[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – 'Le Maître ignorant'

En cette rentrée scolaire, la philosophe et membre de PhiloCité Gaëlle Jeanmart nous explique le concept du 'Maître ignorant'. C’est le titre d’un livre majeur de Jacques Rancière (Ed Fayard).

Jacques Rancière est un philosophe français né à Alger en 1940 et qui est très marqué par Mai 68. On peut le présenter comme un penseur de la révolte, notamment ouvrière.

Son livre 'Le Maître ignorant' a été publié en 1987 et a été important pour beaucoup de gens. Il s’appuie sur une expérience menée au 19e siècle par Joseph Jacotot, un pédagogue français qui s’est trouvé face à un public d’étudiants néerlandophones. Il leur a proposé alors de lire le Télémaque de Fénelon en édition bilingue et d’apprendre à se débrouiller dans cette langue, en comparant une langue après l’autre. Il leur a demandé d’être capables d’exprimer les idées principales du livre et éventuellement leur avis.

Joseph Jacoteau a été ébloui par le résultat. Après quelques mois, les étudiants étaient capables d’exprimer ce qu’ils pensaient de leur lecture, et il avait l’impression qu’ils avaient appris à s’exprimer en français, en utilisant leur intelligence pour s’approprier un savoir, alors que personne n’était là pour l’expliquer.


Le rôle du professeur

Pour Jacques Rancière, le rôle du professeur n’est donc pas de transmettre un savoir, car l’explication est abrutissante. Quand on rentre à l’école, on ne fait plus fonctionner cette intelligence qui nous a appris des choses essentielles, comme marcher et parler. On attend du maître l’explication et on perd alors ces capacités et cette autonomie qu’on développait jusqu’alors.

Le rôle du maître serait donc, non pas de transmettre un savoir, mais de développer cette forme d’autonomie d’une intelligence qui pense qu’on est capable dès qu'on veut.

Son premier rôle serait donc de développer la confiance : on peut si on veut.

Le deuxième rôle serait de développer la volonté. On ne peut pas dire : tu dois vouloir, mais il faut transmettre cette conviction qu’on peut quand on veut, une sorte de question exigeante, pour se prouver qu’on est capable ou égal au maître.

"On est tous un peu profs, c’est-à-dire qu’on est tous passés par l’école générale et ce qu’on y a appris, c’est un peu le métier du gars qui nous enseignait. On a tous des réflexes d’explicateurs et on risque tous de provoquer cette même division entre cette intelligence supérieure qui explique et une intelligence inférieure qui se retire du jeu en disant : bon, il y a un type qui explique donc je n’ai pas besoin de faire d’effort", explique Gaëlle Jeanmart.

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