Quelles solutions pour recycler le plastique?

Comment recycler le plastique
Comment recycler le plastique - © Pixabay

Ces derniers mois, la lutte contre les plastiques s’est intensifiée. Aussi bien de la part des citoyens en rue - pensez aux 'Plastic Attacks' et autre 'Mai sans plastique' - que des autorités. Résultat ? Les plastiques sont largement diabolisés et doivent céder la place.

Mais quelles sont les alternatives ? 
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Cela fait longtemps que l'industrie de la chimie a compris cet enjeu et recherche des solutions efficaces, en réponse à des besoins de société. Une étude récente a encore dernièrement été réalisée sur le plastique et la durabilité, suite à l'injonction citoyenne, précise Frédéric Druck, managing director d’Essenscia Wallonie, la fédération belge des industries chimiques et des sciences de la vie. Il s'occupe aussi de la section Essenscia Bruxelles et de Bio.be, l'association des entreprises de bio-technologies et sciences de la vie. 

Il oppose d'emblée durabilité et bio-dégradabilité. Ce qui est intéressant, c'est la durabilité parce qu'on peut réutiliser le produit, le revaloriser, le recycler, en faire une économie circulaire.

C'est le plastique a usage unique qui pose problème, dans le secteur de l'emballage, pour 40%, mais aussi dans la construction avec le PVC, dans le secteur sports-loisirs, pour certains textiles comme le stretch, ou encore dans l'agriculture.


Plastiques bio-dégradables, compostables... la solution miracle ?

Baudouin Ska, deputy general manager de Go4circle, plaide pour un message très clair vis à vis des citoyens. Tous les plastiques bio-dégradables, compostables qu'on voit un peu partout aujourd'hui laissent penser qu'on a trouvé des solutions efficaces mais ce n'est pas nécessairement le cas.

Le plastique a amélioré notre qualité de vie mais on se retrouve avec des produits en fin de vie dont on ne sait pas très bien quoi faire. Il faut veiller à fermer la boucle par une économie circulaire, pour favoriser le recyclage des déchets et les réintroduire dans le circuit.

Il faut savoir que paradoxalement, les produits pétro-basés et non-biodégradables sont justement les plastiques qui intéressent le secteur du recyclage parce que ce sont les seuls qui permettent de réintroduire la matière dans le circuit et de prolonger sa vie, au contraire des bio-plastiques.

Baudouin Ska rappelle d'ailleurs qu'au niveau légal, en Belgique, il est interdit d'appeler un emballage 'bio-dégradable', pour éviter toute confusion. La notion d'emballage bio-dégradable est pourtant déjà fort répandue et induit par erreur le fait que le produit va se désagréger sans souci dans la nature. Ce n'est pas le cas. En outre, il ne se mélange pas bien avec les autres plastiques qui pourraient entrer dans l'économie circulaire.


Penser recyclage plutôt que design

La Belgique est bonne élève en matière de recyclage, rappelle Frédéric Druck. Elle est championne en Europe. 40% des emballages sont recyclés, selon les chiffres de Fost Plus. Et en matière d'emballage industriel, les chiffres de Vali Pack annoncent 60% de recyclage. La Belgique a donc déjà une pratique intéressante.

Certaines entreprises commencent à proposer des alternatives, comme des emballages à base de maïs. Mais tout cela n'est peut-être pas suffisamment mis en avant. Les alternatives ne sont souvent pas adaptées à nos systèmes de recyclage, n'entrent pas dans cette économie circulaire et n'ont aucune visée de durabilité.

Mais il reste beaucoup à faire. Certains emballages alimentaires sont censés être recyclables mais n'ont pas été bien conçus par l'industrie,  Le design n'a pas été pensé dans une idée de recyclage ou de circularité, mais dans une idée de marketing, en utilisant différents matériaux qui compliquent le recyclage. Certaines canettes de boissons mélangent deux produits qui sont recyclables indépendamment, mais qu'on ne peut pas séparer, par exemple.

