Se séparer : comment bien faire les choses ?

Que l’on prenne la décision de la séparation ou qu’elle nous soit imposée, la rupture du couple fait naître une multitude de questions. Vers qui me tourner ? Dois-je consulter un avocat ? Ai-je droit à une pension alimentaire ? Comment l’annoncer aux enfants ? Stéphanie Degrave, avocate au barreau de Bruxelles depuis 2002, où elle pratique le droit de la famille, est auteure de "Je me sépare : que faire ?".

Face à n’importe quelle difficulté de la vie, il existe des ouvrages, constate Stéphanie Degrave. Mais quand on parle d’une séparation ou d’un divorce il n’y a rien qui concerne le déroulement d’une procédure judiciaire, alors qu’un divorce c’est un véritable tsunami, qui nous fait perdre tous nos repères (identité, matérielles, financiers, affectifs).

On se retrouve très démuni, mais qu’est-ce qu’on peut faire, vers qui peut-on se tourner ? Il existe quantité d’ouvrages sur les aspects psychologiques, mais en ce qui concerne les aspects juridiques, ce que prévoit la loi, comment se déroule une procédure judiciaire, et surtout existe-t-il une alternative au passage en justice, il y a moins de littérature pour s’aiguiller or ce sont des questions très importantes.

Le but de l’ouvrage Stéphanie Degrave est donc d’avoir un guide simple et pratique.

Comment le dire aux enfants ? Quand et comment ?

Dans son livre, l’avocate consacre un chapitre à l’annonce de la séparation aux enfants. En effet l’annonce est cruciale, les enfants s’en souviennent, il ne faut pas le faire à la légère. Il faut le préparer à deux même s’il est très difficile, voire impossible d’agir ensemble à ce moment-là, c’est essentiel.

A propos de ce qu’on dit à l’enfant, une des premières choses, c’est d’évaluer où se situe l’enfant par rapport au couple, voir s’il a déjà compris quelque chose. Il faut partir de ce qu’il sait. S’il n’a rien vu on doit alors vraiment le préparer avant de lui annoncer.

Les parents doivent le dire ensemble, il faut un message commun.

Il ne faut surtout pas dire ou essayer d’énoncer les raisons détaillées de la séparation. Il ne faut surtout pas, non plus, que lorsqu’on explique un peu, ou les détails, qu’il y ait une culpabilisation ou une victimisation d’un ou des parents. Il faut essayer que, quelles que soient les raisons, les deux parents ressortent la tête haute. Dans la pratique c’est compliqué. Mais pour l’enfant le plus important ce n’est pas l’amour de ses parents, ni l’annonce de la séparation, ce sont les clivages et les critiques.

Le dialogue est rompu, que faire ?

Bien souvent il n’existe plus aucune cohésion parentale. Il devient donc impensable et infaisable pour les deux parents de se parler, de trouver des solutions ensemble.

Pour renouer le dialogue et faire les choses bien et avant d’en arriver à une procédure judiciaire, il existe des cours de communication, des ateliers pour parents séparés, inspirées d’une pratique au Québec. C’est un outil proposé par Stéphanie Degrave. Il ne va pas pouvoir tout résoudre, mais si la communication est rompue, dans ces ateliers on apprend à voir ce qu’on peut changer soi-même pour communiquer. On peut bien sûr suivre l’atelier seul(e). Les deux parents ne sont pas mis dans le même groupe. Ce sont des ateliers pratico-pratiques qui permettent de mieux communiquer.

Pour tous les renseignements sur ces ateliers : www.parlonsnous.org.

La médiation

Une procédure judiciaire, c’est long, coûteux, comme l’explique Stéphanie Degrave. Selon elle, avec ce type de procédure "on entretient la conflictualité", et on se retrouve souvent avec deux perdants, il existe donc d’autres manières de résoudre les conflits comme la médiation. Ce type de procédure est beaucoup plus "douce" car c’est volontaire, confidentiel, et on travaille ensemble avec un médiateur à trouver des solutions sur les sujets qui opposent.

Or dans une procédure judiciaire quand on négocie, on négocie sur solution et sur position, il faut trouver un compromis, une solution qui sera forcément frustrante pour les deux, et donc selon le négociateur il y en a un qui va céder, alors qu’avec un médiateur on va vraiment aller regarder, ce qui est important pour les gens.

"Avec la médiation personne ne va avoir un peu plus de pommes, ou un peu plus de poires, mais on va créer une fraise ensemble."

La médiation n’est malheureusement pas encore très répandue, et beaucoup d’avocats ne croient pas à la médiation et ne renvoient pas leurs clients vers cette technique. Or, elle est très efficace et fait surtout moins de dégâts psychologiques. A peu près 80% des médiations aboutissent à un accord qui contente tout le monde.

Le droit collaboratif, l’entre-deux

Le droit collaboratif s’est développé aux États-Unis dans les années 2000, il est assez proche de la médiation car c’est aussi un processus volontaire et confidentiel, où on négocie avec des méthodes de négociation raisonnée, en allant rechercher derrière les positions quels sont les besoins et l’accord sera certifié par la Justice.

La particularité dans le droit collaboratif c’est que l’avocat est là pour trouver un accord qui convient aux deux parties, l’avocat va donc être aussi attentif aux besoins de son client qu’à ceux de l’autre client, on travaille à la confiance, et pour une solution gagnant-gagnant, par contre si le processus ne fonctionne pas alors ils sont obligés d’aller vers une procédure.

La différence dans ce type de procédure est qu’on n’a pas un tiers neutre indépendant, mais deux avocats formés à ce droit collaboratif. Son désavantage c’est que c’est plus cher.

Pour une médiation, le prix de la séance varie de 100 euros à 160. Par contre les honoraires d’avocat sont beaucoup plus variables:  à partir de 200 euros de l’heure et le temps de travail beaucoup plus long, voire très long avec des divorces qui prennent des années. Chaque procédure demande des heures de travail, mais c’est parfois mieux pour les personnes fragilisées, qui se sentent démunies et qui ont besoin de sentir aidé pour faire face à la personne.

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