Referendum des percepteurs : les gilets jaunes appellent à vider les banques de leur cash

Neuvième semaine d'action des gilets jaunes. Après l'occupation des ronds points et les manifestations sur les Champs-Elysées, un nouveau mot d'ordre court sur les pages et les groupes des gilets jaunes : "Le référendum des percepteurs". C'est en ces termes qu'il circule. L'idée est de retirer en une fois un maximum de cash des banques, histoire de faire vaciller le secteur bancaire.

Dimanche 6 janvier, il est 22h31. Un certain Tahz San, casquette et t-shirt violet, lunettes carrées et barbe noire poste une vidéo (sur Facebook et sur Youtube). Il fixe la caméra. "Si les banques faiblissent, l'Etat faiblit. Alors concrètement, que devons-nous faire samedi prochain ? Eh bien nous allons voter par référendum sans que personne ne puisse nous l'interdire. Car nous allons voter devant un distributeur de billets. Vous voyez où je veux en venir ?"

L'idée est donc de retirer un maximum de liquide en une fois, samedi matin, en espérant créer une panique bancaire, un "bank run". Elle a été relayée par une des figures populaires des gilets jaunes, Maxime Nicolle alias Fly rider, ce qui a accru la popularité du terme.

Quel impact sur les banques ?

Quel pourrait être l'impact d'une telle action ? Le magazine économique Capital s'est sérieusement penché sur la question, sur son site web. "Les conséquences sont potentiellement très importantes : Aucun établissement ne détient les liquidités correspondant aux dépôts de ses clients. Une banque incapable de faire face aux demandes de retraits (qui augmenteraient à mesure que les distributeurs s'assèchent) s’expose à l’impossibilité de payer ses frais de fonctionnement." 

Cela dit, d'après Capital, provoquer un "bank run" demande une force de frappe très importante. Le montant moyen retiré chaque jour en France serait de 342 millions d’euros, soit l'équivalent de 500 000 personnes, qui retirent chacune 684 euros. Or, au plus fort de la mobilisation des gilets jaunes, il y avait 126 000 personnes dans les rues et aux rond-points français. De plus les plafonds de retrait de la plupart des cartes ne permettent souvent pas de dépasser 300 à 500 euros par jour.

Cela dit, explique Capital, il ne faut pas surestimer la peur d'une pénurie, qui pousse les épargnants à retirer leur argent de la banque en cas d'inquiétude. Une des caractéristiques de ces "bank run" est qu'ils peuvent être auto-réalisateurs.

Dans la lignée de Cantona

En septembre 2007, en pleine crise des subprimes, la panique s’était emparée des clients de la banque britannique Northern Rock, après des rumeurs sur son manque de solvabilité. Il y a d'autres précédents de panique bancaire dans l'histoire, mais quasi jamais de manière volontaire, par choix des épargnants. 

En réalité, le seul exemple d'appel au bank run date de 2010. L'ancien footballeur Eric Cantona avait évoqué l'idée dans une vidéo postée sur Internet. L'appel avait trouvé un écho sur Facebook, déjà à l'époque. Un événement avait été crée pour le 7 décembre 2010. L'appel n'avait pas eu d'impact fort au niveau de la stabilité du secteur bancaire, mais il avait marqué les esprits à plusieurs niveaux.
 

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