[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] - L'athéisme

Le mot athéisme est expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.


Agnosticisme, athéisme, que veut-on dire par là  ? 

Par agnosticisme, on considère l'absolu comme inaccessible à l'intelligence humaine. Le mot en français a été emprunté à l'anglais agnosticism, forgé par Thomas Huxley en 1869, en référence à ce que dit Paul de Tarse au sujet d’un autel dédié à Athènes au dieu inconnu. Ici, la négation est restreinte et dit une forme de retenue, comme s'il y avait une impossibilité de l'affirmation.

L'origine du mot athéisme remonte à la Grèce, où atheos (en grec : θεος, composé du - privatif + θεός qui veut dire dieu) signifie sans-dieu.

Le préfixeindique ou bien une privation de la présence d’un dieu, ou bien une rupture de la relation avec les dieux, ou bien la négation des dieux, au risque d’être déclaré impie. Car attention, c’est, à ce moment, un vocable mutant, dans l’Antiquité. Un païen pouvait traiter un chrétien d’athée parce que ne croyant pas aux dieux du Panthéon et remettant en cause l’équilibre politique de la Cité. Et un chrétien pouvait traiter un Grec d’athée parce que ne croyant pas au soi-disant " vrai Dieu " des chrétiens.

En français, le mot athéisme apparaît au XVIe siècle et le mot athée est attesté chez François Rabelais.
 

Comment comprendre l’athéisme ?

Pour Jean Leclercq,  l’affirmation de l'idée de Dieu peut faire l’objet d’une négation ou bien relative, ou bien absolue, voire radicale et effective si l'on développe un savoir et une connaissance qui justifient cette négation, pour par exemple parvenir à l'élaboration de la preuve de non-existence de Dieu. L'athéisme est aussi, dans ce cas, de nature intellectuelle et rationnelle car il y a la volonté de parvenir à l'élaboration de la preuve de la non-existence de Dieu.

En tout cas, Jean Leclercq pense important de tirer l’athéisme du côté du réflexif et de l’existentiel, pour en faire d’abord une expérience profonde et radicale, l'athéisme est en somme une attitude existentielle. Il est essentiel de ne pas en faire un nouveau dogmatisme, comme celui qui est à l’œuvre dans le religieux. Et il convient aussi de prendre la mesure de ce que l’on dénie. En ce sens, Lacan avait vraiment raison de dire que seul le théologien est athée. 

L’athéisme est donc une attitude, une mise à l’écart de la tentation religieuse et c’est, à cet égard, une grande ascèse de l’esprit, de l’intelligence et du corps. C’est une sorte de vie nue, une vie dépouillée de toutes les formes de la transcendance et du salut, mais également de l’illusion et de la superstition. Avec l’athéisme, on fait valoir la juste reconnaissance de notre finitude et du fait que l’horizon de notre vie est fini, sans désir d'immortalité.

On pourrait dire aussi que l’athéisme est une certaine exaltation d’un sujet vraiment autonome, dépouillé et rivé rien qu’à lui-même, qui vit sans transcendance et qui donc peut vivre, comme le disait Nietzsche, dangereusement.

Jean Leclercq nous parle de l'athéisme dans Et dieu dans tout ça ?

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