Remontez le temps à bord de l’Orient-Express

L’Orient-Express. Le plus connu des trains de luxe. L’un des nombreux symboles du progrès galopant et triomphant de la révolution industrielle du XIXe siècle. Ce véritable palace sur rail ouvre la route des Balkans et des Empires encore mal connus, aux parfums de mystère… Emprunté par l’élite et les bien nantis, les artistes fortunés, les diplomates, les espions et la noblesse en quête d’évasion, l’Orient-Express permet dès 1883 de relier Paris à Constantinople (qui n’était pas encore Istanbul) en passant par Vienne, Budapest et Bucarest. 3000 km en quelques jours. Une révolution ! Retour sur l’épopée d’un train de légende.

Imaginé par l’ingénieur belge Georges Nagelmackers, fondateur de la Compagnie internationale des Wagons-lits, l’Orient-Express se distingue de tous les autres trains par son confort, son luxe inouï et les repas gastronomiques servis à bord.

L’opulence, toutefois, ne protège pas des ennuis. Traverser ces contrées instables n’est pas sans dangers ni imprévus : attentat, attaque par une bande armée, l’Orient-Express connaît mille et une péripéties qui inspireront les écrivains et qui le feront entrer dans la légende.

Au fil du temps, la RTBF s’est intéressée de près à l’histoire de ce train devenu mythique, et plus précisément à sa genèse, à son déclin, puis à sa renaissance. Le Fantôme de la Radio nous fait revivre cette épopée ferroviaire extraordinaire grâce aux séquences, reportages et interviews retrouvés dans les archives.

Alors, en voiture, voyageuses et voyageurs, montez à bord de l’Orient-Express pour remonter le temps !

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Du wagon-hôtel au wagon-lit

Toute cette histoire commence en 1868, suite à un chagrin d’amour. Le jeune ingénieur Georges Nagelmackers s’est amouraché d’une de ses cousines, ce qui ne fait pas plaisir à sa famille. Pour l’éloigner, on l’envoie faire un long voyage, aux Etats-Unis.

Il y tombe amoureux des 'wagons-hôtels'. Il voit tout de suite le parti qu’il peut en tirer en Europe. Il s’agit de wagons à couloir central, avec des rideaux et des couchettes. Il a l’idée d’adapter ce concept, comme des cabines de bateaux, avec un couloir latéral et des cabines fermées, où chacun serait autonome.

Une première compagnie voit le jour en 1872 et ça marche ! A tel point qu’il crée une nouvelle société, et en 1876, la Compagnie internationale des Wagons-Lits, avec un actionnaire peu banal, Léopold II, qui lui apportera sa caution et sa richesse.


Le premier voyage de l’Orient Express

Le 4 octobre 1883, le Train Express d’Orient, son nom d’origine, quitte Paris à destination de Constantinople, pour la première fois. C’est le patron et fondateur de la Compagnie internationale des Wagons-Lits, Georges Nagelmackers, qui a organisé lui-même ce voyage inaugural, dans ses moindres détails. A bord, 24 invités, issus de la classe politique, du monde des affaires et de la finance, français et belges pour la plupart. Il y a également des représentants des chemins de fer, un diplomate turc ainsi que deux journalistes et un écrivain.

Il n’y a aucune femme à bord. Par mesure de prévention car, dit-on, Nagelmackers craint une attaque du train par des brigands lors de la traversée de la Bulgarie. Il a d’ailleurs demandé à ses invités d’emporter une arme avec eux… Fort heureusement, ce voyage inaugural se passe sans encombre.

Cet écrivain embarqué dans l’Orient-Express, c’est Edmond About, qui sera bientôt membre de l’Académie française. Il consigne ses souvenirs de ce voyage inaugural dans son ouvrage : L’Orient-Express, de Pontoise à Stamboul, dont voici quelques courts extraits…
 


L’Orient-Express : trois maisons roulantes longues de 17 mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables pour le moins qu’un riche appartement de Paris.

Les quarante invités de la compagnie, les parents, les amis, les curieux qui nous entouraient à la gare de l’Est, ne pouvaient en croire leurs yeux. Mais ce fut bien autre chose après le coup de sifflet du départ, lorsque notre bagage fut installé dans de menues chambrettes à deux, trois ou quatre lits, et qu’un repas délicieux nous réunit pour la première fois dans la salle à manger commune. Il est invraisemblable, ce symposium précédé d’un petit salon et d’un joli fumoir, et suivi d’une cuisine grande comme la main, dans laquelle un superbe Bourguignon à barbe noire fait des miracles. J’ai conservé presque tous les menus de cet artiste sans rival.

La chambre nette et luisante comme un sou neuf n’a pas reçu une seule couche de peinture, par l’excellente raison qu’elle est boisée du haut en bas. Le matelas et l’oreiller sont juste à point, ni trop mous ni trop durs ; les draps, qu’on change tous les jours par un raffinement inconnu dans les maisons les plus riches, exhalent une fine odeur de lessive.

