Scotland Yard : l'affaire du vol de collier de 61 perles dans un train entre Londres et Paris

L'affaire du jour nous fait voyager entre Paris et Londres, durant l'année 1913. D'abord rue de Provence, à Paris, au cœur du quartier des négociants en joaillerie. Car oui, cette histoire va nous plonger dans l’univers des négociants en pierre et en perles, dans les "coulisses" de la grande joaillerie.

Comme à son habitude, Henri Salomons empaquette un bijou suivant une procédure qu’il maîtrise bien. Et pour une destination qu’il connaît bien : à Londres, chez Max Mayer, l’un des plus grands négociants en joaillerie de la capitale anglaise. Voilà 20 ans que les deux hommes travaillent ensemble.

Mais ce mardi 15 juillet 1913 n’est pas une journée comme les autres. Le bijou dont s’occupe Henri Salomon est d’une beauté et d’une valeur exceptionnelles. Il s’agit d’un collier composé de 61 perles roses. C’est un objet unique et rare.

Ce jour est aussi différent des autres car, pour une fois, le colis n’arrive pas à bon port… Le paquet est bien parvenu à Londres, à Hatton Gardens, dans le quartier des joailliers de la capitale anglaise.

Mais Max Mayer a l’œil, et il remarque tout de suite que le paquet a une allure légèrement inhabituelle. Alors, il se dépêche de briser les cachets, déchirer le papier bleu qui entoure la boite qui doit contenir l’écrin avec le collier. Mais la boite est fendue, et l’écrin est… vide ! Enfin, pas tout à fait vide : il y a des morceaux de sucre.

Un vol qui attire la presse

Max Mayer contacte sa compagnie d’assurance, la Lloyd’s, et puis Scotland Yard. Le vol d’un collier aussi exceptionnel nécessite l’expertise des plus fins limiers d’Angleterre. Bien entendu, la presse en fait ses gros titres. Que ce soit en Angleterre ou en France. Le vol du collier de perles devient, dans les pages des journaux français, "L’affaire du collier". Mais la valeur de l’objet volé, et son caractère unique, vont embarrasser les auteurs du vol. 

En ce début de 20ème siècle, les perles de culture n’existent pas. Chaque perle est unique et particulière. Pièce unique, l’objet volé sera difficile à revendre, sinon peut-être perle par perle, et encore. Ces perles, ou certaines d’entre elles, sont identifiées par leur forme particulière, par leur brillant, ou d’autres caractéristiques. Voilà donc un objet bien encombrant. C’est ce qui va faire dire à la presse française de l’époque qui suit l’évolution de l’enquête, avec une certaine ironie, que les voleurs sont atteints de la "folie des grandeurs" et qu’ils feraient mieux de se concentrer sur des vols plus à leur portée… Rappelons que la Joconde elle-même a été volée au Louvre un peu plus tôt, en 1911.

Jérôme de Brouwer, historien du droit à l’ULB 

Des voleurs qui s'y connaissaient

La Lloyd’s et Scotland Yard vont donc mener leur enquête. Et on leur donne les moyens de faire du bon travail. La Lloyd’s offre une prime de 10.000 livres à celui qui mettra les enquêteurs sur la piste des voleurs. Quant au Yard, il envoie l’un de ses meilleurs détectives. Ce qui semble évident aux yeux des enquêteurs, c’est que les voleurs avaient une connaissance assez détaillée de la marchandise et de ses modes d’acheminement. En effet, ni le poids ni le paquet n’ont éveillé de soupçons au cours du transport. Il faut donc remonter la chaîne des acteurs impliqués dans le transport du collier de Paris à Londres. À commencer par les services des postes...

"On constate combien, au début du 20ème siècle, la poste jouissait d’une confiance inébranlable. Cela peut paraître surprenant pour certains aujourd’hui, mais à l’époque les joailliers parisiens n’hésitaient pas à lui confier ses envois les plus précieux. Henri Salomons, comme tous ses confrères, passe donc par la poste pour envoyer bijoux, pierres, et perles… qui doivent parvenir à Londres, à la maison-mère."

Jérôme de Brouwer, historien du droit à l’ULB 

 

Et les services des postes anglais comme français défendent leur réputation, et se renvoient la balle. L’enquête piétine tellement qu’on songe un moment à une arnaque à l’assurance… perpétrée par Max Mayer lui-même.

Comme dans de nombreuses affaires, c’est l’offre de prime qui va finalement donner une impulsion décisive à l’enquête : deux hommes se présentent auprès de l’assessor de la Lloyd’s. Des professionnels qui ont été approchés pour le rachat d’un collier de perles en provenance de Londres : une opération qui porte sur un objet d’une valeur tellement élevée qu’elle a retenu toute leur attention…

La suite de cette enquête est à écouter dans l'épisode 8 de notre feuilleton sur les enquêtes criminelles de Scotland Yard.

 

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