Revue de la presse belge

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illustration - © RTBF

De Nicolas Vandenschrick.

L'actualité est évidemment ce matin, largement consacrée à la fermeture de la phase à froid liégeoise. C'est LA Une ce matin. On commence par les grands titres de la presse.

La sidérurgie, à l'agonie. L'avenir est on ne peut plus claire, avec ce titre. La sidérurgie liégeoise est KO. 7 des 12 sites de la phase à froid vont fermer.

Mittal dicte sa loi constate en Une la Libre Belgique, Le politique est impuisant et les métallos abasourdis. Pour l'Echo, Liège est trahie par Mittal.

Le député bourgmestre de Seraing, Alain Mathot déclarait hier, Lakshmi Mittal est une crapule. La Dernière Heure choisit ce matin d'en faire sa Une. SudPresse, et La Meuse retienne l'expression, Escroc.

Au nord du pays, aussi, la décision d'ArcelorMittal fait la Une. Pour le Standaard, Liège prend froid. 1.300 métallos se retrouvent à la rue, ajoute le Morgen.

A la Une de cette presse, on retrouve souvent la même image, ces quelques travailleurs - une poignée d'irréductibles, écrit la Libre - qui a mis le feu, hier, à des pneus sur le parking. En quelques mots, le Nieuwsblad résume : Après la trahison du géant de l'acier, c'est la RAGE.

Reste ce titre du Soir en forme de point d'interrogation. Et maintenant?

Nicolas, justement, c'est la question que j'allais vous poser. Est-ce que ce matin la presse dessine ou évoque une piste claire pour la suite?

Nationaliser le site de Mittal, trouver un repreneur ou renoncer à la sidérurgie. Voilà les 3 pistes dessinées par le Soir. 3 pistes, vous l'imaginez bien, qui sont largement commentées dans la presse.

Sur la nationalisation du site. Voyez l'avis de Michel Capron, chercheur retraîté de la Faculté de Politique économique et social. "J'aime bien le plan de syndicat", dit-il, mais "il est irréalisable. Nationaliser, cela voudrait dire demander à Di Rupo d'obtenir l'accord des flamands pour injecter de l'argent dans l'acier wallon et ça c'est inimaginable." Et, le chercheur poursuit. "Quand on voit ce qui s'est passé en France, le gouvernement Ayrault - qui est tout de même autre chose que Marcourt et consort- ce gouvernement n'a pas réussi à infléchir la politique de Mittal." Le Soir l'aborde encore ce scénario sous différents angles. Economiquement sceptique. Juridiquement hasardeux. Politiquement, proscrit au centre et à droite, l'idée vit à gauche et à l'extrème gauche de l'échiquier. Socialement, la nationalisation est défendable mais pratiquement, conclut le quotidien, le scénario serait très difficle à mettre en pratique.

Il y a alors la piste d'un repreneur. C'est loin d'être gagné estime encore le Soir mais c'est tout de même pour l'instant la piste confirmée hier soir par Rudy Demotte. Reste la dernière option. Renoncer à la sidérurgie et c'est finalement l'avis d'Yvan Van de Cloot, économiste en chef de l'Intinera institute. On a perdu trop d'énergie et de ressources dans des stratégies défensives. Si on avait utilisé ces ressources à créer de nouvelles entreprises, on serait aujourd'hui dans une situation beaucoup plus favorable.

Voilà pour ces réactions; Qu'en disent les éditorialistes?

Pour ceux qui se demandaient ce qu'il y avait encore de commun entre le nord et le sud du pays; la réponse est toute trouvée, pour Béatrice Delvaux dans le Soir, il y a cette crise économique qui frappe. Le lien est même direct. La fermeture de 7 des 12 lignes à froid s'inscrit dans le jeu de domino lancé en octobre par Ford à Genk. Face à ces annonces, l'Europe industrielle se fait à nouveau absente, sans doute retenue à Davos. Bart Brinckman aussi dans le Standaard rapproche ces deux chocs. Ford Genk et Arcellor à Liège mais pour constater que la reconversion - pour ces 2 régions - prendra du temps. Une génération peut-être. De quoi décourager plus d'un travailleur.

Pas beaucoup d'espoir à chercher non plus dans la Libre Belgique. Pour Paul Vaute, il faut l'accepter, quand le marché n'est pas là, quand les capacités de production excèdent les commandes, ce n'est pas un nouveau patron dénué de clients qui va sauver l'acier principautaire ou ce qu'il en restera. Quant à la sidérurgie, conclut l'éditorialiste, sachons que nous sommes à l'entrée de l'enfer de Dante, le lieu où il faut perdre tout espérance.

Pour Thierry Dupiéreux dans l'Avenir. Merci de ne pas jouer les étonnés. Cette violence économique était prévue.

Tout comme était annoncé le désarroi politique. Alors, entre un ministre de l'Economie qui se lamente en disant "comment voulez-vous encore avoir confiance" et un Premier ministre qui exprime son ''mécontentement très fort", on navigue entre le fatalisme de pacotille et la riposte aussi énergique d'une échalotte trop cuite. Bref, on est nul part et le dire, c'est aussi enfoncer une porte ouverte. Il faut des projets cohérents. Tournés vers le futur et libéré du despotisme noir des investisseurs venaux. Et cela, le plus rapidement possible.

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