[SERIE La grand dictionnaire des philosophies et religions] - Le dogme

Le mot 'dogme' est expliqué et décodé par le professeur de philosophie Jean Leclercq.


À l'origine du mot

Le mot 'dogme' vient du verbe grec 'dokein', qui signifie 'avoir une opinion, penser, croire'.

Il y a des dogmes en philosophie, en politique, en science aussi. En philosophie, c’est une opinion philosophique communément reconnue dans une école. Dans l’Antiquité, dans le domaine juridique, il s’agit d’un arrêté ou d’une décision politique du souverain ou d'une assemblée, parce que le dogme est directement lié à la notion d'autorité par son origine étymologique.

Nous allons parler ici des religions et surtout du christianisme, mais on peut retenir que le dogme est une proposition théorique établie comme une vérité indiscutable par une autorité qui régit une communauté donnée.
 

Le dogme dans la religion 

Le dogme est une donnée non pas première mais une donnée qui est dérivée d’événements qui auraient eu lieu dans l'histoire d’une croyance, puis qui se sont fixés dans des écrits et ont ensuite fait l’objet d’une transmission et d’une profession de foi.

Or, dans ce processus de fabrication de la croyance, il y a, à un moment donné, l’intervention d’une autorité qu’on appelle le magistère, qui va arrêter les contenus et les normes du message, pour précisément les couler dans ce que l’on appelle une 'formule dogmatique'.

La fabrique du dogme permet ainsi de construire et de fortifier la doctrine en la rendant irrévocable, et surtout il permet d’affirmer l’autorité irrécusable de la croyance, notamment en la soustrayant au régime de la raison humaine et en lui donnant un côté mystérique.

Et puis bien sûr, le dogme va permettre de repousser les erreurs des autres convictions et de décréter les hérésies des autres, que l’on va évidemment condamner.

Dans l'Église ancienne, le dogme concerne plutôt des points relatifs à la pratique et à la croyance chrétiennes que des formules doctrinales abstraites.

Le travail de fabrique des dogmes s’est fait essentiellement dans des conciles ou via l’autorité d’un pape, elle-même confortée par la création du dogme de l’infaillibilité pontificale, inventée en 1870.

Chaque église a évidemment ses dogmes, l'Église orthodoxe ne reconnaît d’ailleurs pas les mêmes dogmes que ceux de l’Église romaine. Et idem pour les Églises issues de la Réforme protestante.


Le dogme et la raison

On doit reconnaître que le dogme est source d'une certaine intolérance et sans doute un empêchement d’une communion paisible entre les religions.

Mais la fabrique du dogme est souvent remise en cause pour son côté arbitraire et irrationnel, en tout cas rationnellement incompréhensible et soustrait à toute argumentation ou au libre examen. Il s’agit d’imposer des croyances systématisées au nom d’une vérité révélée et supérieure aux vérités que cherchent les humains par les efforts de leur raison.

Le dogme est aussi pensé comme définitif, si bien que l'Eglise catholique dit que, dans un dogme, on veut " enseigner de façon définitive une vérité révélée " et prétend que le dogme est " l’expression de la vérité éternelle de Dieu dans le langage temporel des hommes ".

D’où le dogmatisme, car il s’agit alors de pointer la mise en place d’une doctrine qui affirme pour l'homme la possibilité d'aboutir à des certitudes éternelles. Avec bien sûr une disposition d'esprit qui porte à affirmer les choses de façon péremptoire ou à admettre comme vraies certaines idées, sans discussion.

Le mot français remonte d’ailleurs à Montaigne qui, dans ses Essais, en parlait comme de l’état de celui qui ne doute pas et admet la valeur de la connaissance humaine, sans l'avoir mise en question.

Jean Leclercq vous parle du dogme, dans Et dieu dans tout ça ?

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