[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – La confiance en soi

[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – La confiance en soi
[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – La confiance en soi - © Tous droits réservés

Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophies Magazine, définit la confiance en soi, ce concept si important pour l'Américain Ralph Waldo Emerson.

Ralph Waldo Emerson a été l'un des pères fondateurs de la pensée américaine, instigateur du transcendantalisme américain, l'équivalent du romantisme de la pensée européenne. C'est un fils de pasteur qui a d'abord fait des études de théologie, puis de grands voyages en Europe.
Il a prononcé à Harvard un discours resté célèbre, 'l'Intellectuel américain', considéré comme la déclaration d'indépendance de la pensée américaine, où il appelle les Américains à rompre avec la pensée européenne, pour assumer leur génie propre. Finis les grands systèmes métaphysiques, il s'agit dorénavant de s'intéresser à la vie ordinaire, à la vie quotidienne.

Axée sur la notion d'expérience, la pensée d'Emerson est aussi la pensée du perfectionnisme, qui ne vise pas à la perfection, mais qui invite à se chercher en permanence, à se découvrir, à se réinventer, avec cette énergie et cet optimisme du pionnier qui veut recommencer le monde et pense que chacun a le droit de le recommencer.


La confiance en soi selon Emerson

Croire en notre propre pensée, croire que ce qui est vrai pour nous, dans notre propre coeur, est vrai pour tous les autres hommes, cela est le génie. Exprimez votre conviction intime et elle se découvrira être le sens universel.

En anglais, 'confiance' est traduit, non pas par 'self confidence', mais par 'self reliance', avec l'idée du lien. Il ne s'agit justement pas de s'assurer d'un soi qui serait un socle, sur lequel s'appuyer avec certitude, mais de se relier au contraire à quelque chose qui est au-devant de nous, qui est presque le produit de la confiance qu'on lui fait.

Cette confiance, qui est pour lui à l'origine de toute grande oeuvre, exige une vertu capitale : le non-conformisme. Celui qui veut être un homme doit être un non-conformiste, dit-il. Il ne doit pas se conformer et être troublé par le nom du bien, mais chercher ce qui est bien pour lui.

La confiance en soi est plus importante que la cohérence. On peut dire une chose un jour et une autre le lendemain, du moment qu'on le dit avec confiance, avec une intuition.

La confiance peut aussi conduire à rompre avec ses proches. "Je dois être moi-même, je ne puis pas plus longtemps m'annihiler pour vous. Si vous ne pouvez pas m'aimer tel je suis, je m'efforcerai de mériter votre affection, mais je dois être moi-même. Je peux me contredire, je peux m'opposer aux autres, pour autant que je sois fidèle à mon intuition.'

C'est donc une véritable conversion à laquelle nous invite Emerson, avec cette idée de la confiance. Une conversion dont il attend qu'elle change le monde. Une plus grande confiance en soi doit accomplir une révolution dans tous les emplois et dans toutes les relations des hommes.

Cet appel à la confiance est présent, de façon souvent galvaudée, dans tous les manuels de développement personnel, qui font de la confiance en soi un mode d'intégration à la société et un mode de management de soi, ce qui est un contresens quasi total.

"Il serait grand temps d'en retrouver toute la force critique et émancipatrice qu'elle avait lorsqu'elle s'est formulée", conclut Martin Legros.

Ecoutez Martin Legros dans Et dieu dans tout ça ?

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK