Revue de la presse belge

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illustration - © RTBF

De Nicolas Vandenschrick.

A la Une, ce matin, de la presse, la question du durcissement de la libération conditionnelle. Un dossier qui puise ces racines dans l'affaire Dutroux.

Dutroux dicte-t-il son calendrier aux élus. La question est posée ce matin par la Libre Belgique (en page intérieure...) mais à la Une, le quotidien n'hésite pas. Dutroux précipite le durcissement de la libération conditionnelle.

La Libre qui poursuit : Agitation peu commune hier dans les couloirs de la Chambre qui s'apprêtait à voter dans l'urgence 2 projets de loi. Pour donner un tour de vis à la libération des détenus condamnés à de très lourdes peines. Le quotidien décrypte. En filigrane, il faut lire dans ces lois, qu'il s'agit d'empêcher à tout prix qu'un certain Marc Dutroux puisse un jour sortir de prison avant d'avoir purgé l'intégralité de sa peine. Au cabinet de la ministre de la Justice, on rejette cette lecture des choses.

N'empêche, de nombreux acteurs de la vie judiciaire se sont émus de cet empressement suspect, constate Jean-Claude Matgen dans son édito. Le projet de loi pourrait être bouclé au Sénat la semaine prochaine, Alors ce monde judiciaire a tenté de convaincre les élus d'arrêter la machine infernale et de renvoyer en commission ce texte descendu en flamme par (attention ils sont nombreux) par le Conseil supérieur de la Justice, le Conseil d'Etat, l'Ordre des Barreaux francophone, germanophone, la Ligue des Droits de l'Homme et les syndicats des magistrats... Je vous le disais, ça fait du monde... Et cela fait même dire au Nieuwsblad que tout le monde est contre la ministre Turtelboom.

Cet aspect-là est largment discuté par la presse flamande. Annemie Turtelboom se retrouve sous le feu des critiques.

On l'a dit, d'abord car elle a réussi à réunir contre elle une masse plutôt importante de juristes (et pas spécialement du même bord politique, constate Yves Desmet dans le Morgen) mais en plus car les textes avancés par la ministre posent plusieurs questions.

Pourquoi - par exemple - la ministre s'octroie-t-elle un droit d'injonction positif sur les décisions d'un tribunal? Pourquoi les tribunaux d'application des peines - dans les cas graves - devraient-ils être composés de 5 juges? Et pourquoi faut-il exiger d'eux l'unanimité? Toutes les juridictions belges sont composées de 1 à 3, même les Cours d'Assises. Et quand il s'agit de se prononcer l'avis de 2 de ces juges suffit... Seulement voilà, selon la ministre, puisqu'il s'agit de s'interroger sur la libération d'un criminel, il faudra désormais 5 juges du même avis... Voilà qui ressemble très fort à un tribunal d'exception.

La Libre Belgique reprend : Pourtant, le baroud d'honneur du monde judiciaire aura été vain. Une fois de plus la classe politique se laisse guider par l'émotion, voire la panique. Le pire, conclut l'éditorialiste, c'est qu'amortir de façon aussi maladroite le choc provoqué par la démarche de Marc Dutroux ne fait que lui donner un peu plus d'éclat.

On notera encore que plusieurs victimes de Marc Dutroux attaquent la Belgique devant la Cour européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg. Cette fois, ce sont le Soir et le Morgen qui en font leur Une. Les victimes contestent l'absence de débat contradictoire dans la procédure devant le tribunal d'application des peines. Carte blanche de l'avocat Georges-Henri Beauthier à lire dans ces deux quotidiens.

Voilà pour cet important dossier. Passons à cette autre question qui fait la Une du Soir, les partenaires sociaux ont trouvé un accord qui révolutionne le temps de travail.

Oui, le titre est là. Et il donne bien le sentiment que l'accord est désormais conclut. Le quotidien des travailleurs va bientôt être bouleversé mais attention, le Soir pose aussitôt un bémol... Sauf, sauf en cas de veto syndical. Alors de quoi parle-ton au juste? Eh bien d'aménagement dans la façon de travailler. La mesure la plus spectaculaire négociée entre patrons et syndicats est sans doute l'horaire flottant. Le salarié pourra arriver plus tôt ou plus tard pour éviter les bouchons ou tenir compte des horaires scolaires... Il sera possible de faire beaucoup plus d'heure sup qu'aujourd'hui. Le temps de travail ne sera plus calculé par trimestre, mais par an.

De fait, un fameux chamboulement mais attendez quelques jours avant de vous présenter à 6h du matin, le Soir précise tout de même que cet accord n'est pas définitif. Qu'il doit encore obtenir l'aval des états majors syndicaux. Et la FGTB, réunie hier soir pointait le caractère très flou du document. Bref, on aurait pu tout aussi bien dire que l'accord connaît de sérieux risque de blocage.

Dans le même temps, vos journaux évoquent encore ce matin la durée de la carrière du travailleur. Un dossier relancé hier, dans le Soir par Steven Vanackere, le ministre des Finances; L'éditorialiste de L'Echo le reconnaît. C'est une bonne idée. Mais fallait-il vraiment lancer ce pavé dans la mare aujourd'hui? L'économie est à la peine; Les pertes d'emplois enflent. Dans ce contexte, plaider pour un allongement de la carrière, c'est manquer de feeling.

Et vous le savez bien, Georges, en politique comme ailleurs, c'est une question de feeling.

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