​​​​​​​Savez-vous qu'à l'origine, Jacques Brel voulait être reconnu comme auteur et non comme chanteur ?

Jacques Brel en 1963
Jacques Brel en 1963 - © Wikipedia

A l’occasion des 40 ans de la mort de son père, France Brel publie, à la Fondation Jacques Brel, le livre " Jacques Brel, auteur ", qui rassemble tous les textes que l'auteur a écrits.

Par ce livre, elle tente d'expliquer les intentions premières de Jacques, qui répondaient à un immense besoin d'écrire. Amoureux des mots, il aimait raconter des histoires.

Pour lui, le plus important était peut-être d'être reconnu comme un auteur. Tout le monde l'applaudissait quand il chantait, il avait une capacité d'interprétation extraordinaire. Mais au fond de lui, il aurait souhaité quelques applaudissements pour ses textes, pour ses histoires.


De l'auteur au chanteur

Lorsque Jacques Brel arrive à Paris, ce n’est d’ailleurs pas dans l'intention de chanter mais pour proposer ses textes à d’autres. Problème : personne n’en veut, on ne les trouve pas assez bons. Alors, il se remet en question et, par la force des choses, il commence à chanter. Et il devient petit à petit l’incroyable interprète que l’on connait.

J'ai dû travailler beaucoup pour ça, bien évidemment. Parce que je suis convaincu d'une chose : le talent ça n'existe pas. Le talent, c'est avoir l'envie de faire quelque chose. Et je crois qu'avoir envie de réaliser un rêve, c'est le talent. Et tout le restant, c'est de la sueur, c'est de la transpiration, c'est de la discipline. Moi je suis sûr de ça. L'art, moi je ne sais pas ce que c'est.

Les mots pour amis

Pour France Brel, si Jacques a construit cet univers de mots, c'est pour lutter contre un sentiment d'isolement. A sa naissance, ses parents sont déjà âgés, son frère a 5 ans de plus que lui, on est en période de guerre. Il se crée un autre univers, où les mots et les histoires sont ses amis. 

C'est pour sa maman qu'il a d'abord envie d'écrire, sous forme d'un journal alors qu'elle est hospitalisée. Il avait une relation très riche avec elle. Elle lui a beaucoup donné, par ses mots et par les lettres de soutien qu'elle lui écrivait.

Durant ses années d'école, le potentiel de Jacques Brel par rapport aux mots est repéré par l'abbé Deschamps, qui lui donne le feu vert pour participer à la dramatique de Saint-Louis puis à d'autres pièces de théâtre. Il s'inscrit ensuite à la Franche Cordée, un mouvement de jeunesse où il tissera un lien particulier, franc, avec le père Hector : "Pour la première fois, Jacques a l'impression qu'il est écouté autrement. Ils sont le prolongement l'un de l'autre, dans une forme d'exigence et de rigueur de vie. Hector était là pour cadrer les choses et Jacques savait qu'il avait besoin de ça", explique France Brel.

 

La tendresse au coeur de son oeuvre

"Un homme qui n'est pas tendre, ce n'est pas un homme, disait Brel. Un homme dur, ça n'existe pas. Un homme qui ne pleure pas, ça n'existe pas. Ça me terrorise. Faut-il être égoïste pour ne jamais pleurer, que ce soit de honte ou de joie ! J'aime bien ce phénomène de tendresse."

La tendresse est en effet souvent présente dans les textes de Brel. Pour lui, la tendresse, c'est ce sentiment d'amour que l'on continue d'avoir vis à vis des gens auxquels on ne peut pas faire de déclaration d'amour. La déclaration de tendresse est, elle, possible.

"Mon père est un homme solitaire. Mais il aime les hommes et il aime partager, explique France Brel. Et donc il est les deux à la fois. Le sentiment de solitude ne l'a jamais quitté. Il ne se faisait pas d'illusions, il savait qu'il était seul. Et le fait de le savoir et de l'accepter donnait une densité à ses mots et à ses conversations. Mon père est un homme d'interrogation, il se pose beaucoup de questions, il ne veut rien affirmer, il a beaucoup de doutes, il a beaucoup de remords. Pour lui, c'est fatigant de vivre et il veut oublier cette fatigue en faisant beaucoup de choses."

Ecoutez ici France Brel, rencontrée au Festival de la Correspondance de Grignan, en juillet 2018. Une rencontre mêlée d’archives d’interviews de Jacques Brel et de textes inédits interprétés par le comédien belge Alex Vizorek.

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