Savoir faire halte, c'est savoir résister : éloge de l'immobilité

Eloge de l'immobilité
2 images
Eloge de l'immobilité - © Tous droits réservés

Dans ce monde qui semble soumis à une accélération constante, où l'on ne cesse de louer la marche ou la course, nous souhaitons et craignons à la fois que tout ralentisse ou même que tout s'arrête. 

La privation de mouvement est une peine ; le droit pénal, les disciplines scolaires ou militaires immobilisent ; les accidents et les maladies paralysent ; l'accélération technique se paye en inertie dans les embouteillages ou les bureaux. Les éloges de la mobilité comme la critique de l'accélération sont passés à côté de ces situations où l'immobilité s'impose, non sans violence.

Il faut redonner son sens à l'immobilisation. Car ce qui peut être une peine est aussi une étape, une station, impliquant le corps et la pensée. Tenir, debout, assis, dans la position du lotus ou même couché, c'est exercer sur soi une contrainte signifiante. Les " mouvements " d'occupation des places nous le rappellent, l'art également. Savoir faire halte, c'est savoir résister.

Jérôme Lèbre est professeur de philosophie, il publie Eloge de l’immobilité (Ed. Desclée de Brouwers).

***

La précipitation a toujours existé. Tout le monde a toujours ressenti un manque de temps. Ce sentiment est dû à la réalité de notre existence : notre vie est courte.

Ce qui est nouveau, c'est l'accélération technique depuis le 18e s, qui n'est pas la nôtre en fait. Car prendre un avion, une voiture, ce n'est pas courir, c'est au contraire s'installer; cette vitesse implique l'immobilité. Internet, les mails, les téléphones sont des données nouvelles qui vont aussi dans le sens à la fois de l'accélération et de l'immobilisation. "Cette évolution sociale, y compris l'accélération sociale, le besoin de faire un maximum de choses en un minimum de temps, c'est ce qui nous maintient énormément sur place." 

L'immobilité aujourd'hui est très mal vécue, car elle est contraire à la vie. La vie est mouvement. Etre immobile est toujours une forme de contrainte, qu'elle soit imposée de l'extérieur ou qu'elle soit choisie, comme dans la danse, la méditation. Certaines formes d'immobilité sont  une souffrance, on peut alors la considérer comme une peine, comme la prison par exemple, ou encore la paralysie.

L'immobilité comme résistance

L'immobilité peut être un moyen de libération ou encore de contestation politique, qui marque l'arrêt : c'est la grève. La mobilité est devenue un mot d'ordre, un impératif, particulièrement dans le domaine économique. Si on n'accepte pas de changer de poste à tout moment, d'être muté, on est mal considéré. Il s'agit de dire oui. Le non est de l'ordre de la résistance.

Les mouvements d'occupation des places, Nuit Debout... nous le rappellent, l'art également : savoir faire halte, c'est savoir résister, de façon non violente. La résistance statique, le seul fait de se tenir là, fait sens.

L'immobilisme, c'est autre chose. L'immobilisme en politique est considérée comme forme de conservatisme, pratiqué par ceux qui tiennent aux acquis sociaux, aux congés payés, qui refusent refus d'aller de l'avant... L'immobilisme fait ressortir les pires choses de l'immobilité.

 

Redonner sens à l'immobilité

L'immobilité s'impose toute seule, dans les transports, au travail, devant les écrans, au téléphone... Il faut arriver à faire en sorte que ce qui nous est imposé reprenne sens. 

Les immobilités liées à la méditation, à l'art,  nous permettent d'accueillir un moment de pause ou de résistance. L'immobilité est un mode de survie, qui nous permet de nous élever au-delà de la simple vie animale.

Découvrez-en davantage en écoutant la séquence de Tendances Première


 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK