Raphaël Glucksmann : "C'est une course contre la montre qui s'est engagée"

Raphaël Glucksmann publie "Les enfants du vide. De l'impasse individualiste au réveil citoyen"
Raphaël Glucksmann publie "Les enfants du vide. De l'impasse individualiste au réveil citoyen" - © Olivier Marty, Allary Editions

Raphaël Glucksmann est l'auteur du livre Les enfants du vide. De l'impasse individualiste au réveil citoyen (Editions Allary), un essai sur l'impasse que nous promettent aujourd'hui de nombreux scientifiques, économistes et observateurs politiques, si une révolution de notre comportement ne s'opère pas très rapidement. Il vient de créer en France le mouvement 'Place Publique', un mouvement 'citoyen, écologiste et solidaire'. 

Son souhait est que ce livre résonne comme un réveil-matin. "Si on prend conscience de la gravité du moment, de l'ampleur de la crise qu'on traverse et qu'on prend au sérieux à la fois le péril climatique qui nous guette et le péril démocratique dans lequel on s'enfonce, on a les ressources, les idées et l'énergie pour s'en sortir. Mais encore faut-il prendre conscience du risque que l'on court. Il faut aller jusqu'au bout de l'appréhension du péril pour pouvoir se sauver."


Il y a urgence !

La question du temps, de l'urgence, habite Raphaël Glucksmann : "Je crois les 15 000 scientifiques quand ils nous expliquent que demain il sera trop tard, et que si nous n'engageons pas maintenant les transformations radicales de nos systèmes de production et de consommation, de nos organisations sociales, le monde tel qu'on le connaît va disparaître". 

Il croit aussi le GIEC quand il nous donne la date de 2030 comme moment de bascule dans l'irréversibilité de la catastrophe climatique. 

C'est une course contre la montre qui s'est engagée. C'est ce qui à la fois est vertigineux et ce qui nous pousse à l'action, car 2030, c'est demain !

Il n'y a jamais eu autant de citoyens qui s'investissent dans des associations, dans des circuits courts de coopératives agricoles, dans des nouvelles formes de démocratie participative, dans des mobilisations un peu partout. Le défi est d'arriver à partir de ces expériences et de ces engagements pour pouvoir produire une vision du monde suffisamment puissante pour pouvoir mobiliser, en vue d'une transformation politique d'ampleur.

 

Nous vivons frustrés

Cette société du chacun pour soi nous frustre tous. Nous avons besoin de plus. Nous sommes émancipés de toute structure collective, de tout horizon commun, de toute idéologie, et nous sommes tous malheureux, et seuls.

A la question posée à chacun : est-ce que vous êtes heureux comme ça ?, la réponse sera très certainement non.

"Dans ce non là, la transformation écologique de notre société n'est donc pas punitive mais c'est aussi le moyen de réinscrire notre individualité dans un projet commun et donc de sortir de la frustration", explique Raphaël Glucksmann.

 

Parmi les solutions : la démocratie participative et le revenu universel

Jo Spiegel, avec qui Raphaël Glucksmann vient de créer le mouvement 'Place publique', s'est fait connaître par sa pratique de la démocratie participative dans la commune de Kingersheim dont il est maire depuis 1989. Pour apporter une réponse à la crise de la démocratie, il redonne du pouvoir aux citoyens. C'est eux qui définissent les budgets et les projets de transformation de la ville. C'est un processus exigeant pour les citoyens de devenir ainsi actifs dans la gestion de leur cité, de devenir des gouvernants.

Rutger Bregman, un historien néerlandais, a contribué à populariser la notion de revenu universel aux Pays-Bas. Il inspire Raphaël Glucksmann dans ce sens où si on veut que les citoyens participent au gouvernement de la cité, il faut leur en donner les moyens et le temps. Pour cela, il ne faut pas être dépendant uniquement du secteur marchand et du travail productif.

L'horizon, plus ou moins lointain, est donc de redistribuer à tous les fruits d'une croissance qui aura besoin de moins en moins de main d'oeuvre, entre autres en raison de l'utilisation de robots. Il faudra veiller à instituer un contrat civique qui exige de chacun d'entre nous une contribution à la vie de la cité, et rétablir plus d'éthique dans la vie politique.

Retrouvez l'entretien complet, ici, à partir de 21'50''

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