Quel avenir pour la presse magazine télé ?

Ciné-Télé-Revue souffle ses 75 bougies
Ciné-Télé-Revue souffle ses 75 bougies - © Archives Ciné Télé Revue

La presse magazine télé a-t-elle encore de beaux jours devant elle ? Comment se réinvente-t-elle à l’heure du déclin de la télévision et de l’émergence du streaming ? On se pose ces questions à l’occasion des 75 ans du magazine Ciné Télé Revue.

Créé le 13 novembre 1944, Ciné Télé Revue fête ses 75 ans. Avec plus de 160.000 exemplaires vendus chaque semaine et un rachat, cette semaine, par le groupe Rossel, comment le magazine a-t-il traversé les décennies ?

Le fil conducteur au cours de toutes ces années, c’est l’enthousiasme et le lien très fort que le magazine a su créer avec ses lecteurs. Et aussi une façon de sentir l’air du temps, constate Frédéric Antoine, professeur en sociologie et économie des médias, membre de l’Observatoire de Recherche sur les Médias et le Journalisme.

Ciné Télé Revue s’est adapté à chacune des époques. Au départ, il s’agissait d’un magazine de cinéma, avec un correspondant à Hollywood, Joe Van Cottom, qui suivait la vie des vedettes. Puis quand le mythe de Hollywood a disparu et qu’on a glissé vers la télé, le magazine s’est repositionné en se centrant sur la télé. Mais il a gardé la même logique : parler des vedettes, des gens connus, du people, tout en étant proche des gens. Il a su s’adapter aux évolutions des usages médiatiques de ses lecteurs.


Quel avenir pour Ciné Télé Revue ?

La télé linéaire n’est clairement plus le média le plus plébiscité. En réalité, la rédaction ne parle déjà plus de télévision, mais d’écrans, de contenus.

"Il y a aujourd’hui un engouement, une appétence nouvelle autour des séries, autour des programmes disponibles à profusion sur des plateformes comme Youtube, Netflix… Le côté 'guidance' sera plus que jamais important dans les années à venir. Ciné Télé Revue, qui a toujours su sentir l’air du temps et s’adapter à son époque, va pouvoir suivre cette tendance et guider les gens qui ont envie de continuer à regarder du contenu", souligne sa rédactrice en chef, Johanna Pires.

Si le numéro collector des 75 ans a choisi de mettre en couverture 75 personnalités télé, c’est parce que le magazine a encore beaucoup de lecteurs qui continuent à regarder la télévision de façon linéaire et d’accorder une importance aux programmes télé.

"Ces 75 ans, c’est bien sûr du cinéma, mais c’est, surtout ces dernières années, de la télé, et le collector est une célébration de ce qu’a été le magazine ces dernières années, et de ce qu’il sera. Mais peut-être que dans 20 ans, ce seront des stars de Netflix, de Youtube ou encore des influenceurs, qui feront la couverture", observe Johanna Pires.
 

Pourquoi ce rachat par Rossel ?

Pour Frédéric Antoine, ce rachat cette semaine par le groupe Rossel est assez logique, parce que Ciné Télé Revue était un peu un ovni dans le paysage de la presse en Belgique, c’était un groupe à lui tout seul, un stand alone. Il n’a plus aujourd’hui les reins suffisamment solides pour affronter les défis qui se présentent, notamment les abonnements. L’aide de Rossel va permettre de relever ce défi.

Rossel, de son côté, n’avait plus véritablement de magazine télé : le Soir Mag est moins un magazine télé que du temps du Soir illustré. Et donc cela manquait dans sa panoplie de magazines.


L’évolution de Moustique

Le Moustique, pour sa part, a abandonné le mot 'télé' en 2011, pour revenir au nom initial, et c’est aussi symptomatique d’une évolution. La vie de Moustique commence bien avant la télévision, il y a bientôt 95 ans, mais la télé a représenté, à partir des années 50, un élément extrêmement fort du contenu, explique Jean-Luc Cambier, son rédacteur en chef.

Le magazine s’est interrogé très tôt sur l’avenir des prescriptions télé, et surtout des programmes télé, du service. Aujourd’hui, la télécommande est un véritable concurrent pour les programmes télé, tout comme les programmes électroniques. Les programmes TV ont eu peu à peu moins de pertinence.

Moustique avait toujours eu un certain ton décalé en termes de contenus. Elle s’est donc recentrée sur cette force, en l’adaptant à des temps nouveaux. Le magazine propose des contenus un peu plus profonds, avec une volonté de décrypter la société via la culture, l’actualité, et via les contenus TV, mais considérés comme un service parmi d’autres.

Moustique a aujourd’hui 50% d’abonnés. L’idée est de maintenir ce rendez-vous hebdomadaire bien particulier mais aussi de développer sur le digital un contact quotidien, presque permanent avec le lecteur.
 

Changer les habitudes de consommation

Le secteur est en crise : le nombre de ventes, d’abonnements, les recettes publicitaires sont nettement en recul. La faute aux habitudes de consommation.

"On peut faire des propositions mais on ne peut pas obliger les gens à consommer différemment, constate Jean-Luc Cambier. Les tablettes ne remplacent pas les magazines, contrairement à ce qu’on a pu penser un temps. D’où l’idée de proposer un abonnement bimédia. La presse papier fait beaucoup d’efforts, mais avec peu de succès. Les médias qui, par exemple, avaient beaucoup investi dans du PDF enrichi, une version enrichie de multimédia du magazine, n’ont pas rencontré leur public."

Pour Johanna Pires, il y a une double problématique pour les magazines télé : la presse est en crise, les librairies ferment mais il y a aussi le fait que les gens regardent moins la télé, en tout cas de façon linéaire, alors que le coeur du magazine reste la télé. Mais pour elle, la presse télé n’est pas morte.

"Bien sûr on vendra moins de papier, on ne connaîtra plus les chiffres d’avant, mais on continuera d’en vendre. C’est le pari qu’on fait. On a cru un moment que le digital serait le nouvel eldorado, et en effet, on peut distiller du contenu d’une autre façon sur d’autres devices, mais aujourd’hui Ciné Télé Revue reste principalement un magazine papier."

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