Roland De Bodt : une mise en perspective de la Déclaration des Droits de l'Homme

HUMAN RIGHTS DECLARATION 1948
HUMAN RIGHTS DECLARATION 1948 - © Belga/AFP

Roland De Bodt s’est investi autour de la question de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui vient de fêter ses 70 ans. Un texte fondateur, écrit au lendemain de la guerre par ceux qui décident de rejeter la souffrance et de lui faire barrage. Un texte qui prône une égalité peu visible dans le monde d’aujourd’hui et souvent contestée pour cette même raison.

Roland De Bodt, directeur de recherches pour l'Observatoire des Politiques Culturelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous propose une nécessaire mise en perspective de ce texte, aujourd’hui.

 

Une égalité en dignité

Roland De Bodt constate que le texte est de plus en plus difficile à comprendre aujourd'hui. Dans chaque débat auquel il participe, une question revient : pourquoi la Déclaration universelle prétend-elle que les êtres humains sont égaux ? Cette question est très paradoxale dans la mesure où la déclaration ne dit pas que les êtres humains sont égaux, mais au contraire qu'ils sont tous différents. Elle reconnaît la diversité du genre humain.

Toutes ces différences entre les êtres humains ont été utilisées pour justifier la haine, la violence, les humiliations... , la mise en souffrance de l'humanité.

La Déclaration universelle est en fait une tentative de réponse ; elle reconnaît la souffrance humaine et postule que l'on pourrait arrêter de se blesser les uns les autres, si on parvenait à se considérer comme égaux en dignité.

 

L'esprit des lumières

Roland De Bodt considère la Déclaration universelle des Droits de l’Homme comme "la traduction de que ce qu'on pourrait appeler l'esprit des lumières, un projet humaniste de société, qui veut qu'en autonomisant la connaissance des dogmes en général, on pourrait petit à petit améliorer la condition de l'être humain"

Avec la 1e guerre mondiale, on s'est aperçu que la science pouvait servir à détruire l'humanité. C'est la raison pour laquelle des êtres humains imprégnés de cet esprit des lumières ont écrit la Déclaration universelle, pour penser la paix et un monde humaniste.


Une réactualisation nécessaire ?

Certains craignent qu'en réactualisant la Déclaration universelle, elle soit réduite davantage encore. Ce qui serait plus intéressant, préconise Roland De Bodt, ce serait de réfléchir à une économie humaniste, mais ce serait une révolution énorme.

Si on continue à considérer ce texte comme une loi à respecter, alors que toute l'économie fait exactement l'inverse, il sera de plus en plus discrédité et on ne s'y intéressera finalement plus du tout. Il vaut mieux le présenter comme un outil qui peut nous aider à penser un monde plus humaniste. Alors on peut essayer de le comprendre.

"On pourra ainsi en reconnaître la grande puissance symbolique et humaniste. Nous avons un formidable testament des lumières qui nous donne un certain nombre de clés, qui sont le résultat de la pensée par rapport à la souffrance de l'être humain au cours du dernier millénaire. C'est une chance inouïe que nous ayons ce texte-là. Si on le regarde comme une chance, un mémento, on retrouve ainsi une nécessité au texte, qui veut dire qu'on veut la paix, vivre en paix, accepter l'autre. Ce sont les prémices d'un raisonnement humaniste."

Avec des archives de Stéphane Hessel, Eleonore Roosevelt,
Kapet de Bana et Hadj Gaussy Sari.

Une réalisation de Pascale Tison et Camille Dupon-Lahitte

Ecoutez la suite de l'émission ici
 

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