humaine.

Ecoutez Jean Leclercq qui nous parle du péché originel dans Et dieu dans tout ça ?

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