SERIE - Debussy, Résonances artistiques - Les 5 épisodes

SERIE - Debussy, Résonances artistiques
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" J’essaie de faire autre chose, de créer des réalités, ce que les imbéciles appellent impressionnisme, terme aussi mal employé que possible " (Claude Debussy).
Cécile Poss nous propose une plongée dans l'univers musical si imagé du compositeur Claude Debussy. Et c'est tout le portrait d'une époque qu'elle dresse au fil de ces 5 épisodes.

Longtemps la musique de Debussy sera considérée comme impressionniste, mot utilisé à partir de 1874 pour désigner un art que les critiques estimaient inachevé, un art en rupture avec l'époque précédente.

C'est que les artistes de la Belle époque ont un besoin criant de se renouveler et de chercher de nouveaux modes d'expression. Apparaissent ainsi le cubisme, le fauvisme, l'art nouveau, l'art primitif, le futurisme et une esthétique internationale qui touchera tous les domaines artistiques, le symbolisme, esthétique à laquelle il convient de rattacher la musique de Debussy.

Cette ébullition artistique prendra fin avec la Première Guerre mondiale, qui verra l'art français s'opposer avec vigueur à l'art germanique.

Episode 1 - L'impressionnisme

Claude Debussy est né en 1862 à Saint-Germain-en-Laye dans une famille non musicienne mais qui s’intéresse beaucoup au théâtre.

Sa tante Clémentine détectant très tôt les dons musicaux du jeune Claude, ses parents, Manuel Achille et Victorine, décident de lui faire prendre des cours de piano. Il intègre le conservatoire à l’âge de 11 ans et on envisage pour lui une carrière de pianiste virtuose. Ce n’est pourtant pas la voie qu’il suivra, lui préférant celle de compositeur. 

" On m’a expliqué au conservatoire que tel accord devait être comme ceci et que tel autre devait être comme cela ; que celui-ci était un cas d’harmonie parfaite et que celui-là n’en était pas. Hier, comme aujourd’hui, je croyais et crois toujours que l’harmonie parfaite n’existe pas. Lorsqu’on m’enseignait quelque chose, j’ai toujours décidé moi-même si cela était vrai ou faux", confie Claude Debussy.

Le compositeur décide très tôt de s’éloigner de l’harmonie classique, refusant d’être enfermé dans un cadre. Au même moment, en 1874, a lieu au 35 boulevard des Capucines, dans les Studios Nadar à Paris, une exposition de peintres. Leur technique choque. On considère que les traits ne sont pas définis et que les œuvres dont inachevées. On leur assigne le qualificatif d’impressionnistes.

Ce terme qu’on accolera à Debussy, qui dira ceci : "J’essaie de faire autre chose, de créer des réalités ce que les imbéciles appellent " impressionnisme ", terme aussi mal employé que possible, surtout par les critiques d’art." Par certains aspects musicaux, le compositeur peut être comparé aux impressionnistes mais s’il faut rapprocher sa musique d’une esthétique, c’est bien à celle du symbolisme.

Illustration : Debussy à la Villa Médicis à Rome en 1885. Le compositeur est en haut au centre, en veste blanche.

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Episode 2 - Le symbolisme

" Toute manifestation d'art arrive fatalement à s'appauvrir, à s'épuiser ; alors, de copie en copie, d'imitation en imitation, ce qui fut plein de sève et de fraîcheur se dessèche et se recroqueville ; ce qui fut le neuf et le spontané devient le poncif et le lieu commun. Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Nous avons déjà proposé la dénomination de symbolisme comme la seule capable de désigner raisonnablement la tendance actuelle de l'esprit créateur en art. Cette dénomination peut être maintenue" écrit Jean Moréas dans le manifeste du symbolisme paru dans Le Figaro du 18 septembre 1886.

Debussy fréquentera les cercles symbolistes et on peut dire qu’il s’inscrit lui-même dans cette lignée d’artistes. A partir de 1883,  il fréquente les "mardistes", ces hommes de lettres et ces artistes que Mallarmé a pris l’habitude d’inviter chaque mardi soir chez lui. Parmi les plus célèbres figurent Paul Claudel, Claude Debussy, André Gide, Oscar Wilde, Alfred Jarry, Paul Valéry et James Whistler.

" On a souvent dit que le symbolisme manquait de chefs d’œuvre mais s’il y en a un, c’est Pelléas et Mélisande " affirme le musicologue François Lesure.

