Quelles conditions de vie pour les 2 700 000 Syriens en Turquie ?

Les Syriens sont officiellement plus de 2 700 000 en Turquie !
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Les Syriens sont officiellement plus de 2 700 000 en Turquie ! - © OZAN KOSE - AFP

Ils ont fui leur pays pour se rendre à Istanbul, ou dans d'autres villes turques...

Un chiffre officiel, qui correspond aux nombres de personnes enregistrées auprès des autorités mais en réalité, ils sont très certainement bien plus nombreux.

Moins de 10% d'entre eux vivent dans des camps. La grande majorité se débrouille pratiquement seule et doit gagner sa vie dans les grandes villes.

D'une manière générale, la Turquie s'est montré bien plus généreuse que d'autres pays à leur égard mais les régulations en vigueur ne sont pas toujours adaptées à leur réalité. Ces réfugiés vivent sous le statut d'invités temporaires et les mesures concrètes d'intégration manquent encore pour qu'ils contribuent pleinement à l'enrichissement du pays.
 

Camille Lafrance s'est intéressée à l'apport et à l'impact de ces migrants en Turquie.

Un parcours du combattant pour obtenir un permis de travail

La bureaucratie reste très lente en Turquie. C'est un vrai parcours du combattant pour obtenir un permis de travail, encore plus pour avoir la sécurité sociale. Les employeurs savent que les Syriens travaillent pour moins cher et sans assurance, et ne font pas les démarches nécessaires pour légaliser leur travail. 

"On vit une vraie humiliation, on n'a pas de droits, on effectue des tâches ingrates, on porte des choses, on n'apprend rien."

Les rares bénéficiaires du statut de résidents ne représenteraient que 4% de la population syrienne en Turquie. Parmi eux, 13 700 ont accédé à des permis de travail depuis 2011.

Le taux de chômage avoisine les 13 % en Turquie et le travail au noir dépasse les 33 %. C'est donc très difficile de créer des emplois pour les Syriens. Il faudrait une vraie politique d'intégration des réfugiés, à l'échelle européenne. Ce n'est pas seulement la responsabilité du gouvernement turc mais de tous.

Du travail pour les universitaires syriens

Une association d'aide aux académiciens arabes s'est créée à Istanbul, et des professeurs syriens hautement diplômés et sans emploi peuvent donner des cours en arabe ou en anglais aux Turcs, dans les universités. Généralement, ceux qui trouvent du travail sont spécialistes en religion ou en littérature arabe, les scientifiques ont beaucoup plus de difficultés. Et les salaires sont très maigres...

"Je ne peux rester à rien faire, sinon mon cerveau gèlera et je deviendrai folle. C'est un combat, je dois sentir que je fais quelque chose. (...) J'ai l'impression d'avoir tout perdu, mon pays, mon travail. La seule chose qu'on peut emmener avec nous quand on part, c'est notre esprit, c'est la seule chose précieuse. On a compris que nos connaissances et l'apprentissage étaient notre seul salut."

Le dynamisme économique des Syriens 

Les Syriens seraient pourtant les premiers entrepreneurs en Turquie. En 2017, 30% des 5200 nouvelles entreprises créées l'ont été par eux ou en partenariat avec eux. Ils ont aussi largement participé à la reprise des exports vers la Syrie.

"Il y a tellement d'opportunités en Turquie dans différents secteurs, c'est vraiment une économie émergente. On a de la place pour les technologies, l'ingéniérie, et toutes sortes d'emplois. Et les Syriens ont montré leur dynamisme dans l'apprentissage de nouveaux outils."

L'association Carma appuie l'inclusion financière des migrants et la création de micro-entreprises. L'artisanat permet par exemple aux femmes de travailler de façon légale, à leur rythme et en s'occupant de leurs enfants. 

 

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