Retour sur l'Histoire de l'Interruption Volontaire de Grossesse

Il y a quelques jours on a appris le décès aux États-Unis de Norma McCorvey. Ce nom ne vous dis sans doute rien mais, c’est elle la fameuse Jane Roe de l’affaire "Roe contre Wade". Cette femme grâce à qui l’avortement a été légalisé aux États-Unis….

En 1970, à 23 ans, cette habitante du Texas entame une procédure judiciaire pour obtenir le droit de mettre un terme à sa grossesse. Une procédure sous un faux nom par crainte de voir son vrai nom étalé dans les médias. A cette époque, le Texas n’acceptait les avortements qu’en cas de risque pour la vie de la mère.

Trois ans plus tard dans un arrêt spectaculaire, la cour suprême des États-Unis a estimé que le choix d’interrompre une grossesse relevait du droit fondamental à la vie privée. Cet arrêt a rendu illégales toutes les lois américaines s’opposant à l’avortement. Un principe sur laquelle voudrait aujourd’hui revenir le parti républicain de Donald Trump…

1973 pour les États-Unis.Chez nous, il a fallu attendre 1990 pour que la loi Lallemand-Michielsen dépénalise partiellement l’interruption volontaire de grossesse. Cette loi dit que : toute femme enceinte se trouvant en situation de détresse a le droit de demander un avortement.

 

Une légalisation récente mais l’avortement a, lui, toujours existé

Antiquité, Moyen-âge, Renaissance, Temps Modernes,… Décoctions de plantes comme la sabine, manœuvres corporelles, coups dans le ventre, utilisation d’objets tranchants, c’est décrit dans les textes...

Un avortement dès les premières semaines de grossesses, cela a été longtemps impossible car la plupart des femmes d’autrefois ignoraient quand exactement elles étaient tombées enceintes. Le signe certain de la grossesse a longtemps été tardif : lorsque la mère sent le bébé bouger vers le 4ème mois. Une notion importante à noter car pendant longtemps, on a estimé que la vie de l’embryon ne commençait pas dès la conception mais à partir de l’animation. C'est-à-dire 42 jours pour le père de la médecine Hippocrate dans l’Antiquité, le même nombre de jours chez Saint Thomas d’Aquin.

En 1234, l’église adopte même officiellement ce terme, ce qui en théorie, rend permis toute interruption de grossesse avant deux ou 3 mois. En revanche après ce stade, l’avortement est un acte grave interdit aux médecins par le serment d’Hippocrate et un péché capital pour l’Église.

 

L’évolution scientifique va faire changer cette perception

Et pas seulement, cela va également durcir l’opinion sur l’avortement. XVIIIème siècle, découverte grâce au microscope des ovules et des spermatozoïdes. Les progrès de l’embryologie et de la clinique vont faire remonter les débuts de la vie à la conception, dès la fécondation… Ça change tout !

Au XIXème siècle, l’avortement va être inscrit au code pénal comme crime. Il a donc fallu des décennies pour changer la donne. Des décennies d’avortements clandestins, souvent dans des conditions d’hygiène précaire avec de mauvais instruments ; ce qui provoquait des hémorragies, septicémie, péritonites, trop de femmes sont mortes des suites d’un avortement clandestin.

 

Et maintenant, chez nous...

Le délai autorisé par la loi belge est de 12 semaines maximum entre la fécondation et l'avortement. L’ivg est permis au delà de 12 semaines dans deux cas particuliers : lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère et lorsque l’enfant à naître est atteint d’une affection grave, reconnue comme incurable.

Deux méthodes sont proposée aux femmes : la méthode médicamenteuse (jusqu’à 5 semaines de grossesse), et la méthode chirurgicale (par aspiration). L’IVG se fait à l’hôpital ou dans un planning familial qui pratique l’avortement. Il doit y avoir un examen médical et psychologique préalable. Il doit aussi y avoir un délai minimum de six jours entre cet entretien et l’avortement.

Depuis 2003, l’IVG est pris en charge par la mutuelle donc on ne paye que le ticket modérateur de 3€60.

Revenons-en au nouveau président américain, son juge anti-avortement nommé à la Cour Suprême a pour volonté de couper le robinet des subventions des plannings familiaux aux États-Unis et aux ONG qui pratiquent les avortements dans les pays pauvres… Toutes les études le prouvent, plus les lois sont restrictives, plus la santé et la vie des femmes sont en danger. Interdire l’avortement n’en diminue jamais le nombre mais le rend clandestin et risqué.

 

Juliette HARIGA

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