[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – Le nihilisme

Le mot 'nihilisme' expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.


Le mot dans l’histoire

Nihilisme vient du latin nihil, qui veut dire rien, l’" absolument rien " de ce qui n’existe pas, " l’absence d’action " ou, encore, le fait de " ne pas être attaché à quelque chose ", de " ne pas se soucier de quelque chose ".

Le nihilisme a surtout une histoire et des interprètes, comme Nietzsche, Cioran…  Le mot est attesté depuis la fin du 18e siècle, et c’est surtout au 19e siècle qu’il prend une place centrale dans le débat intellectuel.

Le terme est utilisé par Tourgueniev (1818-1883) pour décrire le caractère révolté de son héros Eugène Vassiliev Bazarov qui, dans le roman Pères et Fils (1862) est un jeune étudiant en médecine, matérialiste, scientiste, anti-libéral et très opposé aux valeurs bourgeoises de ses parents.

Bazarov pense étonnamment qu’on doit sauver le peuple en éradiquant toutes les traditions religieuses. Ce nihilisme va prendre une tournure politique et va même devenir une forme de terrorisme, avec l’assassinat du tsar Alexandre II.


La nature de la doctrine

En fait, le nihilisme consiste à ne croire en aucune positivité. Le monde et l’existence sont dénués de signification, de finalité, de possibilité de le comprendre. On ne peut rien appréhender, rien connaître et donc il n’y a rien à communiquer.

Rien n’existe donc au sens absolu et, philosophiquement parlant, il n’y a pas de réalité substantielle. Ce qui veut dire aussi qu’il y a une négation des valeurs morales et sociales, et surtout de leurs fondements et de leur hiérarchie.

En ce sens, quand Camus dit, dans L’homme révolté, que le " nihiliste n’est pas celui qui ne croit à rien, mais celui qui ne croit pas à ce qui est ", il en donne une excellente définition.
 

L’apologie du nihilisme ?

Jean Leclercq serait prêt à faire l’apologie du nihilisme, parce qu’une chose l’interroge : nous sommes souvent frappés par ce que le philosophe Michaël Foessel appelle les petites vacuités quotidiennes, ces moments où le rien s’impose à nous comme constat et comme sanction : cette émission, ce cours, ce film, ce rendez-vous : " Non, il n’y avait rien ".

Il y aurait donc là un usage salutaire du nihilisme qui exprimerait, selon le philosophe, le fait que l’on peut vivre par là une certaine inadéquation avec le monde, un brin de soupçon et peut-être aussi parfois la force de briser les idoles.

Le nihilisme pourrait ainsi être vu comme un début de réaction, le début du refus de croire dans tous ces riens qu’on voudrait nous faire croire au quotidien.

Par contre, on peut donc dire qu’évoquer aujourd’hui le nihilisme et ses usages revient moins à déplorer l’absence de sens qu’à mettre en doute la certitude qu’on peut trouver ce sens n’importe où…

Ecoutez Jean Leclercq dans Et dieu dans tout ça ? ici

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