Qui a tué 200 civils dans la ville irakienne de Mossoul ?

Qui a tué 200 civils dans la ville irakienne de Mossoul ?
Qui a tué 200 civils dans la ville irakienne de Mossoul ? - © ARIS MESSINIS - AFP

Qui a tué 200 civils dans la ville irakienne de Mossoul ? Et les F-16 belges sont-ils impliqués ? Pour l'instant, plus de questions que de réponses. Le 17 mars, des bombardements meurtriers ont fait des dizaines de victimes innocentes dans le quartier de Jedida alors que la coalition internationale et les forces irakiennes mènent une longue bataille pour reprendre le plus grand bastion du groupe État islamique. La commission de suivi des missions à l’étranger va être convoquée pour tenter de faire la lumière sur l'implication, ou non, des F-16 belges dans le bombardement. La réunion devrait se tenir aujourd'hui à huis clos en présence du ministre de la Défense Steven Vandeput. Le point sur cette affaire avec notre correspondant en Irak Wilson Fache.

Sait-on exactement ce qu'il s'est passé à Mossoul le 17 mars ? Très clairement il y a encore énormément de zones d'ombres, notamment parce que les journalistes n'ont pas le droit d'accéder au quartier qui a été bombardé. Les Irakiens ont complètement coupé l'accès, particulièrement pour les médias occidentaux. Les témoins avec qui je me suis entretenu parlent d'une explosion immense qui a provoqué l'effondrement de plusieurs maisons et envoyé des centaines de débris meurtriers sur les résidents qui tentaient de fuir. Une centaine de corps, dont des femmes et des enfants, ont été retrouvés rien que dans un seul bâtiment effondré. Une enquête a alors été lancée pour déterminer exactement ce qu'il s'est passé. Mais selon un général américain il est "probable" que la coalition internationale soit responsable.

Selon une de mes sources, la faute ne viendrait pas du ou des pilotes mais il ne précise pas qui exactement porte la responsabilité. C'est ça qu'il faudra déterminer: à quel moment du processus une faute a été commise.  

Ce scandale met aussi en lumière le manque de transparence de la mission belge en Irak. Alors que les États-Unis et le Canada par publient très régulièrement les dates, les lieux et les résultats de leurs frappes aériennes, la Belgique reste silencieuse. C'est un comportement qui a été souvent pointé du doigt par des organisations comme Airwars qui parlent d'un vrai problème démocratique. Prendre ses responsabilités, ça commence par être plus transparent.

Ce qui semble certain en revanche, c'est que les groupe État islamique porte une part de responsabilité...

On le sait depuis longtemps déjà, les terroristes du groupe État islamique n'hésitent pas à se servir des populations civiles comme d'un bouclier humain. C’est-à-dire que les djihadistes combattent au milieu des civils et vont parfois jusqu’à placer des snipers sur le toit de maison habitée et comme ça ils se protègent des frappes aériennes. 

Mais plus récemment le groupe terroriste État islamique utiliserait une nouvelle stratégie similaire avec un but complètement diffèrent. Selon la coalition, les djihadistes forcent des civils à entrer dans des bâtiments où se trouvent des combattants. Le but cette fois n'est pas d'éviter un bombardement mais bien de le provoquer. Et si le groupe terroriste arrive à faire en sorte que plus des civils meurent dans des frappes aériennes, il gagnera en partie la guerre de propagande même s'il est en train de perdre la bataille militaire. 

Précisons quand même que ce n'est a priori pas ce qu'il s'est passé le 17 mars. Les civils auraient pris refuge dans les bâtiments visés de leur plein gré. Par contre, un témoin me disait avoir vu une voiture piégée dans le quartier au moment du bombardement. Ce qui correspond au témoignage d'autres survivants. Il est possible qu'une frappe aérienne ait touché un camion ou une voiture bourrés d'explosifs ce qui aurait provoqué l'énorme explosion qui a tué tous ces civils. Mais ce n'est pas confirmé et on parle à priori de plus qu'un frappe aérienne.

Une bataille qui dure depuis bientôt six mois 

Les forces irakiennes encerclent en ce moment la vieille ville, c'est la partie la plus densément peuplée de Mossoul, et la plus compliquée à prendre car il y a énormément de bâtiments et des rues étroites et sinueuses où les véhicules blindés ne pourront pas se déplacer. Les généraux avec qui j'ai pu m'entretenir parlent d'une bataille d'au moins un mois rien que pour le centre historique. Après il restera encore à reprendre près de la moitié de Mossoul-ouest.

La vieille ville elle est importante parce que c'est aussi un objectif symbolique. C'est là que se trouve la mosquée al-Nouri. Le "calife" Abou Bakr al-Bagdadi avait fait sa première et seule apparition publique dans cette mosquée en juillet 2014. Il avait appelé tous les musulmans à lui obéir. Al-Nouri symbolise donc l'avènement du califat autoproclamé et sa reprise par les forces irakiennes symbolisera aussi sa chute.

Wilson FACHE, correspondant RTBF à Erbil en Irak

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