[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - La laïcité

Le mot 'laïcité' expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.


Quelle est l’histoire de ce mot ?

Ce mot apparaît seulement vers les années 1870 et c’est en fait un néologisme dont l’histoire est une vraie saga.

Pour essayer de comprendre, il faut remonter au mot grec laos qui signifie le peuple non organisé, la masse des gens, en quelque sorte. Puis il faut aller chercher son opposé qui est derrière le mot clergé, c'est kleros, un caillou ou une pièce de bois que l’on utilisait pour le tirage au sort, en Grèce. 

Cela veut dire aussi la bonne fortune de ceux qui sont élus et qui de ce fait n'appartiennent plus au peuple commun.

On comprend alors que le laïcisme est au 16e siècle une doctrine qui revendique pour les laïques, qui ne sont ni des clercs ni des religieux, le droit de gouverner l’église.
 

Laïcité, athéisme ou principe politique ?

La laïcité n’est pas un plaidoyer pour l’athéisme et elle n’est d’ailleurs pas non plus une religion ou un combat contre les religions, sans quoi on retomberait dans une forme de dogmatisme.

La laïcité est un principe politique d’organisation de la sphère publique. Elle fonctionne selon un principe historique et progressif de séparation du théologique et du politique. Il tient à ce que, sauf les exceptions de conscience prévues par la loi (qui prime donc), aucun prescrit religieux ne puisse être revendiqué pour se soustraire aux obligations de la loi.

Ceci veut dire aussi pas d’ingérences et pas d’interférences des religions et de leurs normes, mais aussi la neutralité et l’impartialité de l’État qui doit garantir le respect de la liberté de conscience et de culte des citoyens, en matière de convictions " philosophiques " et en ce compris le fait de ne pas en avoir.


Les enjeux de ce principe

La laïcité est un principe de la limite qui permet de bien faire peuple, de faire laos de façon démocratique et équitable.

Ceci veut aussi dire que la religion reste une affaire privée, ce qui ne veut pas dire que notre espace public doit être aseptisé des religions.


La laïcité à la belge 

Notre Constitution a été le fruit d’un compromis historique entre catholiques et libéraux. Et si elle est laïque sur certains points, elle l’est moins sur d’autres. On finance par exemple les ministres des cultes, l’enseignement libre est subsidié par les Communautés, l’État offre une éducation religieuse dans ses écoles, des fonds publics sont prévus pour les bâtiments destinés à l’exercice d’un culte, on célèbre un Te deum pour la fête du Roi.

"On ne s'étonnera donc pas qu'aujourd'hui, ce soit un sujet d'une grande actualité puisque la question est de savoir si, oui ou non, on inscrira la laïcité dans la Constitution ou dans un prologue", conclut Jean Leclercq.

Retrouvez la séquence de Jean Leclercq dans Et dieu dans tout ça ?

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