[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - Le célibat des prêtres

Le célibat des prêtres expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.
 

Qu’est-ce que c’est le célibat aujourd’hui dans l'Eglise ?

Le célibat du prêtre catholique est un engagement de ne pas se marier. C’est une disposition ancienne mais encore revendiquée par des textes très récents : une encyclique de Paul VI en 1967, par exemple, ou encore des textes de Jean-Paul II et de ses successeurs, qui tous martèlent l'obligation sans appel du célibat, ainsi que le refus de l'ordination des femmes.


Pourquoi cette pratique ?

Parce que le rôle du prêtre a été pensé sur le modèle monastique. Aux IIIe et IVe siècles, le monachisme a promu le célibat, via une dépréciation du mariage et de la sexualité. Pour être moine, on prononce trois vœux pour toute la vie : obéissance, pauvreté et chasteté.

Or cette continence du célibat est vue comme un moyen de vivre plus parfaitement sa foi et de déjà annoncer la vie éternelle.

Ainsi, des papes, dès le 4e siècle, et des conciles régionaux décidèrent que les prêtres, qui alors étaient mariés, ne pourraient pas se remarier et qu’ils ne pourraient pas avoir de relations sexuelles ou même cohabiter avec leur femme.

Se posait aussi la question de l'héritage des biens ecclésiastiques, qui pouvaient revenir aux héritiers du prêtre plutôt qu’à l'Église.

Dès lors, au début du XIIe siècle, le célibat va devenir une norme disciplinaire dans l’Église romaine. Et ce ne fut pas sans protestations, car il y eut très vite des demandes d’abrogation de la loi du célibat, mais rien n’y a fait et rien n’a vraiment changé depuis.
 

Un phénomène uniquement catholique ?

Les religions adorent réguler le sexe et la fécondité. Beaucoup d’entre elles connaissent ces prescriptions de continence, notamment pour pratiquer des rites. Il y avait les vestales à Rome, les prêtresses d'Apollon ou encore les sectes esséniennes dans le judaïsme.

Mais le bouddhisme et le christianisme sont allés loin sur ce plan.

  • Dans le bouddhisme, on sait que le célibat était imposé aux moines mendiants, pour mieux méditer et mieux pratiquer le détachement. Cependant, des moines et des nonnes de sectes importantes nées du bouddhisme Mahāyāna, par exemple, se marient. Et un moine peut retourner à la vie laïque après plusieurs mois passés sous sa toge jaune. 

    Le Dalaï Lama – qui cependant dit rarement des paroles positives sur le couple - ne lie d’ailleurs pas le célibat et l'Illumination. Il dit toutefois que le célibat consiste à essayer de réduire le 'désir charnel' et l'attachement. Il pense aussi que "la chasteté procure une plus grande indépendance et une tranquillité d'esprit" parce que "la pression sexuelle et le désir sexuel procurent une satisfaction de courte durée et souvent, conduisent à davantage de complications".
     
  • Le christianisme est la seule religion à imposer frontalement le célibat, mais cela diffère en fonction de ses Églises. L’Église catholique romaine l'exige de ses évêques et de ses prêtres. Mais ce n’est pas le cas dans l’Église de rite oriental.
    Les Églises orthodoxes, quant à elles, exigent le célibat de leurs évêques, mais pas des prêtres, qui resteront évidemment moines s’ils veulent devenir évêques.
     

Comment justifier cette pratique ?

Le christianisme a très vite construit un lien fort entre l’abolition de la vie sexuelle et la promotion de la vie éternelle, dans une relation exclusive et unique avec Dieu. Il a aussi rapidement désexualisé le Jésus de l’histoire, puis il a développé le dogme de la Vierge mère.

Ensuite, il a spiritualisé la vie sexuelle, en la niant bien sûr et en la fantasmant dans une relation entre une Eglise présentée comme épouse et un Christ présenté comme époux, qui devient alors un modèle pour des hommes qui doivent l’imiter.

C’est une sacralisation de la non-sexualité.


Une doctrine aux lourds effets 

Avec ce célibat, pas de mariage, pas de sexualité, pas de fécondité et bien sûr une vision et une compréhension très hétérocentrées de la relation affective. 

C’est une doctrine dont les effets sont très lourds.

Dans un livre récent, le pape François tient des propos scandaleux et condamnables, en parlant des homosexuels dont il prétend qu’"il n'y a pas de place pour ce type d'affection" chez le prêtre et que "les personnes ayant ce type de tendance profondément ancrée" ne doivent pas être acceptées dans le ministère. On est ici purement et simplement dans le mépris, observe Jean Leclercq.

Retrouvez ici la chronique de Jean Leclercq

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