Debussy s’empare du texte de Maeterlinck avant de présenter l’opéra en 1902. On y retrouve les grandes caractéristiques chères aux symbolistes, le rêve, le mythe, le surnaturel et le pessimisme. Ces mêmes symbolistes qui prendront un musicien comme figure inspiratrice de leur mouvement, Wagner.

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Episode 3 - Le renouveau

Claude Debussy s’épanouit dans le milieu symboliste qui vise la fusion des arts : la poésie devient musique et la musique se veut poème.

Les symbolistes confèrent aux femmes une double nature : il y a celle qui se veut fragile, douce, délicate, et son opposé, la femme perverse, fatale, la femme avec ses longs cheveux et ses courbes.

Est-ce un hasard si l’Art nouveau apparaît à ce moment-là ? L’Exposition universelle de 1889 à Paris rassemblera plus de 30 millions de personnes, dont Debussy qui entre de plain-pied en contact avec la musique orientale. Une nouvelle corde à son arc, non pour en faire de l’ethnomusicologie mais bien pour changer, modifier son langage harmonique. En cette fin de XIXe siècle et début du XXe siècle, les artistes de tous horizons semblent vouloir briser les codes anciens ou plutôt ils sont en quête de renouveau.

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Episode 4 - Le style français

En 1913, Stravinsky donne le Sacre du Printemps.

Cette même année, Luigi Russolo rédige son manifeste futuriste et annonce l’Art des Bruits qui semble prédire La Première Guerre Mondiale. Ce conflit qui rappelle à de nombreux Français la débâcle de 1870. La Grande Guerre aura comme conséquence de renforcer l’esprit national français.

" Je veux travailler, non pas tant pour moi, que pour donner une preuve, si petite soit-elle, qu’y eût-il 30 millions de Boches sur le sol français. On ne détruit pas la pensée française " confie Debussy.

C’est durant cette époque troublée qu’il écrit En Blanc et Noir dont le deuxième mouvement se veut un écho aux combats, puisqu'il y mêle le choral allemand Ein fest Burg et La Marseillaise. L’œuvre passera par les oreilles de Camille Saint-Saëns qui qualifie l’œuvre de cubiste. Rappellerait-elle par certains aspects les collages de Braque et Picasso ?

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Episode 5 - Les innovations

Paris sera la première ville au monde à subir un bombardement aérien et c’est dans ce climat que Debussy revoit les œuvres de Chopin pour l’éditeur Durant.

Il couche alors sur le papier ses propres études qui, selon lui, seront comparées au compositeur polonais mais à son désavantage. Il écrit également ses trois sonates, celle pour flûte, alto et harpe, celle pour violoncelle et piano et celle pour violon et piano. Dans cette dernière, il n’aura de cesse d’élaguer son écriture musicale pour arriver, dit-il, à la chair nue de l’émotion.

Ces dernières années de guerre sont douloureuses pour lui, tant sur le plan psychologique que sur le plan physique. Malgré une opération en 1915, Debussy quitte ce monde suite à ce que l'on nomme alors le fléau de l'humanité : le cancer. Marie Curie et Wilhelm Röntgen viennent de mettre au point une technique révolutionnaire pour tenter de tuer les cellules cancéreuses, la radiothérapie, nommée alors curithérapie.

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Les intervenants

Interviews inédites:

Denis Herlin : directeur en chef adjoint des œuvres complètes de Debussy
Michel Draguet : Historien de l’art, Directeur général des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles.
Jean-Claude Vanden Eynden : pianiste
François Sabatier : Musicologue, auteur entre autres de Miroirs de la musique ; la musique et ses correspondances avec la littérature et les beaux-arts de la Renaissance aux Lumières ; XVe - XVIIIe siècles, Tome I, Fayard, col. Les Indispensables de la musique, Paris, 1998. Miroirs de la musique ; XIXe - XXe siècles, Tome II, Fayard, Paris, 1998
Patrick Berche : médecin, biologiste, Directeur de l’institut Pasteur de Lille.  Auteur avec Brohard Y. Ameisen J.C. et Kahn A. Une histoire de la médecine, Le souffle d’Hippocrate, Paris, La Martinière, 2012
Philippe Mellot : Spécialiste de l’histoire de Paris et auteur de nombreux ouvrages sur la capitale française.
Pasquale Nardone : Physicien, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles.


Voix en archives :

Jean-Michel Nectoux : Musicologue spécialiste de Fauré et de Debussy
Alain Satgé : Auteur
François Lesure : Musicologue, décédé en 2001


 

 

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