Reboiser l'âme humaine, le challenge de Naïna, neuropsychiatre à Madagascar

Reboiser l’âme humaine, le challenge de Naïna, neuropsychiatre à Madagascar
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Reboiser l’âme humaine, le challenge de Naïna, neuropsychiatre à Madagascar - © Tous droits réservés

Bonne arrivée à Madagascar, l’île-continent au cœur de l’océan Indien, c’est une des plus grandes de la planète. Depuis la nuit des temps, l’île rouge est habitée par une mosaïque de peuplades issues de migrations proches et lointaines.

Tananarive, la capitale compte 3 millions d’âmes vivant sur les 12 collines sacrées conférant à la mégapole une topographie tortueuse avec des rubans d’escaliers et de ruelles sinueuses débouchant sur d’innombrables petits marchés qui s’animent de 1001 petits métiers. Aux portes de la ville s’étendent les rizières et la N3 qui m’amène à Ambohimanga, sur la colline bleue, c’est ici que j’ai rendez-vous avec Andriananaïna Raharison, un professeur belgo-malgache. 

Voyager à Madagascar, c’est faire un Trip au pays des ancêtres. Ici, on cultive souvenir et traditions venues d’Indonésie et d’Afrique. On y va Mora/Mora, cool et tranquille. Mieux vaut lentement et bien que vite et mal, dit le proverbe malgache. Je suis frappé par le contraste entre les richesses naturelles du pays et le dénuement d’une grande partie de sa population. Ici 65% des gens vivent sous le seuil de pauvreté. C’est pour contribuer au développement de son pays que Naïna a décidé de revenir travailler à Madagascar après ses études universitaires en Belgique.

Andrianaïna, son prénom complet, signifie " Source de Vie " en malgache…Suivons donc Naïna aux sources de la sienne dans la ville thermale d’Antsirabe où il a vu le jour au début des années 60 . Son terrain de jeu préféré était le lac Tritiva.

Le Papa de Naïna, professeur dans un collège technique, avec un salaire modeste, et sa maman au foyer avec 6 garçons, ont sacrifié toutes leurs économies pour que leurs enfants puissent faire et réussir de grandes études, à la hauteur de leurs ambitions et de leurs rêves.

Vis le moment présent, sois reconnaissant pour les petites choses que la vie t’offre et envers les gens qu’elle met sur ta route. Réjouis-toi de chaque instant et tu seras heureux…la plupart du temps ! Car, m’explique Naïna, la vie, c’est comme un paquet de bonbons, tu ne sais jamais sur lequel tu vas tomber. Ici à Antsirabé, ils ont le parfum de l’enfance dans une préfecture coloniale. Naïna me fait découvrir le vélo pousse-pousse. Je ne peux pas m’empêcher d’en enfourcher un…

Reboiser l’âme humaine, comme dirait Julos Beaucarne, c’est devenu le métier de Naïna, un des premiers neuropsychiatres de Madagascar. Au début du siècle, ils n’étaient encore que deux dans ce pays grand comme 18 fois la Belgique. Naïna a créé AMAEE, l’association malgache pour l’aide et l’entraide des épileptiques, il est très actif dans la sensibilisation auprès des enfants des écoles de Tana, avec qui il développe des activités parascolaires de confiance en soi et d’intégration

Après l’ouverture de son cabinet privé, le professeur Andriananaïna Raharison a voulu se rendre utile dans les écoles des quartiers défavorisés de Tana. Ici l’épilepsie touche 2% des enfants, cette maladie est souvent assimilée à de la sorcellerie. Ceux qui en souffrent sont rejetés, on leur lance même des pierres, les accusant parfois de tous les maux de la terre. Ces enfants ont un sourire désarmant et ils accueillent notre équipe en nous taquinant gentiment. Nous craquons…

Pionnier dans le traitement de l’épilepsie à Madagascar, Naïna a recu pour son action le prix Jean Sonnet, décerné par l’Université de Louvain. Une autre facette du métier de Naïna, c’est le coaching nature. En marchant avec ses patients sur les hauts-plateaux ou en forêt, il veut les reconnecter à eux-mêmes, à l’environnement et à l’univers.

Et pour cela Madagascar, c’est The place to be, détachée du continent primitif africain il y a plusieurs millions d’années, l’ile possède en effet une incroyable diversité en matière de faune et de flore qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : ici 80 à 90% des espèces sont endémiques, comme les emblèmes nationaux : le baobab et le fameux lémurien. A tel point que l’on appelle parfois Madagascar, la Lémurie. On retrouve cet ancêtre du petit singe sur les billets de banque mais aussi et surtout dans les parcs naturels et les grandes forêts de l’est.

Les lémuriens sont des primates arboricoles, ils se déplacent en sautant de branches en branches. Ils sont omnivores, tendances végétariennes, ils se nourrissent de feuilles, de fleurs, d’écorces ou de fruits. Parfois d’insectes et de petites larves. Ils vivent en solitaires ou en petites bandes, toujours menées par une femelle… Leurs cris sont caractéristiques, allant du cri d’alerte au cri d’amour, les indris-indris possédant la palme du cri le plus impressionnant…

En quittant le paradis forestier de ces sympathiques lémuriens, Naïna nous invite à retrouver ce petit acrobate espiègle qui sommeille en chacun d’entre nous…Nous sommes de retour à la capitale Antananarivo, juste avant que le soleil ne descende de son trône, nous quittons Naïna qui conclut notre reportage avec un autre proverbe malgache : Veloma, soava tsara ! Vivez, soyez bon et heureux…

                                                                                                                                       Adrien Joveneau

Les Belges du bout du monde à Madagascar, à suivre en radio ce dimanche à 9h08 sur La Prem1ère et, en télévision à 14h10 sur La Une (une production IPEP réalisée avec le soutien de la DGD).

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