Réchauffement climatique : des exemples concrets, chez nous

Climat : des exemples concrets, chez nous
Climat : des exemples concrets, chez nous - © Pixabay

A l'occasion de la Cop 24 en Pologne, penchons-nous sur les implications concrètes qu'a déjà le réchauffement climatique chez nous. Il a clairement des impacts en termes de santé publique. Il est responsable de l'apparition de nouveaux insectes et il oblige aussi les forestiers à penser la forêt autrement.

D'ici quelques années, nos forêts vont changer, il y aura une diversification, nécessaire. 

A Daverdisse, en province de Luxembourg, les chênes pédonculés sont auscultés de près par les ingénieurs de l'Observatoire wallon de la santé de la forêt. 

Il suffit de lever la tête pour se rendre compte que les arbres n'ont plus de feuilles, ils sont dénudés et montrent une perte de structure de leur houppier, les fines branches et les rameaux jeunes ont totalement disparu. L'écorce se décolle, ce qui est un signe que l'arbre est pratiquement dans son stade final de dépérissement. Plus de 50% des arbres sont touchés.

Ce phénomène de dépérissement est multi-factoriel. Trois éléments jouent un rôle :

  • Depuis une dizaine d'années, les printemps sont relativement secs, ce qui crée un stress hydrique au niveau de l'arbre.
  • Dans notre écosystème, on a normalement des insectes, des chenilles qui s'attaquent au printemps au feuillage. Avec certaines années, des attaques plus importantes, suivant le développement de ces insectes.
  • Des champignons naturels empêchent la feuille d'alimenter l'arbre en énergie et en photosynthèse.

L'arbre est capable de résister à chacun de ces 3 phénomènes pris individuellement. Mais lorsqu'ils se succèdent dans un temps très rapproché, le dépérissement peut s'enclencher. 

Il faudra plusieurs années d'observation avant de pouvoir dégager des tendances précises mais il semble bien que certaines espèces, très exigeantes en eau, devront être abandonnées au profit d'espèces plus résistantes à l'environnement actuel.

La solution réside en effet dans l'adéquation entre l'essence et la station forestière : il faut essayer de trouver le bon compromis entre les besoins de l'arbre et ce que la station est capable de lui fournir comme nutriments, comme réserve en eau, comme radiation solaire pour la photosynthèse. Certaines espèces étaient au bon endroit à l'époque et maintenant sont à la limite de leur tolérance.
Comme le climat évolue plus vite que prévu, le forestier doit pouvoir adapter sa gestion plus rapidement aujourd'hui.

Hugues Claessens est professeur d'écologie forestière à Gembloux, où sont développées de nouvelles espèces d'arbres, plus résistantes : des châtaigniers du sud-est de l'Europe, des chênes rouges d'Amérique, et puis aussi le tilleul et le bouleau, qu'on redécouvre. 

"On observe ce changement climatique depuis un siècle et on doit imaginer ce qu'il y aura dans un siècle. On a synthétisé tout ça dans le fichier écologique des essences, depuis 20 ans. A l'époque, on ne parlait pas de réchauffement. A l'avenir, de nouveaux arbres apparaîtront dans ce fichier : le platane, le cèdre,..."

Le changement du climat devient un cadre général pour tous les bio-ingénieurs. "Au quotidien, on ne le voit pas assez malheureusement, contrairement aux zones méditerranéennes où on parle déjà de désertification. Nous en Belgique, comme d'habitude on est bien mis, donc c'est encore plus difficile de vraiment se mettre dans le mouvement." 


Insectes et maladies vectorielles

Au Musée royal des Sciences naturelles, Patrick Grootaert scrute l'arrivée de nouveaux insectes indésirables, et en particulier, deux espèces exotiques invasives de moustique tigre, qui nous viennent de Corée et du Japon.

Ils survivent au gel et sont introduits par le commerce de pneus d'occasion. Les moustiques déposent leurs oeufs dans l'humidité qui stagne dans ces pneus.  Ils sont porteurs de parasites, et vecteurs de maladies dangereuses, comme la dengue par exemple. 

Ils sont venus par les Balkans, se sont installés en Italie, en Espagne, dans le Sud de la France, "et ils vont remonter, c'est clair."

Un monitoring en continu est indispensable pour évaluer l'avancée de ces insectes invasifs et la possible propagation de ces maladies vectorielles.


Les impacts sur la santé

Pour Catherine Bouland, professeur de santé environnementale à l'Ecole de Santé publique de l'ULB, les impacts des modifications du climat sur la santé sont déjà une réalité, même s'ils sont difficiles à percevoir. Ce sont par exemple :

  • Des vagues de chaleur qui peuvent conduire à des décès prématurés, des détresses respiratoires et cardio-vasculaires, des naissances prématurées,..
  • Des problèmes d'anxiété, de dépression, d'angoisse, suite à une inondation ou autre phénomène naturel.  
  • Le déplacement des saisons qui peut induire des relargages de pollen et des allergies à des moments non prévus.

"Le fait de dessiner la ville autrement, avec plus de verdure, en veillant à la qualité de l'air, en consommant de façon plus adéquate, sera tout bénéfice pour la santé comme pour le climat." 

 

Ecoutez ici le reportage complet de Sophie Brems et Nicolas Poloczek, à partir de 29'.

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