Retour sur le combat de Marie Popelin, figure marquante du féminisme belge

Un jour dans l'Histoire vous propose de découvrir la vie de Marie Popelin, première femme docteur en droit de Belgique qui, malgré son combat, n'a jamais pu accéder à la profession d'avocate. "L'affaire Popelin" a été le départ des mouvements féministes en Belgique.

Pour retracer la vie de Marie Popelin, Un jour dans l'Histoire recevait en studio Valérie Piette, historienne du féminisme. Elle retrace le combat de Marie Popelin pour accéder au barreau mais aussi les résistances masculines à l’intervention des femmes dans le débat public, toujours de mise aujourd’hui.

Une des premières étudiantes de l'ULB

Née en 1846 à Schaerbeek. Marie Popelin est une femme issue de la bourgeoisie bruxelloise. Marie Popelin avait été l'élève d’Isabelle Gatti de Gamond; pour qui plus tard, elle enseigna au cours d'éducation à Bruxelles. Etre institutrice à l'époque, c'est la profession la plus élevée accordée aux femmes. Après avoir enseigné pour Isabelle Gatti de Gamond, Marie Popelin dirigea des écoles à Mons une école pour filles et revint à Bruxelles en 1881 pour sa nomination en tant que directrice de l'école moyenne de Laeken où elle ne resta pas longtemps en poste suite à des complications administratives.

C'est à 37 ans que Marie Popelin a entamé des études de droit. Elle figurait parmi les premières étudiantes de l'Université de Bruxelles, où elle obtint son diplôme de docteur en droit avec distinction à 42 ans. Sa soeur est également passé par l'ULB, en pharmacie. A l'époque, l'accès des femmes aux études universitaires est tout récent. En 1880, l'ULB a été la première université à les accepter, suivie de Liège et de Gand. 

Une fois son diplôme en poche, Marie Popelin fut tout naturellement connaître son intention de se présenter devant la Cour d'appel pour prêter le serment d'avocat. En principe, aucun texte de loi n'excluait les femmes du barreau. C'est plutôt du côté des mœurs que ça coinçait. Personne ne s'attendait à ce qu'une femme veuille réellement exercer la profession d'avocate après ses études. La Cour de cassation et la Cour d'appel refusent la demande de Marie Popelin. "C'est sa nature qu'on lui reproche. Elle est femme et une femme n'a pas à exercer cette profession qui demande de prendre la parole en public. Celui qui défend la veuve et l'orphelin ne peut être femme, c'est totalement impensable puisqu'il s'agit là d'une remise en cause de la domination masculine" explique Valérie Piette, historienne du féminisme. Dans le code civil il est par contre précisé qu'une femme ne peut pas travailler sans l'accord de son mari. Or Marie Popelin est célibataire et sans enfants.

Le message adressé par la Cour à Marie Popelin est donc un message adressé à l'ensemble des femmes de l'époque: Non, vous ne pourrez pas être avocate parce que vous êtes des femmes.

Les femmes, au 19ème siècle, étaient vraiment assignées à leur sexe et à leur nature. Les hommes de l'époque ne pouvaient concevoir une femme portant l'uniforme, la toge d'avocat et encore moins une femme prenant la parole dans l'espace publique. 

Et la Belgique est loin d'être la seule à refuser l'accès aux femmes à la profession d'avocat. A l'époque en Europe, les femmes qui voulaient prêter serment s'étaient toutes vu refuser leur demande. Seuls les Etats-Unis avaient admis les femmes au barreau. 

L'avocat Louis Franck, s'intéresse à l'histoire de Marie Popelin. Il va écrire des plaidoyers pour que les femmes puissent accéder à cette fonction, mais rien n'y fait. "Suite à ce refus, Marie Popelin décide de créer avec Louis Franck la Ligue Belge du Droit des Femmes, c'est la première association féministe belge. Cette association aura pas mal de femmes à son actif, mais aussi des hommes. C'est un féminisme qui demande d'accéder à certains droits", explique Valérie Piette, historienne du féminisme. Parmi les demandes et les acquis de cette ligue, ils ont obtenu qu'une femme puisse ouvrir un compte épargne sans l'autorisation de son mari. 

Rebondissement de l'"Affaire Popelin" en 2011

En 2011, Jacques Fierens, avocat, a demandé au conseil de l'Ordre du barreau de Bruxelles d'octroyer, de manière posthume, le titre d'avocat à Marie Popelin, la première femme devenue docteur en droit, en Belgique, il y a plus de 100 ans. "Une demande dans l'espoir de réparer symboliquement l'injustice dont Marie Popelin a été victime, une manière aussi de relativiser les raisonnements juridiques fondés sur la prétendue nature des êtres et des choses", expliquait Jacques Fierens dans les pages du Soir. A sa grande surprise, le conseil de l'Ordre a refusé la demande de Jacques Fierens: "Nous n’avons pas été entendus, ni n’avons reçu de décision écrite et motivée, mais selon le résumé de la discussion, auquel les avocats ont accès, le conseil de l’Ordre a considéré que seul quelqu’un qui a prêté serment peut se voir accorder le titre d’avocat honoraire. J’ai aussi entendu parler de la crainte d’une éventuelle " ouverture de la boîte de Pandore" peut-on lire dans le même article du Soir.

Pour découvrir l'ensemble du combat de Marie Popelin, écoutez le podcast d'Un jour dans l'Histoire ci-dessous.

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