"Rien ne justifie d'assimiler une incapacité de travail à un congé de maternité"

15 semaines de congé de maternité, l'un des plus courts d'Europe
2 images
15 semaines de congé de maternité, l'un des plus courts d'Europe - © Tous droits réservés

Le 7 mars 2018, la Ligue des familles, avec toute une série d’associations, a adressé une lettre ouverte à la Ministre de la Santé, Maggie De Block, sur le congé de maternité qui est injustement raboté en cas de maladie les 6 dernières semaines avant l’accouchement.

Explications avec Delphine Chabbert de la Ligue des Familles, qui plaide pour un congé de maternité plus juste.

La situation aujourd'hui

Les femmes salariées ont droit à 15 semaines de congé de maternité. 6 semaines peuvent être prises avant, dont une est obligatoire. Et 9 semaines sont obligatoires après la naissance de l'enfant.
Malheureusement, si on tombe malade dans la période qui précède la naissance, ces périodes d'invalidité vont automatiquement être comptées comme faisant partie du congé de maternité, qui sera réduit donc d'autant après l'accouchement.

Voilà pourquoi La Ligue des familles, avec toute une série d'associations flamandes et francophones, a adressé une lettre ouverte à la ministre de la santé Maggie De Block, en vue de dénoncer cette situation et de changer la loi. Elle relaie ainsi l'initiative d'une maman qui a lancé l'an dernier une pétition à ce sujet, pour laquelle elle a reçu près de 40 000 signatures. 

Il est effectivement important de faire cesser cette discrimination entre les femmes enceintes en bonne santé et les autres. On a un congé de maternité à deux vitesses qui récompense les femmes qui ont pu travailler jusqu'au bout et qui punit celles qui n'ont pas eu cette possibilité en raison de leur état de santé.

Rien ne justifie d'assimiler une incapacité de travail à un congé de maternité.
 

Le bien-être des enfants

Un congé de maternité raccourci, c'est un bébé qui rentre plus tôt à la crèche et cette entrée précoce pourrait avoir des répercussions sur l'enfant. Une étude de l'OCDE montre d'ailleurs qu'un accueil trop précoce peut avoir un impact négatif sur son développement cognitif.

Les femmes indépendantes sont encore plus mal loties et n'ont droit qu'à 12 semaines de congé de maternité. Leurs enfants sont donc souvent les premiers à fréquenter un lieu d'accueil. Presque 10% arrivent avant l'âge de deux mois à la crèche....

 

Silence radio du côté du gouvernement

Malheureusement, le dossier est toujours au point mort, aucune réponse n'a été donnée à la pétition ni à la lettre ouverte publiée dans le Ligueur, dans Le Soir et dans De Standaard.

La législation européenne précise pourtant que les interruptions pour maladie ne peuvent pas être comptabilisées dans le congé de maternité. "Donc en plus d'être injuste, cette loi n'est pas conforme au droit européen. Mais tout le monde a l'air de s'en moquer au gouvernement", constate Delphine Chabbert.

La Ligue des Familles demande donc de modifier la loi pour permettre à toutes les femmes enceintes de choisir le moment du début de leur congé de maternité.

 

Deux autres revendications

La Ligue des Familles souhaite aussi améliorer le congé de maternité sur deux autres points :

1. L'indemnisation : les femmes sont en effet pénalisées financièrement, en ne percevant plus que 75% de leur salaire brut dès le deuxième mois. "Alors que le congé de paternité, plus court bien sûr, est indemnisé à 82 % pour les 7 derniers jours. La Ligue demande au minimum une harmonisation à 82% pour les pères et les mères sur l'entièreté du congé, et plus tard de passer à 100% du salaire. Il n'y a pas de raison de pénaliser les femmes parce qu'elles sont enceintes."

2. La durée de ce congé : avec 15 semaines, la Belgique a l'un des plus courts congés de maternité d'Europe. "Il faudrait l'allonger de 3 semaines pour atteindre les 18 semaines qui étaient prévues dans une directive de la Commission européenne, abandonnée par les Etats par manque de courage politique", demande Delphine Chabbert. 

 

La maternité, pas une priorité ?

Depuis 2016, la durée de séjour à l'hôpital lors de l'accouchement a déjà été réduite.

Et il est question aujourd'hui de limiter l'écartement des femmes enceintes de leur lieu de travail, car elles seraient, dit-on, trop souvent écartées pour de mauvaises raisons. 24 000 femmes enceintes en 2016 ont été écartées totalement ou partiellement de leur travail car il constituait un risque pour leur bébé ou pour elle.

La Ligue appelle donc à une grande prudence à ce sujet.

Ecoutez la séquence de Tendances Première

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK