Santé mentale : "Il y a la rue, mais il y a la drogue aussi"

Santé mentale : "Il y a la rue, mais il y a la drogue aussi"
Santé mentale : "Il y a la rue, mais il y a la drogue aussi" - © Pixabay

Les maladies mentales sont en augmentation chez les personnes qui vivent en rue. A Charleroi, depuis une dizaine d’années, le Relais Santé soigne les SDF. Et depuis 2014, des consultations de psychiatrie leur sont proposées. C’est le médecin qui se déplace en rue.

Le docteur Irène Cremers est la fondatrice de Relais Santé Carolo : "Les problèmes de santé mentale augmentent d'année en année et la complexité des problématiques aussi : le manque d'éducation au départ se reproduit de génération en génération. Le manque d'amour, le fait de traîner en rue, la vie en rue qui désapprend... Je pense que la précarité augmente de façon générale un peu partout et en rue, ça se manifeste d'autant plus."

La chaleur humaine, c'est le plus important. C'est ce qui fait garder quelqu'un debout. (parole d'une personne SDF)

La psychiatre Akila El Maouhab donne des consultations psychiatriques au Relais Santé et travaille 4 heures par semaine au Carolo Rue. Sa mission : repérer et soigner les troubles mentaux.

Au cours de ses 'maraudes' dans les rues de Charleroi, alors qu'il fait encore froid le soir et la nuit, elle va donc à la rencontre de ces hommes, de ces femmes en souffrance psychique. Pour elle, c'est en allant sur le terrain, en parcourant parfois 10 ou 12 km par jour, et c'est par la disponibilité, qu'on répond le mieux à l'errance et qu'on parvient à créer du lien

"Ce qui est impressionnant, c'est les endroits où peuvent vivre ces personnes et comment elles peuvent organiser leur vie là-dedans."
 

La drogue, un fléau parfois nécessaire

"Il y a la rue, mais il y a la drogue aussi. Et ça c'est quelque chose qui t'enterre petit à petit. Mais c'est quelque chose qui nous permet de survivre, déclare un sans-abri. On sait qu'il y a quelque chose de grave à la clé, mais quand tu es dehors dans le froid, tu essaies par tous les moyens de te mettre la tête à l'envers pour dormir."

La drogue provoque des troubles psychiques avérés : paranoïa, hallucinations visuelles et sonores, etc... Mais la plongée dans la maladie mentale est bien plus souvent encore due à la dégradation liée aux conditions de vie en rue : anxiété, angoisse, dépression, psychose.

Soigner sans juger

Carolo Rue a pris en charge 566 personnes en 2017, des personnes ayant investi la rue comme lieu de vie, des usagers de produits illégaux, des personnes en grande précarité. Parmi eux, 62 ne fréquentaient aucune structure d'urgence.

L'équipe ressent souvent un sentiment d'impuissance devant ce gâchis, alors que l'aide médicale et sociale est disponible . "Si la personne fait le choix de vie de rester dans une tente, alors qu'il fait 0° dehors, parce qu'elle a ses raisons, alors OK, on l'accompagnera dans ses choix. Et après on essaiera de trouver autre chose avec elle", explique Christophe Brismée, éducateur à Carolo Rue.

"Cette dame refuse vraiment toute aide, regrette Akila El Maouhab. Le contrôle de sa vie, c'est peut-être la seule chose qu'on ne va pas lui prendre : elle a le droit de dire non. Ça me touche énormément. C'est dur...  Ça, c'est frustrant dans notre boulot."

En 2017, 2515 personnes très précaires sont venus se faire soigner au Relais Santé, dont 271 ont eu besoin d'une consultation de santé mentale. Les malades sont suivis, écoutés, soignés, encadrés, sans être jugés. Personne n'est laissé de côté.

"C'est un métier où il faut constamment rester humble", constate Irène Cremers. Un travail sans fin, une goutte d'eau dans l'océan, avec si peu de résultats. Un travail altruiste où brille toujours une lueur d'espoir.

Ecoutez ici, à partir de 31', tous les témoignages du reportage signé Christine Borowiak et Bruno Strebelle.

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