"Sa vie par procuration" ou la semaine culturelle de Myriam Leroy !

Désormais, chaque vendredi, avec la plume qu'on lui connait, Myriam Leroy nous fera vivre ses pérégrinations culturelles... 

 

Vendredi – C’est la journée cinéma pour Myriam. Au mois d'avril , comme chaque année, nous entrons dans ce long tunnel de famine où les distributeurs ne sortent plus que leurs chutes et leurs fonds de poubelles. Et dans ce cadre, trouver un bon film à l'affiche relève d'un travail d'orpailleur dans une flaque de boue. Mais par les bonnes critiques alléchée, notre charmante chroniqueuse tente The other side of Hope d'Aki Kaurismaki, la rencontre d'un réfugié syrien et d'un vieux bourgeois qui divorce à Helsinki. Chef d'oeuvre, dit le Nouvel Obs, Immense dit Studio Ciné Live Pour elle, il ne s’agit que d’une vaine tentative de concilier des clowneries poétiques à la Abel et Gordon et un cinéma social à la Olivier Masset-Depasse : Il est des films qui vous mettent immédiatement en marge de la bonne société quand vous avez le malheur de passer à côté : Paterson de Jim Jarmusch en était un, The Other Side of Hope d'Aki Kaurismaki en est un autre. Il vaut mieux le savoir. Ca peut jeter l'opprobre sur vous et votre descendance sur 6 générations.

Samedi – Fin de la série Girls. Car oui, ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie, après six saisons de tranches de vies féminines tendres et crues à New York, Girls, c'est fini. Une gommette à paillettes sera apposée sur l'épisode 8, qui offre une des scènes les plus bouleversantes de l'histoire des scènes bouleversantes, un joyau lacrymal où tout est dans le non-dit, et qui prouve (si certains en doutaient encore) que Lena Dunham n'est pas qu'une exhibitionniste de la toison pubienne. C'est aussi une auteure importante. Il y a 7 ans, quand elle avait pitché son projet à HBO, elle était arrivée avec une petite note d'intention d'une page et demie et que c'est sur cette base que la chaîne avait dit oui. Lena Duham avait 23 ans.

Ca laisse rêveur, en particulier dans un paysage audiovisuel belge qui demande que les parents se portent garants quand on lui propose une demi-chronique à 50 ans.

Dimanche – Journée dédiée à Fargo, saison 3. La première était un bijou d'exaltation de tout ce que l'être humain a de misérable en lui. La deuxième faisait beaucoup trop la maligne, elle se regardait écrire et elle se regardait filmer comme dans un Tarantino des mauvais jours. La troisième s'annonce beaucoup moins irritante. On y voit Ewan McGregor jouer deux frères jumeaux en rivalité, un businessman aux dents trop blanches et un vieux patch de flic aux longs cheveux gras. Le tout, comme toujours, infusé d'une délicieuse plouquitude. Ca sent très mauvais et donc ça sent très bon.

Lundi – Soirée DVD : un exemplaire édité par la Cinematek, qui s'intitule Vacances, sous-titré : les congés payés en Belgique. Ne fuyez pas, c'est super drôle, mais c'est pas toujours volontaires. C'est une compilation de petits films vintages, souvent publicitaires, porteurs de l'utopie de l'époque, qui incitent les belges à sortir de chez eux maintenant qu'ils sont payés pour le faire. Sortir de chez eux parce qu'à l'époque on craint que les ouvriers passent tout leur temps libre au café. Il faut donc éduquer les masses laborieuses au tourisme. Et le joyau de ce DVD, c'est ce film de propagande de la province d'Anvers " Vers d'autres horizons " de Jan Vanderheyden (qui était très connu en Flandre dans les années 1930). Son court-métrage date de 1939. Et on y voit une famille harassée par le dur labeur du père à l'usine, qui partt en vacances à... Westerloo, qui passe une semaine idyllique au grand air et qui rentre à la maison galvanisée et heureuse de reprendre le turbin.

Mardi – De retour au cinéma pour le documentaire Les enfants du hasard de Thierry Michel. Une année scolaire dans une classe de 6ème primaire à Cheratte, dans le bassin minier liégeois, où tous les élèves sauf un sont d'origine turque. La salle ri énormément, Myriam pleurniche discrètement. Il serait logique qu'à la prochaine distribution de décorations par le Roi, l'institutrice reçoive une médaille. Ce film, c'est l'illustration d'une certaine forme de sédentarité sociale, du fait qu'il est très difficile de s'extraire de son milieu, mais c'est beau comme du lierre grimpant sur la tour d'un puits désaffecté.

Mercredi – Une découverte sur Youtube, mille ans après tout le monde. Elle regarde l'émission Stupéfiant de Léa Salamé, et c'est stupéfiant en effet qu'on alloue de tels moyens à un programme culturel. Et en plus c'est captivant et facile à regarder comme un épisode d'Envoyé spécial. Il doit y avoir une erreur quelque part, il est vraisemblable que cela ne dure pas.

Enfin jeudi, comme tous les jours depuis un moment déjà, Myriam lit quelques pages de L'Amie Prodigieuse d'Elena Ferrante, l'écrivain italienne mystère qui écoule ses romans par millions. Lecture effectuée le plus lentement possible par crainte de se retrouver un peu seule, le dernier tome terminé, abandonnée par ces deux personnages féminins magnifiques.

 

 

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