Le confort est un peu comme le galon : dès qu’on en prend, on n’en saurait trop prendre. À force d’être bien, nous sommes déjà devenus exigeants et les deux cabinets de toilette, qui s’ouvrent à chaque bout de chaque wagon-lit, ne nous suffisent. Il nous en faudrait au moins quatre. Ils sont installés avec luxe, amplement pourvus de savon, d’eau chaude et d’eau fraîche, et maintenus dans un état irréprochable de propreté par les valets de chambre. Mais soit pour la toilette, soit pour les autres besoins de la vie, ils ne peuvent héberger qu’un voyageur à la fois… Nous sommes donc obligés le matin de nous attendre les uns les autres et quelquefois assez longtemps…


 

Paris-Constantinople en 67 heures, un record à l’époque !

La liaison continue entre Paris et Constantinople est établie en juin 1889 : finis désormais les changements de convois et autres relais par bateau-vapeur. Et bientôt l’Orient-Express emprunte d’autres voies, de nouvelles routes vers l’Est, notamment via le tunnel du Simplon creusé sous les Alpes, entre la Suisse et l’Italie.

Seul point commun entre les clients de l’Orient-Express : l’aisance financière. Tous ont largement les moyens de se payer un voyage qui, à l’époque, coûte l’équivalent de 6 mois de salaire d’un ouvrier qualifié. Ces passagers, munis de leurs cartes de visite, présentent des profils très différents : ils sont artistes célèbres, bourgeois, industriels, aristocrates, aventuriers, diplomates ou banquiers…

Traverser l’Europe avec l’Orient-Express n’est pas forcément un voyage d’agrément. En 1891, par exemple, le train est attaqué par le brigand turc Athanase. Ce bandit de grands chemins dévalise les passagers, emmène les plus riches d’entre eux avec lui et exige des rançons importantes en échange de leur libération.

Plus grave, le 12 septembre 1931, l’Orient-Express est victime d’un attentat terroriste : le viaduc de Biatorbagy en Hongrie saute au passage du train. Une partie du convoi plonge dans le vide. On déplore une vingtaine de morts. A bord, ce jour-là, il y a la chanteuse et danseuse Joséphine Baker, qui s’en sort indemne…

Et puis il y a aussi les intempéries, le froid et les tempêtes de neige… comme dans le célébrissime roman d' Agatha Christie, 'Le Crime de L’Orient-Express'.
 

De l’apogée au déclin

Les années folles, pendant l’entre-deux-guerres, sont des moments fastes pour ce train devenu légendaire : tout le gratin mondain et artistique se presse dans le Simplon-Orient-Express pour visiter Venise et découvrir les charmes des villes d’Orient.

La seconde guerre mondiale interrompt le conte de fées. Malgré la réouverture des lignes après le conflit, la magie n’opère plus. Le rideau de fer qui se dresse désormais entre l’Ouest et l’Est rend les voyages compliqués. La liaison entre Paris et Istanbul est fractionnée en différents tronçons, avec des correspondances hasardeuses. Quant aux prestigieux wagons-lits, ils sont remplacés par des wagons-couchettes. L’Orient-Express n’est plus que l’ombre de lui-même et perd son statut de train de luxe en 1948.

La fréquentation et la rentabilité faisant défaut, l’Orient-Express, devenu le Direct-Orient-Express Paris-Istanbul, est mis hors service. Il roule pour la dernière fois en mai 1977. Dans ce convoi des adieux, il n’y a plus de wagon-restaurant, ni de cabines de luxe. Une équipe de reportage de la RTB est à bord pour fixer cet ultime voyage sur pellicule et sur bande magnétique.
 

La renaissance

En mai 1982, l’Orient-Express reprend du service. Un richissime entrepreneur anglo-américain, James Sherwood, investit plusieurs millions de dollars pour relancer le train mythique. Il récupère d’anciennes voitures de la Compagnie internationale des Wagons-lits et les fait restaurer à grands frais.
Le Venise – Simplon Orient-Express est sur les rails, et fait un passage à Bruxelles, peu avant son lancement en 1982.

De nos jours, le Venice-Simplon Orient-Express roule toujours. Il est devenu un train-croisière qui relie occasionnellement Londres à Venise et qui, de temps en temps, reprend la ligne mythique Paris-Istanbul, via Budapest et Bucarest. Pour ce voyage de 6 jours et 5 nuits, uniquement en compartiment-suite, il vous en coûtera 34.000 euros par personne…

 

Retrouvez ici l’émission intégrale, toute en archives, d’Eric Loze

 


Le Fantôme de la Radio, une émission écrite et réalisée par Eric Loze, avec le concours de la SONUMA, l’entreprise qui préserve les archives audiovisuelles de la RTBF.

Les archives sont extraites des émissions suivantes :

Point de Mire, de Gérard Valet

La 9e Case avec Bernard Perpette

Le petit Pylône de Georges Pradez

Mobiles avec Alain Vanden Abeel

Le journal télévisé

A Suivre

Le texte d’Edmond About est lu par Olivier Nederlandt.


 

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