"Rendez-nous la lumière" de Dominique A, un hymne poétique éco-friendly...

Aujourd’hui, l’analyse d’une chanson de Dominique A intitulée " Rendez-nous la lumière ". Hymne poétique éco-friendly paru en 2012 sur l’album "Vers les lueurs" et qui dit :

" On voit des autoroutes, des hangars, des marchés. De grandes enseignes rouges et des parkings bondés. On voit des paysages qui ne ressemblent à rien. Qui se ressemblent tous et qui n'ont pas de fin. " Mais c’est super : c’est le paradis sur terre. On sait que Dominique A a vécu en Belgique et qu’il a enregistré cette chanson à Bruxelles. On espère que ce n’est pas tout ce qu’il a retenu de notre riant Royaume qui lui fait dire : " Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté. Le monde était si beau et nous l'avons gâché. Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté. Si le monde était beau, nous l'avons gâché. "

Cette description de paysage où se mêlent autoroutes, hangars, supermarchés et parking bondés est dictée par les pérégrinations et les déplacements du chanteur en zone périurbaine, là où a été installé toute une activité économique et démographique qui fait de l’entrée des villes un nouveau jardin d’Eden fait de Pizza Hut, Decathlon, MacDonald, Intermarchéet Bricocenter. En ce sens, le tableau que dresse Dominique A de ces espaces périurbains n’est pas si éloigné de celui que fait Michel Houellebecq dans ses livres, à cette seule différence que, si Dominique A renvoie une image d’horreur, Houellebecq, lui, semble trouver ces horizons très beaux et surtout très intéressants. Pour la petite histoire, c’est en lisant un article sur la périurbanisation titré " Comment la France est devenue moche " paru dans Télérama, que Dominique A a trouvé l’inspiration pour " Rendez-nous la lumière ".

On pourrait se dire que le texte est traversé par une exaspération néo-réactionnaire : " Le monde était si beau et nous l’avons gâché. " Comprenez : " c’était mieux avant ". Mais la Finkielkraut attitude est évitée de justesse grâce à l’introduction d’un doute qui sauve l’honneur des hommes : " Si le monde était si beau, nous l’avons gâché ". " Si " cela signifie que le monde n’était peut-être pas si accueillant avant.

Mais il continue de balayer le sentiment de vulgarité contemporaine, en zoomant dans les supermarchés : " On voit de pleins rayons de bêtes congelées. Leurs peurs prêtes à mâcher par nos dents vermillon. "  Passage végétarien et image terrible du carnivore qui mange, non seulement du cadavre, mais aussi de la peur, celle de l’animal au moment d’être abattu et qui s’inscrit à jamais dans sa chair morte. C’est un passage inspiré, sans doute, par le militantisme végétarien du chanteur anglais Morrissey qui avait interprété " Meat is murder " - " La viande est un meurtre ". Il poursuit : " On voit l'écriture blanche des années empilées. Tous les jours c'est dimanche, tous les jours c'est plié. " À la laideur du paysage s’ajoute ici la laideur morale des années qui passent et qui sont toutes les mêmes, sans saveur, sans couleur (écriture blanche, autant dire quasi transparente, c’est-à-dire pas loin du vide) et cette espèce de contentement dans la consommation – " tous les jours c’est dimanche " - on achète comme si c’était tous les jours un jour de fête. On peut aussi lire " tous les jours c’est dimanche " comme un excès de temps libre plus communément appelé " chômage ".

Cauchemar économique, cauchemar alimentaire, mais aussi cauchemar urbanistique :

" On goûte aux pieux mensonges des cieux embrigadés ". Ici, on parle du ciel réquisitionné pour accueillir toutes sortes de tours. La preuve : " Tant de vies sacrifiées pour du cristal qui ronge. " Cauchemar écologique : " On voit des fumées hautes, des nuages possédés. " Cauchemar écologique qui finit par jouer sur la qualité de nos étreintes : " Des pluies orange et mauves donnant d'affreux baisers.  On notera que plus la chanson est noire, plus Dominique A a recours aux couleurs. Depuis le début, on en répertorie cinq : rouge, vermillon, blanc, orange et mauve. C’est pour beaucoup pour une chanson sombre.

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