"Il va falloir penser les emballages avec l'idée qu'ils peuvent redevenir un matériau et pas un déchet, affirme Frédéric Druck. On va les broyer, les nettoyer, les purifier pour en refaire une matière, ou encore utiliser le recyclage chimique qu'on est en train de mettre au point." Mais il reste quelques obstacles :

1. Il y a encore des problèmes d'échelle quand on veut passer au niveau industriel. Des innovations doivent encore être pensées.

2. C'est un processus coûteux en termes d'énergie, d'apport, d'innovations. Il y a un différentiel de coût par rapport à la matière vierge qui provient du pétro-basé, le pétrole étant encore à un coût relativement bas.

3. Le facteur market-pool, c'est le marché qui fait appel à de nouveaux produits, ce sont les citoyens qui se déplacent dans les rues, les jeunes, qui le demandent. L'industrie est à l'écoute de ces messages, mais il faut que le producteur final, qui met le produit sur le marché, réponde à cette demande. "Et là on arrive dans le champ de l'économie circulaire : est-ce qu'il n'y a pas moyen d'avoir ce plastique bio-sourcé? Comment ce plastique peut-il être recyclé, revalorisé, et en termes de déchets, comment éviter que les déchets ne se retrouvent dans la nature?"


Une bio-dégradation rarement optimale

Les solutions ne sont jusqu'ici pas optimales à 100%. Le compostable industriel met 6 mois à se dégrader, précise Baudouin Ska, le compostable ménager met un an à moins de 30°, mais il peut encore rester 10% de la matière. Le bio-dégradable, c'est 24 mois et 10% de reste également.  Ce n'est donc pas inoffensif.

La Fédération des Recycleurs met l'accent sur le fait qu'il faut éviter l'utilisation de ces plastiques-là. La meilleure chose à faire avec eux, c'est la biométhanisation, c'est à dire en faire des carburants liquides ou du méthane, mais on sort là de la circularité, car on n'en retire que l'énergie. Pour l'essentiel de ces plastiques, la solution finale est la production d'énergie ; c'est la valorisation énergétique.

Au niveau du retour à la nature, nous ne sommes pas aussi performants que la nature, avec les feuilles qui font du compost et de l'humus. C'est une image d'Epinal.

Parfois aussi les plastiques bio-dégradables ne sont pas adaptés à notre environnement en termes de température, d'humidité, et ne vont donc pas se dégrader correctement. C'est pourquoi il est interdit d'appeler un emballage bio-dégradable, car c'est une illusion.

Le compostage se fait dans des normes très précises. Si on ne les suit pas, il reste des résidus. La biodégradation est une déstructuration des molécules jusqu'aux éléments eau, CO2, éventuellement azote, mais le fractionnement laisse des petits morceaux de polymère qui restent indigestes et perturbants pour l'environnement.


Une prise de responsabilité

Il faut avancer dans l'innovation. Les industriels misent sur la durabilité du plastique et ont créé une alliance pour résoudre définitivement ces problèmes de plastique dans la nature. Ils ont dégagé un budget d'un milliard et demi pour, d'ici à 5 ans, trouver des solutions, des processus d'innovation dans le recyclage, en particulier le recyclage chimique.

Cette alliance est soutenue par la Commission européenne. C'est quelque part la prise de responsabilité de l'industrie, de ceux qui mettent sur le marché les matériaux à partir desquels on va produire des plastiques, des emballages et tous les applicatifs. Ce n'est pas eux qui les ont balancés dans les océans mais ils prennent leurs responsabilités. - Frédéric Druck

Une directive va être approuvée au niveau de la Commission européenne sur l'usage unique des plastiques, avec l'obligation d'utiliser de la matière recyclée dans les bouteilles en plastique.

Parallèlement, l'Europe a lancé une initiative volontaire auprès du secteur chimique pour l'utilisation de plastique recyclé. Le secteur recyclage est prêt à le produire, mais le secteur chimique pas prêt encore à l'utiliser totalement. "C'est pour ça qu'on veut réintroduire la circularité, on veut forcer les gens à collecter les déchets, à les recycler et à les réutiliser. Ça ne sert à rien de les recycler si personne n'en veut" observe Baudouin Ska.

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